Taxis en grève, Uber sur les routes

Les aires d'attente des taxis, qui d'habitude comptent... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Les aires d'attente des taxis, qui d'habitude comptent plusieurs véhicules, étaient complètement désertes.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) Les taxis ont fait la grève toute la journée, mercredi, à Québec, non sans que des clients et même certains chauffeurs grincent des dents. Uber a profité de l'occasion pour se faire connaître, mais n'a pas échappé à l'oeil des contrôleurs routiers.

De 7h à 18h, les postes d'attente des taxis sont demeurés déserts pour protester contre le projet pilote d'Uber. Les deux principales centrales de Québec ne répondaient pas aux appels. Comme Taxi Coop 5191 offre des services de répartition pour d'autres coopératives, plusieurs banlieues ont également été affectées. 

À Sainte-Foy, il y a eu affrontement entre des membres de la coopérative et le président. Considérant qu'un sondage réalisé la veille appuyait la grève, une dizaine de chauffeurs de taxi se sont rendus tôt le matin à la centrale, toujours ouverte, pour réclamer sa fermeture. Le président Magella Gauthier les a qualifiés de «petite gang de commando» et a déploré qu'ils aient effrayé la répartitrice. «On ne pouvait pas opérer dans ces conditions-là alors on a fermé», a-t-il rapporté. 

Hicham Berouel et Hamid Nadji, deux propriétaires parmi les plus militants depuis le début de la lutte contre Uber, faisaient partie du groupe. Ils assurent tous deux qu'il n'y a pas eu de geste violent posé, mais admettent que le ton a monté. «Il faut appliquer la volonté de la majorité. On ne peut pas faire de sondage et après, ne pas en tenir compte», a fait valoir le premier. «Il [le président] a essayé de torpiller la grève», a déploré le second, qui s'est donné comme rôle de «veiller à l'application du mot d'ordre» du Front commun du taxi.

À l'aéroport international Jean-Lesage, un partisan de la grève était mandaté pour indiquer la sortie aux plus volontaires. «On n'est pas contre l'aéroport ni les clients, on est contre le gouvernement. C'est lui qui a causé le malentendu en créant deux classes de taxi», a dénoncé Bendali Abdou. 

Certains chauffeurs de taxi ont tout de même travaillé un peu, mais ils étaient très peu nombreux. «Je vais faire une couple de voyages, j'ai pas le choix, même si je suis solidaire et contre Uber», a commenté au Soleil un chauffeur indépendant qui a refusé de se nommer. 

Pour pallier le manque de taxis, le parcours 78 du Réseau de transport de la Capitale (RTC) a desservi l'aéroport toute la journée. Un autobus s'arrêtait aux 30 minutes pour emmener directement les passagers au terminus Les Saules, où il était possible d'emprunter d'autres parcours, notamment le Métrobus 803. Mais les voyageurs fatigués et traînant plusieurs valises n'étaient pas charmés par cette solution.

Les chauffeurs d'Uber étaient plus visibles à Québec,... (Le Soleil, Baptiste Ricard-Châlelain) - image 2.0

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Les chauffeurs d'Uber étaient plus visibles à Québec, mercredi.

Le Soleil, Baptiste Ricard-Châlelain

Navettes temporaires

Pour plus de confort, des hôtels de Québec ont mis sur pied des navettes temporaires pour reconduire leurs clients vers l'aéroport ou aller les chercher. 

Les chauffeurs d'Uber étaient aussi plus nombreux sur la route. Certains ont pris congé de leur travail régulier pour faire des courses toute la journée, selon nos informations. Et, fait nouveau, des voitures affichaient un logo de la multinationale. Dans le secteur du Vieux-Québec, certaines périodes très occupées ont donné lieu à des majorations de prix en raison d'une demande plus forte que l'offre.

Les véhicules d'Uber n'ont pas échappé aux contrôles... (Le Soleil, Erick Labbé) - image 3.0

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Les véhicules d'Uber n'ont pas échappé aux contrôles routiers, qui ont commencé à sévir vers l'heure du dîner. Deux saisies ont été réalisées à Québec pendant la journée.

Le Soleil, Erick Labbé

Le projet pilote que contestent les chauffeurs de taxi n'est toujours pas en vigueur et ne le sera pas avant qu'Uber obtienne un permis d'intermédiaire en bonne et due forme, ce qui prendra encore plusieurs semaines. Les activités de la multinationale sont donc toujours considérées comme illégales. 

Occupés par une opération de vérification d'autocars, les contrôleurs ne faisaient que de l'observation en début de journée. Ils ont fini par sévir vers l'heure du dîner. Deux saisies ont été réalisées à Québec pendant la journée et au moins une à Gatineau.

Le rachat de 300 permis réclamé

Des taxis ont bloqué les rues à Montréal... (La Presse canadienne, Graham Hugues) - image 5.0

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Des taxis ont bloqué les rues à Montréal en guise de contestation contre le projet-pilote d'Uber.

La Presse canadienne, Graham Hugues

L'industrie du taxi propose à Québec de racheter 300 permis et de plafonner le nombre de voitures d'Uber en circulation sur la route. Une offre que le ministre Laurent Lessard entend «étudier et analyser». 

Le ministre des Transports a évoqué en chambre mercredi la suggestion faite par des représentants de l'industrie lors de leur rencontre de la veille. 

«Ils ont choisi de déposer une proposition sur un modèle de rachat de 300 permis, a déclaré le ministre. Nous sommes sensibles à cette question. Le gouvernement va y mettre tout son intérêt et toute son expertise.» 

Le porte-parole du Comité provincial de concertation et de développement de l'industrie du taxi (CPCDIT), Guy Chevrette, explique que ce rachat devrait s'accompagner d'une limite équivalente au nombre de «chauffeurs-partenaires» d'Uber sur la route. Une façon de maintenir le contingentement, explique-t-il. «Le groupe d'Uber ne devrait pas avoir davantage de permis que le nombre de permis que le gouvernement rachèterait», souligne M. Chevrette.

Ainsi, les chauffeurs d'Uber ne pourraient pas débarquer en masse aux heures de pointe de la journée. Ils ne pourraient jamais être plus en circulation que le nombre de permis rachetés par Québec. 

Le chiffre de 300 découle de l'évaluation faite de la valeur en permis de taxi du nombre d'heures de service accordées à Uber dans le projet pilote qui encadre ses activités.  

Équilibre budgétaire

Pour éviter de briser l'équilibre budgétaire du gouvernement, M. Chevrette a proposé que ce soit la Caisse de dépôt et placement ou Investissement Québec qui assume le coût des permis. Les organisations pourraient ensuite se rembourser au fil du temps à même le fonds de modernisation de l'industrie financé par la redevance récoltée par les chauffeurs d'Uber sur chaque course. 

Il faudrait définir la répartition territoriale des permis à acheter et la façon de prioriser l'ordre dans lequel les rachats se feraient. 

Pour le CPCDIT, si une entente intervenait sur ce point, «le reste ne serait pas difficile à régler». «Le gros morceau, c'est ça», a dit M. Chevrette. 

Mercredi, le ministre Lessard a rappelé son intention de mettre sur pied deux comités : l'un sur les conditions des chauffeurs qui n'ont pas de permis et un sur la valeur des permis. Le gouvernement entend «regarder les meilleures pratiques internationales pour voir si peut émerger une proposition», a dit le ministre des Transports. 

La députée péquiste Martine Ouellet a dénoncé «l'injustice flagrante» et le «système à deux vitesses» créés par Québec en raison de son entente avec «une multinationale qui fait de la fraude fiscale». 

Le député solidaire Amir Khadir accuse le gouvernement de faire preuve de «racisme systémique». «On est obligé de se rendre compte que, quand on est de couleur, qu'on est immigrant, qu'on est racisé, qu'on s'appelle Mohammed ou on est haïtien, le pouvoir nous traite différemment», a lancé le député de Mercier.  Avec Simon Boivin

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