Un SRB et des taxes au lieu d'un 3e lien, selon Taillefer

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Le propriétaire de Téo Taxi croit que le projet de SRB, contrairement au troisième lien, est «une priorité» pour soulager la congestion et lutter contre l'étalement urbain.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Pour le service rapide par bus (SRB) entre Québec et Lévis, contre un troisième lien routier au-dessus du fleuve Saint-Laurent et pour une taxe sur le nombre de kilomètres parcourus en ville. L'entrepreneur vedette Alexandre Taillefer n'a pas hésité à se positionner sur les enjeux de transports de la région de Québec, lundi, lors de la première de trois conférences qu'il prononcera dans la capitale.

Le président fondateur de Téo Taxi, ex-dragon de Radio-Canada, était de passage devant la Corporation d'employabilité et de développement économique communautaire (CEDEC) de Québec, pour parler d'économie et plus particulièrement d'économie sociale.

Celui qui ambitionne de révolutionner les transports au Québec était le premier conscient que ses propos sur l'actualité régionale allaient avoir davantage de résonance. Il a osé se prononcer contre l'ajout d'un pont ou d'un tunnel entre Québec et Lévis. 

«On est chanceux en maudit de ne pas avoir eu d'argent [dans les années 80] parce que ça nous a permis d'éviter de grandes erreurs en termes d'infrastructures. Il faut s'assurer qu'aujourd'hui on ne les fasse pas ces erreurs-là. Un troisième lien, ça m'apparaît être... un enjeu», a lancé M. Taillefer à son auditoire. «Il y a des caméras de télé, je vais encore me faire ramasser!» a-t-il aussitôt ajouté en riant.

Aux journalistes qui l'interrogeaient par la suite, l'homme d'affaires a répété son opposition : «Je pense que tout ce qui favorise aujourd'hui davantage de transports individuels, de voitures, doit être analysé de façon froide et qu'il faut trouver des alternatives.» 

Le propriétaire de taxis électriques croit que le projet de SRB est en contrepartie «une priorité» pour soulager la congestion et lutter contre l'étalement urbain. «Ça devrait être ce qui va empêcher la création d'un troisième lien, ça m'apparaît assez clair», dit M. Taillefer. 

Une fois que l'offre de transport en commun sera bonifiée, il sera temps de passer à ce qu'il appelle «des mesures ostracisantes». Il propose une «taxe kilométrique variable en fonction des heures de pointe». Cela veut dire que chaque véhicule utilisant le réseau routier de la région de Québec devrait payer une taxe variant en fonction des routes empruntées, de la distance parcourue et de l'heure du déplacement. Un tel modèle est notamment en vigueur en Belgique, aux Pays-Bas et en Oregon, aux États-Unis. 

M. Taillefer croit que c'est la seule façon d'étaler la demande «pour éviter qu'on ait à augmenter la largeur de nos autoroutes pour accommoder toujours plus de voitures». Des voitures qu'il présente comme «un élément primordial d'appauvrissement individuel et collectif», «un actif qui dort 96 % du temps», rejoignant en cela le discours du maire Régis Labeaume. 

«C'est sûr que je ne serai pas la personne la plus populaire à Québec en parlant de ça. La dernière fois que j'ai parlé de hausse du prix de l'essence, j'ai mangé une volée de bois vert. Mais je pense qu'à titre de société, on doit regarder les arguments économiques reliés au coût de l'étalement urbain. Il y a une croissance de l'automobile aujourd'hui qui est presque le triple de la croissance de la population. Il y a quelque chose qui ne fonctionne pas», a-t-il fait remarquer lundi. 

Le président de Téo Taxi, soupçonné par plusieurs d'avoir des ambitions politiques, veut faire comprendre qu'«il existe aujourd'hui des méthodes qui nous permettraient tous globalement d'être plus riches et de mettre notre argent ailleurs [que dans les infrastructures routières], comme dans l'éducation par exemple». 

Ce discours a été très bien accueilli par un public conquis d'avance. «Je trouve ça très dommage que le maire ait quitté avant que vous fassiez votre commentaire sur les infrastructures routières. J'espère que vous pourrez le rencontrer à nouveau et que vous pourrez répéter le message», a lancé au micro Alexandre Turgeon, directeur général du Conseil régional de l'environnement de la Capitale-Nationale, provoquant des éclats de rire dans la salle.

Téo Taxi à Québec d'ici la mi-2017

Les voitures électriques avec chauffeurs salariés de Téo Taxi débarqueront à Québec d'ici le 30 juin 2017, soit quelques mois plus tard que prévu initialement. La recherche de permis prend plus de temps dans la capitale québécoise, étape vers un déploiement pancanadien.

Le président fondateur de l'entreprise, Alexandre Taillefer, avait annoncé l'arrivée de ses taxis technos et écolos à Québec pour décembre ou, au pire, le début de 2017. 

«On vous a promis qu'on serait là, c'est un peu plus long que prévu parce qu'on est encore en train de procéder à certaines négociations, certaines discussions avec des joueurs locaux. On a l'intention de le faire de la même façon qu'on l'a fait à Montréal, en travaillant avec l'industrie. Ça prend un peu plus longtemps que prévu, mais on va être là en 2017», la première moitié de 2017, a-t-il assuré lundi. 

En entrevue avec Le Soleil, M. Taillefer s'est montré convaincu de convaincre 15 à 20 détenteurs de permis de taxi de la région d'en faire la location. Son modèle d'affaires prévoit qu'il couple ensuite le précieux sésame à une voiture électrique - donc économique - et un chauffeur salarié à 15 $ l'heure. Toutes les demandes de transport et les paiements sont gérés électroniquement.

«Il est temps qu'il y ait de nouveaux joueurs qui viennent s'établir à Québec», plaide au Soleil l'entrepreneur, qui considère que Taxi Coop 5191 jouit d'une «situation monopolistique». 

«Je pense qu'aujourd'hui on a la capacité de développer un joueur dans le taxi qui va être panquébécois. On a des ambitions qui sont pancanadiennes en fait. Si on veut développer de grands joueurs qui vont être capables de lutter contre les Uber de ce monde, les investissements qu'on fait à Montréal doivent pouvoir être amortis ailleurs dans d'autres villes», explique-t-il.

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Téo Taxi débarquera à Québec d'ici le 30 juin 2017, soit quelques mois plus tard que prévu initialement.

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Confronté aux accusations de concurrents qui lui reprochent d'avoir bénéficié de subventions et craignent qu'il en redemande, M. Taillefer se défend : «C'est un projet dans lequel on va avoir investi environ 250 millions $. Les subventions vont représenter probablement 2 % de l'investissement total. C'est pas un élément important. Ceci dit, ça nous a permis de prendre beaucoup de risques, de lancer un service, d'investir massivement dans la technologie et de créer un joueur qui rapidement va être en mesure de compétitionner avec les joueurs internationaux.»

L'ancienne vedette de la télé, qui a eu maille à partir avec l'animateur radio Jeff Filion dans le passé et conserve le sentiment d'être son «punching bag», ne craint pas que son projet d'affaires en souffre. «Il y a beaucoup de gens de Québec qui rejettent d'emblée ces joueurs-là dans les médias qui contribuent au malheur ambiant, au négativisme, à la haine qu'on a pu constater aux États-Unis avec l'élection de [Donald] Trump», dit-il.   Annie Morin

Taillefer sur...

La compétition Québec-Montréal

«Je suis Montréalais, ce n'est pas en opposition à être Québécois, ce n'est pas en opposition à être de Baie-Saint-Paul. [...] Je suis convaincu aujourd'hui que la fausse compétition qui existe entre Québec et Montréal, il est temps qu'on mette ça en arrière de nous, OK? Il est temps que les gens comprennent que quand on parle de Montréal de façon positive, ce n'est pas négatif envers Québec, au contraire. Ce qu'on veut aujourd'hui, c'est d'avoir de plus en plus de gens qui sont fiers de leur patelin, qui vont travailler ensemble.»

Philippe Couillard

«M. Couillard, hier [dimanche], a dit : identifiez-moi un endroit où j'ai failli en termes de rigueur, où j'ai failli en termes de corruption. Savez-vous quoi? Moi, je le crois. Je crois que malheureusement, on est dans une situation où les gens sont en train de tomber sur la tête de nos politiciens, rient d'eux et sont d'une arrogance inouïe. [...] Ça veut pas dire que je le trouve nécessairement plus inspirant, que j'adhère nécessairement à son rêve de société, mais je salue les hommes et les femmes politiques qui décident malgré tout d'essayer de transformer notre société et de participer au bien commun.»

La radio

«Aujourd'hui, trop de médias jouent un rôle dans la création de malheur dans notre société. On encourage toute une strate de notre population à n'émettre que des opinions négatives. Si vous êtes un animateur de radio et que vous lisez des commentaires et que 99 % de vos commentaires sont négatifs, vous participez aujourd'hui au malheur ambiant, vous participez aujourd'hui à [...] une espèce de stigmatisation de nos politiciens.»

La santé mentale

«Il se trouve que notre société investit, en prévention pour la santé mentale, environ l'équivalent de 2 % de notre budget de santé annuel. C'est une hérésie. [...] On a malheureusement encore une vision trop négative de la santé mentale. Tout le monde peut souffrir de dépression. Il est temps qu'on communique à quel point c'est normal et ce qui se passe dans votre tête, c'est un débalancement chimique, quelque chose qui ne devrait pas vous chagriner, dont vous devriez être en mesure de parler ouvertement et aller chercher de l'aide.» Annie Morin

Labeaume contre toute forme de péage

Alors que le fondateur de Téo Taxi, l'homme d'affaires Alexandre Taillefer, s'est prononcé contre l'aménagement d'un troisième lien entre Québec et Lévis et en faveur d'un péage kilométrique pour accéder au centre-ville de la capitale, le maire Régis Labeaume a rejeté du revers de la main ces deux scénarios. «Je ne suis pas d'accord avec ça. On n'est pas obligés d'avoir la même opinion», a-t-il déclaré en point de presse. «Je suis tout simplement contre le péage. Et un troisième lien, Alexandre est de Montréal, mais nous, on connaît le débat ici et on sait qu'à terme, on a besoin d'un troisième lien. Moi, j'ai toujours été contre le tunnel, mais je sais qu'on aura besoin d'un troisième lien», a expliqué le maire. Il a ajouté qu'il demeurerait contre le péage, même comme élément pouvant contribuer à la création d'un troisième lien. Par ailleurs, le maire a dit voir d'un bon oeil l'arrivée de Téo Taxi à Québec le 30 juin au plus tard. «Si ça se fait, c'est parce que c'est gagnant pour les chauffeurs de taxi, qui deviennent des salariés et feront plus d'argent qu'ils en font comme travailleurs autonomes. Le modèle d'Alexandre Taillefer est un modèle très élaboré et ça fait un service de plus», conclut-il.  Ian Bussières

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