Refus net des grands transporteurs aériens à une hausse de frais à l'aéroport

Le projet de construction de 225 millions $,... (Le Soleil, Erick Labbé)

Agrandir

Le projet de construction de 225 millions $, qui permettra de doubler la superficie du terminal d'ici 2018, a été soumis une première fois en novembre au comité consultatif de l'aéroport (CCA). Aéroport de Québec inc. a essuyé un premier non.

Le Soleil, Erick Labbé

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Les grands transporteurs aériens actifs à l'aéroport international Jean-Lesage ont rejeté formellement toute hausse des frais imposée aux passagers pour financer l'agrandissement du terminal, qu'ils considèrent comme démesurément gros et coûteux. Aéroport de Québec inc. (AQi), la société privée qui gère l'aéroport international Jean-Lesage, doit trouver une autre source de revenus alors que le chantier roule à pleins gaz.

Ce n'est pas un, mais deux votes de refus qui ont été enregistrés par les transporteurs aériens au cours des derniers mois. Ceux-ci doivent être consultés pour tout projet d'infrastructures entraînant une augmentation des frais d'améliorations aéroportuaires qu'ils sont chargés de percevoir sur chaque billet vendu au départ de Québec. Ces frais sont actuellement de 33 $ par billet, soit les plus élevés au pays malgré la petite taille relative de l'aéroport. Selon nos informations, l'aéroport voulait les augmenter jusqu'à 42 $.

Le projet de construction de 225 millions $, qui permettra de doubler la superficie du terminal d'ici 2018, a été soumis une première fois en novembre au comité consultatif de l'aéroport (CCA). AQi a essuyé un premier non. 

La société est revenue à la charge en mai avec une proposition qualifiée d'«inchangée» par ses interlocuteurs, laquelle a aussi été refusée. 

Comme le veut la procédure, le comité a fait une contre-proposition au mois d'août, que l'aéroport a rejetée à son tour. 

Devant le fait accompli

Selon plusieurs témoignages recueillis par Le Soleil moyennant l'anonymat, les grands transporteurs canadiens et américains membres du CCA (en font partie Jazz, Air Transat, WestJet, Sunwing, Porter, United, Delta et Americain Airlines) ont eu le mauvais sentiment d'être mis devant le fait accompli. D'autant qu'ils réclamaient depuis plusieurs années déjà des informations sur la nouvelle phase d'investissements. 

Mais c'est surtout l'ampleur du projet qui les a chatouillés. Des transporteurs estiment que ce nouvel agrandissement - le premier a été réalisé à temps pour le festivités entourant le 400e anniversaire de Québec en 2008 - est «trop gros pour les besoins de l'aéroport», qu'il dépasse de loin la demande des passagers. Ils se demandent comment l'aéroport en assurera l'entretien, si ce n'est en haussant les frais demandés aux compagnies aériennes pour décoller et atterrir, parmi les plus élevés au pays eux aussi. 

Car les frais d'améliorations aéroportuaires (FAA) recueillis auprès des passagers ne peuvent servir qu'à payer les nouvelles infrastructures, pas à les entretenir. Les 9 $ supplémentaires par billet permettaient d'espérer des revenus additionnels d'environ 6 millions $ par année. Cela considérant qu'il y a eu 680 000 départs de Québec en 2015, même si 1,6 million de passagers y ont transité. 

Malaise

Les grands transporteurs ont déjà fait part de leur malaise devant la hausse constante des FAA à l'aéroport de Québec et leur tendance à surpasser ceux imposés dans des aéroports beaucoup plus achalandés. À titre de comparaison, ils sont actuellement de 25 $ à Montréal et à Toronto. À Victoria, aéroport d'une taille comparable à Jean-Lesage, ils sont de 15 $.

«Le Comité [consultatif de l'aéroport] est préoccupé par l'étendue des plans actuels. Puisqu'une grande partie du projet sera financée par les frais d'améliorations aéroportuaires chargés aux passagers [les frais les plus élevés au Canada présentement], le Comité a exercé son droit de retarder le projet dans l'attente d'une analyse approfondie afin de veiller à ce que les coûts chargés aux passagers ne deviennent trop importants», a confirmé officiellement Air Transat, par la voix de sa porte-parole Debbie Cabana. 

David Rankin, président du CCA, de Jazz Aviation, est demeuré coi. «La consultation n'est pas un processus public. Je ne peux faire aucun commentaire», a-t-il indiqué au Soleil

John McKenna, directeur général de l'ATAC, gestionnaire de l'entente sur les FAA, n'a pas voulu s'avancer non plus. 

