L'entente avec Uber met le feu aux poudres

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(Québec) L'entente de dernière minute intervenue entre Québec et Uber a soulevé un vent de furie dans l'industrie du taxi qui promet de ne pas rester les bras croisés.

Le ministre des Transports, Laurent Lessard, a annoncé, jeudi, à Gatineau, qu'un projet pilote d'une durée d'un an permettra à Uber de poursuivre ses activités au Québec. Une nouvelle qui n'a pas réjouit les taxis.

«Trois ministres en trente mois pour se faire baiser de la sorte, on ne le prend pas et on ne le prendra jamais», s'est insurgé Guy Chevrette, porte-parole du Comité provincial de concertation et de développement de l'industrie du taxi (CPCDIT).

Québec n'a pas dévoilé les détails de l'entente, mais promet de le faire rapidement. Le ministre Lessard a néanmoins indiqué que les chauffeurs d'Uber devront payer leurs taxes et impôts, détenir des permis de conduire spécifique, avoir un véhicule identifié et inspecté, subir des vérifications de sécurité. Ils n'auront pas à louer un permis de taxis, mais devront verser une redevance sur chaque course à un fonds d'indemnisation de l'industrie du taxi. Un encadrement unique au monde, s'est vanté le ministre Lessard.

Le montant de la redevance demeure inconnu. Des chiffres variant de 45¢ à 90¢ la course ont circulé, jeudi. Mais Québec haussera le montant de la redevance si les chauffeurs d'Uber cumulent ensemble plus de 50000 heures de travail par semaine.

Par voie de communiqué, le directeur général d'Uber Québec, Jean-Nicolas Guillemette, a indiqué que le projet pilote permettra d'évaluer la capacité à offrir son service dans cet environnement.

«Nous voulons démontrer au gouvernement que nous sommes prêts à travailler dans une industrie réglementée et à être un partenaire de l'innovation», indique M. Guillemette dans son communiqué.

À Gatineau, où le PLQ est réuni en caucus présessionnel, le premier ministre Philippe Couillard a parlé d'une avenue «constructive» et «innovante» pour l'industrie du transport. «On a devant nous une entente équitable qui assure un terrain de compétition favorable de part et d'autres», a affirmé M. Couillard.

Riposte

Un point de vue loin d'être partagé par l'industrie du taxi. M. Chevrette, du CPCDIT, prédit une riposte des taxis contre cette «piètre entente». Selon lui, Québec vient de mettre la hache dans la gestion de l'offre puisqu'il autorise l'ajout de l'équivalent de plus de 1000 nouveaux permis de taxis. Il avance aussi que le montant de la redevance imposée n'équivaut pas au coût d'un permis, et l'argent accumulé ne permettra jamais de racheter les permis existants. M. Chevrette dénonce que les chauffeurs d'Uber n'auront pas de restriction territoriale. Plusieurs détenteurs de taxis, qui ont contracté une hypothèque, seront acculés à la faillite, prédit-il. D'autant plus que la valeur de leur permis n'a de cesse de baisser.

Il s'indigne aussi de la possibilité pour Uber de définir les «cas de force majeure» où ses tarifs pourront atteindre 150% du maximum autorisé.

«Négocier avec des voleurs»

Pas question de capituler, promet-il toutefois. Des recours légaux seront envisagés, affirme M. Chevrette, qui évoque aussi un «plan d'action». «À Montréal, il y a 1400 indépendants qu'on ne contrôle pas du tout, a noté le porte-parole. Il y a des limites à retenir le cheval. Il brise la bride. Je pense qu'il va y avoir des manifs qui ne plairont pas nécessairement. Mais quand ton gagne-pain et ton fonds de pension chutent dramatiquement... (...) Je ne peux pas leur dire: "Reste chez-vous et laisse-toi manger la laine sur le dos.»

Il rappelle que 22000 familles vivent de l'industrie du taxi traditionnel au Québec.

«C'est humiliant de voir son propre gouvernement négocier avec des voleurs. (...) Soyez honnête, achetez nos permis, on va vous les vendre.»

Au cours des 20 jours que se donne Québec pour mettre en place le projet-pilote, les taxis espèrent pouvoir modifier le contenu de l'entente. Mais l'espoir est mince pour M. Chevrette qui pense que le gouvernement «a fait son lit».

Au Parti québécois, la porte-parole en matière de Transports, Martine Ouellet juge que le gouvernement a trahi sa parole de ne pas créer deux classes de taxis. «On transforme la concurrence illégale en concurrence déloyale», décrie-t-elle. Si la redevance de 1$ la course est retenue, il faudrait 200 ans pour compenser les chauffeurs de taxis, calcule-t-elle. «C'est complètement ridicule», affirme Mme Ouellet.

Québec solidaire juge que le gouvernement a préféré les intérêts d'une multinationale à ceux des Québécois.

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