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Les permis de taxi en chute libre

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Le prochain cheval de bataille de l'industrie du taxi sera de réclamer au gouvernement de racheter les permis et de compenser les chauffeurs.

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(Québec) Il se vend moins de permis de taxi dans la région de Québec depuis le début de l'année 2016, et leur valeur est au plus bas en quatre ans, selon des données obtenues par Le Soleil. C'est dans Sainte-Foy et à Lévis que la chute est la plus abrupte.

Le Soleil a eu recours à la Loi sur l'accès aux documents publics pour obtenir de la Commission des transports du Québec la liste de toutes les transactions de permis de taxi conclues dans la région de Québec depuis 2013 ainsi que le montant de chaque vente. Les données confirment qu'après une grande activité et des prix plus élevés que jamais en 2015, le marché s'est replié cette année.

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Infographie Le Soleil

Sur un an, la baisse atteint 8 % au centre-ville de Québec, 21 % dans Sainte-Foy-Sillery, 26 % à Lévis et 10 % dans l'est de Québec. Ce sont les quatre zones les plus actives sur les deux rives, qui totalisent 644 permis. Le nombre de transferts y a chuté d'environ 40 %. 

Si l'on compare les chiffres de 2016 avec la moyenne des trois dernières années pour atténuer le pic de 2015, la baisse demeure significative, soit 6 % au centre-ville de Québec, 19 % dans Sainte-Foy-Sillery, 22 % à Lévis et 9 % dans l'est de Québec. 

Depuis l'arrivée d'Uber à Québec, en février 2015, les propriétaires et les chauffeurs de taxi affirment que la valeur des permis sera affectée par cette concurrence nouvelle - et illégale jusqu'à la semaine dernière. Or, dans les mois suivant l'entrée en scène de la multinationale, le marché a été hyperactif, et les prix ont atteint des sommets. 

La transaction la plus élevée jamais conclue dans la région remonte à octobre 2014 alors qu'un permis de taxi pour Sainte-Foy-Sillery s'est vendu 260 500 $, mais il y en a eu cinq au-dessus de 230 000 $ dans la même zone en 2015. 

Une première

Alain Fecteau, notaire de Québec, est spécialisé dans les transferts de permis de taxi. En 30 ans de pratique, il a toujours vu les prix augmenter. Le recul constaté en 2016 est donc une première pour lui, qu'il attribue à Uber, mais aussi à la réaction gouvernementale à l'égard du service.

Selon M. Fecteau, les chauffeurs de taxi ont cru Robert Poëti quand il était ministre des Transports et qu'il appelait aux sanctions contre Uber. Même crédulité quand son successeur Jacques Daoust a affirmé qu'il y aurait un seul système de permis pour tous. «Les gens se sont fiés au gouvernement. L'an dernier, Uber était illégal, et il n'était pas question de projet pilote», souligne le notaire pour expliquer les prix élevés de 2015. 

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Infographie Le Soleil

Quand la porte de la légalisation par projet pilote s'est ouverte, le marché s'est subitement contracté, poursuit M. Fecteau. Ce dernier se montre d'ailleurs perplexe par rapport à la très forte réaction des représentants de l'industrie du taxi, qui dans les médias et dans leurs procédures judiciaires contre le gouvernement laissent entendre que les permis de taxi ne valent plus rien. Cela crée de l'incertitude, dit-il. Une incertitude qui devrait durer encore quelques années, le temps de réaliser et d'analyser le projet pilote avec Uber. 

Abdallah Homsy, président de Taxi Coop 5191 et porte-parole du Regroupement des intermédiaires du taxi de Québec, pense aussi que le marché s'est maintenu en 2015, car il a fallu un temps avant que les chauffeurs de Québec ne ressentent les effets de la concurrence. «En 2016, on le voit et on le sent de plus en plus», témoigne-t-il, anticipant de nouveaux planchers en octobre. 

Comme la baisse des permis se concrétise comme prévu dans la région de Québec, M. Homsy conclut que «le gouvernement provincial envoie des familles en faillite» et que conséquemment, Québec «commence à travailler sur un plan de rachat et prépare des compensations immédiates». Ce sera le nouveau cheval de bataille des représentants de l'industrie du taxi.

Bond pour la classe 4C... obligatoire pour les chauffeurs d'Uber

Après un léger ralentissement en début d'année, le nombre d'examens réussis pour obtenir la classe de permis de conduire de taxi (4C) a bondi en septembre et en octobre, alors que s'attachaient les dernières ficelles du projet pilote d'Uber. 

Pour agir légalement, les partenaires-chauffeurs d'Uber doivent maintenant être titulaires d'un permis de conduire de la même classe que les chauffeurs de taxi traditionnels. Pour cela, il faut passer un test visuel à un point de service de la Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ), puis obtenir une évaluation médicale attestant de la capacité physique de conduire un taxi et enfin réussir un examen théorique de 30 questions portant sur les techniques de conduite spécialisées. 

Les conducteurs qui travaillaient déjà avec Uber ont jusqu'au début de décembre pour se conformer. Les recrues doivent obtenir leur permis 4C avant de faire monter leur premier client. 

Ces nouvelles règles ont été annoncées le 9 septembre. C'est d'ailleurs le premier mois de l'année 2016 où les examens de classe 4C réussis étaient plus nombreux que l'année précédente. De 157, leur nombre est passé à 220 pour le Québec. En octobre, les statistiques ont plus que doublé, passant de 152 à 383 depuis le début du mois.  

Coïncidence certaine

La SAAQ ne peut statuer hors de tout doute que cette hausse est attribuable à la nouvelle réglementation concernant Uber puisque les candidats n'ont pas à dire pour qui ils entendent travailler, précise le porte-parole Mario Vaillancourt. Il y a toutefois là une coïncidence certaine. 

Fidèle à son habitude, Uber ne partage pas d'information quant à sa présumée popularité. «Bien que je ne suis pas en mesure de partager de chiffres, je peux effectivement confirmer que nous assistons à une augmentation significative du nombre d'inscriptions de partenaires-chauffeurs et d'usagers Uber à Québec», s'est contenté de nous écrire son porte-parole Jean-Christophe De Le Rue.

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