Labeaume a un plan B pour le pont

La Ville de Québec a demandé à l'Université... (Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche)

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La Ville de Québec a demandé à l'Université Laval et au Centre de métallurgie du Québec, affilié au cégep de Trois-Rivières, de procéder à des tests indépendants pour trouver une solution de rechange au traditionnel combo sablage-peinture.

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(Québec) Même si le gouvernement fédéral se détourne de la peinture du pont de Québec, le maire Régis Labeaume ne désespère pas de trouver une méthode économique pour lui refaire une beauté. À la demande de la Ville de Québec, des tests seront effectués prochainement sur des pièces d'acier originales par des chercheurs de l'Université Laval et du Centre de métallurgie du Québec.

À la mi-avril, quand il est apparu évident que la facture d'une nouvelle peinture tournerait autour de 400 millions $, tel qu'annoncé par le CN, le maire de Québec a manifesté son intérêt pour une solution de rechange au traditionnel combo sablage-peinture.

«Nous, actuellement, on a une offre d'une entreprise qui a une nouvelle méthode qui coûterait, semble-t-il, beaucoup moins cher. Alors, on travaille sur une autre hypothèse», avait-il spécifié sans donner de nom.

Aussitôt, Le Soleil avait présenté une technique de décapage au laser très efficace, mais jamais utilisée sur une surface métallique aussi imposante - le pont de Québec fait 492 386 mètres carrés. Les chercheurs de Solutions Novika, le centre de recherche et de transfert technologique du Cégep de La Pocatière, ont fait la suggestion sans pouvoir en préciser les coûts.

Le Soleil a appris depuis que la firme de génie-conseil Tetra Tech et l'entrepreneur Jean-Pierre Gagnon, de Solutions JPG, sont derrière la «nouvelle méthode» auquel référait le maire.

Le responsable du dossier chez Tetra Tech ne nous a pas rappelé. Nous savons toutefois que l'entreprise propose l'utilisation d'un fusil à aiguilles (needle gun) au lieu d'un jet de sable pour enlever la vieille peinture au plomb et la rouille.

Les tiges métalliques qui garnissent l'extrémité de cet outil, que l'on pourrait comparer à un burin, vibrent et permettent de décaper efficacement les surfaces tout en limitant les projections de résidus. C'est avantageux pour l'environnement et la santé des travailleurs, mais plus long et donc plus coûteux par rapport à la technique conventionnelle.

Par la suite, Tetra Tech propose d'appliquer un revêtement élastomère à base d'eau du nom de Noxyde. Selon le site du fabricant, Rust-Oleum, «Noxyde forme une membrane épaisse anticorrosion qui assure une protection irréprochable contre l'eau, les embruns et les environnements agressifs». Le pont Golden Gate à San Francisco en est recouvert.

Cette méthode a été étudiée par les ingénieurs du ministère fédéral des Transports, puis soumise au CN. Les deux entités n'ont pas retenu la proposition. 

«Le 20 avril 2016, des représentants de Transports Canada ont rencontré M. Jean-Pierre Gagnon de Solution JPG Inc. qui a présenté un concept afin de peinturer le pont de Québec à moindre coût. Considérant les informations fournies par M. Gagnon lors de cette rencontre, nos ingénieurs sont dans l'impossibilité de juger de l'efficacité de la méthode proposée et des coûts associés à ce concept», a précisé jeudi Natasha Gauthier, porte-parole de Transports Canada. 

La Ville de Québec revient néanmoins à la charge et demande à l'Université Laval et au Centre de métallurgie du Québec, affilié au cégep de Trois-Rivières, de procéder à des tests indépendants.

Validation d'un concept

Le chercheur spécialisé en corrosion, Sofiene Amira, a confirmé au Soleil qu'il travaillait à la «validation d'un concept» pour la peinture du pont de Québec. Il n'a pas voulu préciser l'état d'avancement des travaux ni la technologie étudiée d'ailleurs. «Je suis lié par une entente de confidentialité», a-t-il insisté. C'est le donneur d'ouvrage, la Ville de Québec, qui sera responsable de diffuser les résultats.

Il n'a pas été possible, jeudi, de savoir combien l'administration Labeaume paie pour ce contrat. Le maire est à Winnipeg et un appel à son cabinet est demeuré sans réponse.

Le CN, propriétaire du pont de Québec, a quant à lui confirmé qu'il donnerait accès à des pièces d'acier rouillées retirées du pont de Québec afin que les chercheurs mènent leurs analyses, ce qui constitue une première. L'entreprise a rappelé à la Ville que la responsabilité de réaliser la peinture ne lui incombait pas, mais qu'elle était prête à offrir sa coopération technique, comme elle s'y était engagée. Elle a aussi exprimé le souhait que le ministère des Transports du Québec, responsable du tablier du pont, suive la démarche.

Olivier Chouc, vice-président aux affaires juridiques, n'a pas caché au Soleil le scepticisme des ingénieurs du CN, qui doutent fortement des économies espérées par Tetra Tech, en raison notamment de la complexité de l'ouvrage, tout en angles.

Déblocage pour une rencontre

Une nouvelle rencontre au sommet aura lieu «rapidement» pour discuter de la peinture du pont de Québec. Le gouvernement fédéral a annoncé jeudi, à Winnipeg, qu'il était finalement disponible pour rencontrer les intervenants municipaux et provinciaux. Le CN est aussi convoqué. 

Cela fait une grosse semaine que le maire de Québec, Régis Labeaume, celui de Lévis, Gilles Lehouillier, et le ministre des Transports, Jacques Daoust, demandent répétitivement cette rencontre. Depuis, en fait, que le ministre de la Famille, Jean-Yves Duclos, a annoncé qu'il ne pouvait pas obliger le CN à repeinturer le pont rouillé et proposé de réaffecter les 75 millions $ d'argent public réservés par Ottawa à d'autres dossiers régionaux. 

Après que son collègue Marc Garneau eut répété qu'il n'y avait «pas de rencontre prévue», le ton a changé au congrès de la Fédération canadienne des municipalités (FCM), qui se tient actuellement à Winnipeg. 

MM . Duclos et Labeaume s'y sont rencontrés jeudi et ont parlé «brièvement», selon l'attaché de presse du premier. «M. Duclos a rappelé à M. Labeaume qu'il souhaitait toujours qu'une deuxième rencontre se tienne rapidement. Les deux ont convenu de se reparler rapidement à ce sujet», nous a écrit Mathieu Filion par courriel. Aucune date précise n'a été avancée. 

«On va pouvoir avoir une autre chance de plaider. Mais je pense que c'est surtout eux qui devront plaider, qui devront nous expliquer pourquoi il ne devrait pas y avoir de peinture sur le pont», a déclaré Régis Labeaume à Radio-Canada.

Promesse de régler 

Le 21 janvier, une rencontre au sommet tenue à Québec avait permis d'asseoir à une même table, pour la première fois, le gouvernement du Canada, le gouvernement du Québec, les maires de Québec et Lévis et le CN. 

Les études du propriétaire, qui estime entre 350 et 400 millions $ le coût d'une nouvelle peinture, ont été validées depuis. Le fédéral a aussi étudié le bail signé entre le CN et le provincial pour l'entretien et l'utilisation des voies routières. Il en conclut que des travaux imposés devraient être assumés par Québec. Ottawa repousse cette option, tout comme l'idée de ramasser la facture. 

En campagne électorale, les libéraux fédéraux avaient promis de régler le dossier d'ici le 30 juin.

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