Devant l'impasse au CCA, les règles stipulent que l'aéroport ne peut toucher aux FAA pendant 24 mois, ce qui les gèle au moins jusqu'au mois de novembre 2017. AQi pourrait toujours se sortir de l'entente signée avec l'Association du transport aérien du Canada (ATAC), mais il lui faudrait alors percevoir elle-même auprès des voyageurs les frais d'améliorations aéroportuaires juste avant leur départ. Elle l'a fait un temps auprès des clients de Pascan Aviation, qui refusait de collecter les frais étendus aux passagers des petits transporteurs. 

Il a été impossible de savoir, mardi, combien d'argent l'aéroport de Québec comptait aller chercher au bout du compte en augmentant les FAA ni comment elle va compenser le vide créé par la rebuffade des transporteurs. L'organisation a obtenu des subventions des gouvernements provincial et fédéral totalisant 100 millions $, mais elle doit assumer le reste des 225 millions $ engagés. 

Le président et chef de la direction d'AQi, Gaëtan Gagné, a refusé l'entrevue demandée par Le Soleil. Il ne parlera aux médias que jeudi, jour de festivités à l'aéroport, qui célèbre ses 75 ans. Le directeur des communications, Mathieu Claise, a sous-entendu qu'«il y a des choses là-dedans qui sont erronées» après avoir été mis au parfum du dossier, mais il a refusé de les identifier.

Encore moins de vols vers les États-Unis

L'offre de vols vers les États-Unis diminue encore à l'aéroport international Jean-Lesage cet automne, alors même que l'établissement peaufine son projet de centre de prédédouanement américain.

Trois transporteurs ont réduit la cadence vers les États-Unis ou s'apprêtent à le faire. Depuis la fin d'août, Delta Airlines n'offre plus qu'un vol quotidien vers l'aéroport John-F. Kennedy à New York. La construction en cours est évoquée comme raison à court terme. Une demande insuffisante durant la saison creuse constitue toutefois la véritable raison à long terme, indique le porte-parole Anthony Black. 

United abandonne pour sa part son service annuel vers Chicago pour le rendre saisonnier. Les voyageurs peuvent encore profiter d'un vol par jour d'ici la fin du mois d'octobre, à défaut de quoi il faudra attendre le mois de juin. «Nous révisons continuellement la demande et la performance financière de chacun des marchés que nous servons et nous avons déterminé qu'un service quotidien à l'année entre Chicago et Québec n'est plus soutenable», souligne Jonathan Guerin, gérant des relations publiques. 

United conserve toutefois ses deux vols quotidiens - il y en a déjà eu trois - vers l'aéroport de Newark, au New Jersey, qui dessert la région de New York et permet d'attraper des avions vers d'autres destinations américaines. 

American Airlines, qui a tenté l'an dernier de maintenir sa liaison Québec-Philadelphie jusqu'à la fin de l'année, se résigne pour sa part à l'interrompre le 2 novembre, après la saison des croisières, faute de demande. En 2011, US Airways, fusionnée depuis avec American Airlines, avais mis en place trois vols quotidiens vers sa plaque tournante de Philadelphie.

Des vols sans escale vers la Floride continueront par ailleurs d'être offerts cet hiver par les transporteurs canadiens Air Transat, WestJet et Sunwing. Ce dernier a toutefois diminué la cadence de quatre à deux vols par semaine vers Fort Lauderdale. 

Dans la foulée de l'agrandissement de 2008, des transporteurs ont déjà tenté de desservir quotidiennement, 12 mois par année, les villes et hubs de Boston, Detroit et Cleveland. Ils ont abandonné.

Prédédouanement

En mars, les gouvernements canadien et américain sont parvenus à une entente diplomatique sur le prédédouanement qui accorde un centre à Québec. 

Cela fait plus de 10 ans que l'aéroport de Québec souhaite obtenir cette infrastructure qui devrait coûter autour de 30 millions $. Dans un centre de prédédouanement, les voyageurs en direction des États-Unis ou qui y font escale passent les douanes américaines avant l'embarquement, ce qui réduit l'attente à l'arrivée ou entre deux vols. 

Le président d'AQi, Gaëtan Gagné, n'a pas souhaité répondre aux questions du Soleil sur ce sujet non plus. Il a toutefois déjà attribué à la hausse du dollar américain la baisse du trafic transfrontalier sur une base annuelle (- 35 000 passagers entre 2014 et 2015) et table sur les transporteurs au rabais pour rentabiliser la future infrastructure, qui doit s'autofinancer.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer