Beaucoup de bruit pour rien

En mai 2013, Gaétan Bergeron, chef du service... (Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé)

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En mai 2013, Gaétan Bergeron, chef du service de la sécurité des véhicules et du transport à la Société de l'assurance automobile du Québec, présentait le test du sonomètre aux médias.

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(Québec) La méthode élaborée par la Société d'assurance automobile du Québec (SAAQ) pour mesurer le nombre de décibels émis par les motocyclettes bruyantes perd des adeptes. Le nombre de corps policiers participant au projet pilote sur les sonomètres, lancé en 2013, est passé de quinze à six. La quantité de contraventions distribuées est également en chute libre.

Le projet pilote, qui devait durer trois ans, a été prolongé de deux ans, soit jusqu'en 2017. Au départ, quinze corps policiers y participaient. Ils ne sont plus que six, ceux des villes de Québec, Lévis, Saguenay, Trois-Rivières et Longueuil ainsi que la Sûreté du Québec. 

La porte-parole de la SAAQ, Audrey Chaput, peine à expliquer cette désaffection. Elle fait valoir que l'adhésion est volontaire et que les policiers sont libres d'utiliser la méthode qui leur convient pour faire échec au bruit des motos, limité à 100 décibels, soit l'équivalent d'une scie mécanique ou d'un tracteur de ferme. 

Or, l'appareil et la procédure développés en collaboration avec l'Université Laval apparaissent complexes. Il est impensable de les utiliser lors de patrouilles régulières, ont indiqué les quatre corps policiers interrogés par Le Soleil. Il faut chaque fois mener une opération structurée mobilisant plusieurs patrouilleurs. 

Stéphane Boulanger, policier responsable des opérations sonomètre à Lévis, explique que le sonomètre doit être installé dans un stationnement asphalté et dégagé, avec une dénivellation maximale de 4 %, sans trop de bruit ambiant. La température a aussi son importance. Il ne faut pas qu'il pleuve sur le micro, l'humidité relative doit être inférieure à 90 % et il ne doit pas venter à plus de 36 kilomètres/heure.

Projet pilote sur les sonomètres... (Infographie Le Soleil) - image 2.0

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Projet pilote sur les sonomètres

Infographie Le Soleil

Il faut ensuite rabattre les motocyclistes vers l'appareil. Des patrouilleurs sont mis à contribution pour les localiser dans un rayon de 15 kilomètres et les escorter vers le lieu de contrôle. Encore là, il faut bien positionner la moto et le sonomètre - 50 centimètres entre les deux pile-poil - pour que la mesure soit fiable et passe le test de la cour advenant une contestation. 

Lors d'une opération de cinq ou six heures à Lévis, environ une trentaine de motos peuvent être vérifiées, indique M. Boulanger. «Là-dessus, il peut y en avoir environ 14-15 en infraction. La plupart sont des Harley Davidson», détaille le policier. Il ne s'en surprend guère : «On se fait l'oreille, souvent on sait qui va dépasser.»

Beaucoup de planification

Le policier municipal admet que l'utilisation du sonomètre demande beaucoup de planification et de précautions, mais il juge que cela en vaut la peine pour «répondre aux attentes des citoyens», qui se plaignent régulièrement du bruit causé par les motos pétaradantes. 

Le Service de police de la Ville de Montréal, qui a quitté le projet pilote cette année, ne fait pas le même calcul. André Durocher, inspecteur à la sécurité routière, explique qu'il est difficile de trouver un terrain approprié pour l'utilisation du sonomètre en milieu fortement urbanisé. Et comme il faut demander aux propriétaires de motos de «rincer» leur engin pour en mesurer le bruit, les citoyens qui vivent à proximité se mettent vite à rouspéter... contre les policiers. 

«C'est un bon appareil, mais il est plus approprié pour les villes qui ont de l'espace», résume M. Durocher. Il fait par ailleurs remarquer que Montréal a trouvé une autre façon de réduire les plaintes : dans plusieurs rues résidentielles, les motos sont carrément interdites. 

La baisse de popularité du sonomètre se répercute dans le nombre de vérifications et de constats d'infraction. Alors qu'en 2013 1418 motos avaient été vérifiées par les policiers grâce au nouvel appareil, seulement 485 l'ont été en 2015, soit une baisse de près des deux tiers. Le nombre de constats signifiés a aussi plongé, passant de 491 à 193. 

Cela ne signifie pas nécessairement qu'il y a moins de contrôle. Les policiers n'ont jamais cessé d'utiliser le bon vieux test de la broche, qui permet de déterminer si un silencieux a été modifié, geste aussi passible d'une contravention. 

Le ministre des Transports du Québec doit décider prochainement s'il amende le Code de la sécurité routière pour permettre et baliser l'usage des sonomètres. Le ministre Jacques Daoust a promis de déposer une nouvelle mouture du Code cet automne.

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