Un tunnel Québec-Lévis à 4 milliards $

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(Québec) Quatre milliards de dollars à construire et 2,3 milliards de dollars à exploiter sur une période de 100 ans. L'étude de faisabilité sur un éventuel tunnel entre Québec et Lévis, commandée par le gouvernement provincial, chiffre l'ampleur des investissements nécessaires pour un troisième lien routier entre les deux rives du fleuve Saint-Laurent.

Québec a demandé à Bruno Massicotte, auteur de l'étude et professeur titulaire au Département des génies civil, géologique et des mines de Polytechnique Montréal, de présenter le fruit de son travail, mardi. Les conclusions traînaient depuis avril au cabinet du ministre des Transports.

L'expert a qualifié l'ouvrage de «faisable», malgré des sols meubles compliquant le creusage et menaçant la stabilité sur la rive nord. Il est arrivé à un coût de construction de 4 milliards $, soit environ 250 millions $ le kilomètre, et un coût d'exploitation de 2,3 milliards $ pour un cycle de vie de 100 ans. «Un tunnel, ça coûte cher à exploiter», plus cher qu'un pont, a insisté M. Massicotte.

Les coûts sont exprimés en «dollars 2016, sans intérêt, sans financement». La marge d'erreur à cette étape du processus est estimée à 30 %.

D'un point de vue technique, le professeur a calculé que l'ouvrage ferait 7,8 kilomètres de long et prendrait 15 ans à planifier et construire. Il comprendrait deux tubes de 15,1 mètres de large, soit assez d'espace pour deux voies de circulation dans les deux directions. Une voie supplémentaire est prévue pour des raisons de sécurité; elle pourrait aussi servir pour le transport en commun. La capacité de l'ensemble de la chaussée est estimée à 2486 véhicules/heure, et cela, dans chacune des directions.

Sur la rive sud, le tunnel se brancherait à l'autoroute 20 à la hauteur de la route Lallemand. Il passerait sous la pointe ouest de l'île d'Orléans, sans sortie possible, et se raccorderait à l'échangeur des autoroutes Félix-Leclerc (40) et Dufferin-Montmorency (440). La pente serait de 4,5 %, ce qui est très proche du maximum sécuritaire dans un tunnel. La limite de vitesse serait fixée à 70 kilomètres/heure. De nouveaux échangeurs seraient à construire des deux côtés du fleuve.

L'ingénieur civil a indiqué qu'il n'avait pas choisi le tracé. Il a été imposé par le ministère des Transports, qui s'est basé sur d'anciennes études sur le tunnel Québec-Lévis. M. Massicotte a admis qu'il pourrait y avoir des économies si un meilleur tracé était trouvé, possiblement un peu plus à l'ouest, mais elles seraient de l'ordre de quelques centaines de millions de dollars, ce qui est relativement peu sur le total.

L'option d'un tunnel plus court qui serait jumelé avec le pont de l'île d'Orléans, à reconstruire, n'a pas été étudiée non plus car les impacts sur le milieu bâti et l'environnement seraient très importants. Il faudrait construire un échangeur sur les battures de l'île, puis prévoir un lien avec un pont à débit autoroutier, donc beaucoup plus large que l'actuel, pour gagner la rive nord. Il n'y aurait pas suffisamment d'espace pour le faire atterrir au pied des chutes Montmorency. Ce qui fait dire au scientifique que «le degré de complexité est encore pire».

M. Massicotte a écarté tout danger avec la faille de Logan, inactive depuis 250 millions d'années. Il a toutefois fait ressortir les risques d'un tremblement de terre dans la zone sismique toute proche de Charlevoix. Sur une période de 2500 ans, le risque est d'un tremblement de terre de magnitude 6,9 à 7,5 sur l'échelle de Richter. Les dépôts meubles (mélange de sable, d'argile et de cailloux) présents près de la rive nord pourraient alors se liquéfier.

La conception proposée tient compte de ce risque sismique, mais la «fourchette» gagnerait à être précisée pour éventuellement diminuer un peu la facture, a souligné M. Massicotte.

Peu importe les scénarios proposés par les journalistes, le spécialiste n'a jamais baissé le prix potentiel de l'ouvrage sous les 3 milliards $. Il laisse au gouvernement provincial le soin d'étudier les effets sur la fluidité de la circulation et de décider si l'investissement en vaut la peine. Cette première étude a coûté 105 000 $.

Les maires de Québec et de Lévis doivent commenter le dossier aujourd'hui.

Le gouvernement veut des solutions moins coûteuses

L'étude du professeur Bruno Massicotte (photo) sur le... (Le Soleil, Patrice Laroche) - image 5.0

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L'étude du professeur Bruno Massicotte (photo) sur le troisième lien a fait réagir la classe politique, mardi.

Le Soleil, Patrice Laroche

Conscient que 4 milliards $ pour construire un tunnel entre Québec et Lévis, «c'est beaucoup d'argent», le gouvernement libéral étudiera d'autres options, qu'il espère moins coûteuses, pour relier les deux rives.

