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Élargissement de Laurentienne: autopsie d'une annonce avortée

Le 22 septembre 2015, à la conférence de... (Photothèque Le Soleil, Erick Labbé)

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Le 22 septembre 2015, à la conférence de presse finalement annulée devant annoncer la première mouture de l'élargissement de Laurentienne, le ministre de la Capitale-Nationale d'alors, Sam Hamad, avait été mandaté pour «vendre» la création d'une voie réservée au transport collectif.

Photothèque Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) Le 22 septembre 2015, le ministère des Transports a annulé à la toute dernière minute une conférence de presse au cours de laquelle il devait annoncer la première mouture de l'élargissement de l'autoroute Laurentienne. Des documents obtenus par Le Soleil révèlent que le gouvernement provincial tenait mordicus à ce que la troisième voie soit réservée au transport collectif et multipliait les arguments pour la vendre à la population.

Le Soleil a pu consulter tout le dossier préparatoire à cette fameuse conférence de presse, que le maire de Québec a fait dérailler dans les minutes précédant son lancement. Les avis publics, les détails techniques et les notes de discours se trouvent sur la clé USB remise à l'Unité permanente anticorruption par l'enquêteuse Annie Trudel, mandatée par l'ex-ministre Robert Poëti pour examiner les pratiques administratives aux Transports. La Coalition avenir Québec en a remis une copie au Soleil

«Annonce importante concernant l'autoroute 73», pouvait-on lire sur l'invitation faite aux journalistes le 21 septembre. Une annonce qui «arrive comme un cheveux [sic] sur la soupe et à la dernière minute», comme l'écrit l'attachée de presse du ministre Poëti, quatre jours après que Le Soleil eut éventé les plans gouvernementaux. 

Les libéraux voulaient annoncer officiellement que les travaux d'élargissement, planifiés sur cinq kilomètres en direction sud entre la rue George-Muir et le boulevard Louis-XIV, seraient réalisés dès l'été 2016 pour une mise en service à l'automne. 

Le communiqué de presse jamais publié parlait d'un «deuxième projet pilote de voie réservée au covoiturage sur autoroute», un an après celui de Robert-Bourassa. Les autobus du Réseau de transport de la Capitale (RTC), les autos électriques et les véhicules avec plus de deux personnes à bord y auraient été acceptés. 

Transport collectif à justifier

Le ministre de la Capitale-Nationale d'alors, Sam Hamad, avait pour tâche de justifier la création d'une voie réservée au transport collectif. Les notes en vue de son allocution relevaient notamment que 134 autobus à l'heure étaient comptabilisés sur Laurentienne pendant les périodes de pointe. Cela même si la fiche technique établissait que seulement 13 autobus circulaient dans la portion à construire au nord du boulevard Louis-XIV. 

M. Hamad présentait également les voies réservées au covoiturage comme un avantage «pour tous les parents qui doivent aller reconduire leurs enfants à la garderie». 

«Ce que nous préconisons, c'est de créer des conditions qui feront en sorte que les usagers de l'auto solo en viennent à se tourner vers le covoiturage ou le transport collectif», devait-il déclarer. 

Le ministre Poëti n'a jamais caché son parti pris pour les voies réservées. «L'expérience menée sur Robert-Bourassa démontre que le covoiturage n'entrave pas la circulation libre et rapide du transport en commun. Les sceptiques ont donc été confondus», peut-on lire dans le discours qui était prévu pour lui. Il ne l'a jamais prononcé, car il s'est buté à l'opposition du maire Régis Labeaume. 

Si aucun chantier n'est en cours, c'est en effet parce que l'administration Labeaume a opposé une fin de non-recevoir au projet gouvernemental deux fois plutôt qu'une. 

En avril, les nouveaux titulaires des Transports et de la Capitale-Nationale, Jacques Daoust et François Blais, ont ressuscité le projet d'un élargissement avec voie réservée, mais dans une version écourtée débutant à la rue de la Faune. 

La mairie n'avait toujours pas été consultée, s'est braquée, et le gouvernement a de nouveau fait marche arrière. 

M. Labeaume a soumis une solution de rechange et doit la rendre publique prochainement. C'est un secret de Polichinelle qu'il souhaite une troisième voie sur toute la longueur de Laurentienne et ne croit pas nécessaire de la réserver au transport en commun.

Annonce improvisée, dit la CAQ

Pour Éric Caire, de la Coalition avenir Québec (CAQ), les documents de l'annonce avortée de l'élargissement de l'autoroute Laurentienne prouvent que «ce dossier-là a été improvisé du début à la fin». 

Le député de La Peltrie juge odieux que le gouvernement veuille forcer un transfert de la voiture vers l'autobus ou le covoiturage. «En bon français, on va écoeurer le peuple! [...] On répond à un besoin imaginaire. On est en train de forcer la demande en créant l'offre», dénonce-t-il. 

Selon M. Caire, l'ouverture de la voie réservée au covoiturage sur Robert-Bourassa a amené des gains de temps «négligeables» pour les covoitureurs. Quant au nombre de voitures électriques, il est «anémique». «Mais on veut ramener le concept sur Laurentienne», se surprend-il.  «Pourquoi on n'ouvre pas à la circulation globale pour maximiser l'utilisation?» demande à nouveau le caquiste, qui parraine une pétition citoyenne contre la création d'une voie réservée sur Laurentienne. 

Celui-ci craint par ailleurs que les difficultés de Jacques Daoust au ministère des Transports et dans son passé à Investissement Québec relèguent l'élargissement aux oubliettes. «Il est plus occupé à sauver son poste qu'à régler des dossiers», selon M. Caire.

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