C'est la ministre responsable de la Chaudière-Appalaches, Dominique Vien, qui a été désignée pour réagir au dévoilement de l'étude de faisabilité sur le troisième lien entre Québec et Lévis. «Il y a une volonté de régler le trafic sur la Rive-Sud qui devient de plus en plus lourd», a-t-elle indiqué. Son gouvernement trouve le projet de tunnel «intéressant», mais «coûteux». «C'est un projet qui demande des investissements importants de fonds publics, c'est un défi.»

Entourée des 10 préfets des MRC de la Chaudière-Appalaches à quelques pas de l'autoroute 20, à Lévis, Mme Vien a toutefois livré un plaidoyer pour le troisième lien. «Il doit y avoir un troisième lien. Quel devrait-il être, ça reste à voir», a-t-elle lancé. 

Mme Vien a évoqué un pont ou un pont-tunnel, sans toutefois entrer dans les détails. «Au ministère des Transports maintenant de faire son travail», a-t-elle indiqué. La ministre dit avoir eu l'assurance de son collègue Laurent Lessard, ministre des Transports, qu'il demanderait à son ministère d'autres études sur le sujet. 

Le gouvernement libéral n'enterre toutefois pas l'idée de construire un tunnel. «Ce projet-là de tunnel n'est pas tabletté. Je souhaite que nous ayons d'autres projets pour pouvoir prendre une décision éclairée en fonction de l'ensemble des données», a souligné Mme Vien. 

La ministre dit avoir reçu des résolutions en faveur du troisième lien de la part de plusieurs municipalités dans la Chaudière-Appalaches, sur la Côte-de-Beaupré et même de la Ville de Gaspé. Pour tous ces citoyens de l'Est-du-Québec, la congestion à Lévis est «beaucoup trop lourde» et s'amplifiera au cours des années à venir. 

Même si son gouvernement poursuit ses démarches pour la réalisation d'un troisième lien routier, Mme Vien assure que ça ne va pas à l'encontre du Service rapide par bus (SRB) à Québec et à Lévis, un projet de transport en commun qui suit son cours normalement. 

Elle ne veut toutefois pas s'avancer sur un échéancier pour la réalisation des études sur les autres options. «J'ai toujours considéré dans ma vie que la précipitation est bien mauvaise conseillère.» 

La Coalition avenir Québec (CAQ), qui mène la charge dans le dossier du troisième lien, a pour sa part refusé de réagir directement à la publication de l'étude du professeur Massicotte. 

Les députés Éric Caire et François Paradis ont plutôt réclamé d'autres études au gouvernement du Québec, des études dont l'existence a été révélée par un courriel contenu sur la clé USB de l'enquêteuse Annie Trudel. 

Les caquistes estiment que sans les travaux préalables effectués par le ministère des Transports, il leur est impossible de se positionner sur le bien-fondé d'un tunnel à 4 milliards $. Ils suspectent une version moins chère que le gouvernement tenterait de dissimuler à la population. 

«Je sens que l'étude qui a été commandée et déposée aujourd'hui, c'est un appât. C'est ce que les illusionnistes font qui attire notre attention», a martelé M. Caire.

Il n'a pas été attendri par le désir des libéraux de «documenter d'autres scénarios pour trouver la meilleure solution possible» afin de décongestionner la circulation dans la grande région de Québec. «Je ne veux pas qu'ils cherchent. Je veux qu'ils rendent publics les documents qui existent déjà», a-t-il insisté.  Avec Patricia Cloutier

*****

Ce qu'ils ont dit

«L'étude nous donne une photo, un seul angle nous est livré ce matin concernant la problématique de mobilité: soit un seul projet, un seul tracé et un prix. [...] Il faut pousser plus loin l'angle du développement économique, de la mobilité de la main-d'oeuvre et de la qualité de vie des citoyens de la grande région.»

- Stéphane Thériault, vice-président exécutif et directeur général de la Chambre de commerce de Lévis

***

«On va toujours rester dans un minimum de 3,5 milliards $. Nous, on dit que ce projet-là doit être enterré.»

- Étienne Grandmont, directeur général d'Accès transports viables

***

«Plus on retarde, plus ça va être dispendieux, quel que soit le lien qu'on réalisera [...] Et si on ne réalise pas un troisième lien, ça coûtera combien à la région?»

- Hervé Blais, préfet de la MRC de Bellechasse

***

«Les résultats des études dévoilées aujourd'hui sont un pas dans la bonne direction pour mieux connaître les paramètres du projet du troisième lien. Toutefois, cette étude est incomplète car elle exclut d'autres scénarios plausibles comme le projet de remplacement du pont de l'île d'Orléans qui devrait être intégré au projet global.»

- Steven Blaney, député fédéral de Bellechasse-Les Etchemins-Lévis

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