Pont de Québec: le fédéral veut troquer la peinture contre d'autres projets

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Le ministre libéral Jean-Yves Duclos a proposé à Régis Labeaume d'utiliser les 75 millions $ promis par le gouvernement fédéral pour repeinturer le pont de Québec pour d'autres projets, ce qui ne fait pas du tout l'affaire de ce dernier.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Estimant qu'il ne peut forcer le CN à repeindre le pont de Québec, le gouvernement Trudeau propose aux maires de Québec et de Lévis ainsi qu'au gouvernement provincial d'affecter les 75millions $ promis pour une nouvelle peinture à une multitude de projets régionaux à la recherche de financement.

Le ministre de la Famille, Jean-Yves Duclos, qui est aussi député de Québec, a détaillé au Soleil la proposition faite au maire de Lévis mardi, laquelle a été répétée au maire de Québec mercredi midi.

«La chose responsable à faire entre nous, c'est de déterminer collectivement ce vers quoi on veut aller. Le 75 millions $ est toujours là. Il peut être utilisé à d'autres fins que le pont de Québec», a-t-il expliqué lors d'une entrevue téléphonique au Soleil.

Le ministre a parlé d'abord de «fins patrimoniales et touristiques» en général, mais il a ensuite enchaîné avec des exemples concrets de projets, comme le chantier maritime Davie, le Fort Numéro-Un à Lévis, l'église Saint-Jean-Baptiste, les Nouvelles casernes et l'Hôpital général à Québec.

«Il y a beaucoup d'endroits où 400 millions $ feraient une différence et même le 75 millions$ du gouvernement canadien. Sur 15ans, ça aurait un impact significatif», a insisté M. Duclos.

Son gouvernement en est venu à cette conclusion après s'être rendu aux estimations du CN, propriétaire du pont de Québec, qui estime entre 350 et 400 millions $ le coût d'une nouvelle peinture, à recommencer aux 20 à 25 ans.

«Pour le moment, aucun acteur ne s'est proposé pour combler le manque à gagner entre le 100millions $ qui a déjà été prévu et le 350à 400 millions $ qui serait nécessaire», fait remarquer le ministre fédéral.

Son équipe ne veut pas investir davantage que les 75 millions$ mis sur la table par les conservateurs de Stephen Harper en novembre 2014. Le gouvernement du Québec ajoutait 23,5millions $ pour refaire une beauté au vieux pont; Québec, 1 million $; et Lévis, 500 000 $. Le CN était sollicité pour l'autre moitié, mais a toujours refusé de se commettre. L'entreprise ferroviaire estime que le pont n'a pas besoin d'une nouvelle peinture pour être sécuritaire et que le montant n'est pas suffisant pour faire le travail d'un pilier à l'autre.

Promesse floue

En campagne électorale, les libéraux ont promis de négocier une solution d'ici le 30 juin, à défaut de quoi «un gouvernement libéral responsable prendra les dispositions appropriées afin de dénouer l'impasse». Ces dispositions n'ont jamais été précisées.

À ceux qui pensaient qu'un recours judiciaire était envisagé, M. Duclos répond aujourd'hui par la négative. «On ne peut pas forcer le CN à peindre le pont. Ce serait irresponsable pour la région de Québec d'aller dans cette avenue. Les conséquences incomberaient entièrement au gouvernement du Québec», a-t-il établi.

Le politicien en veut pour preuve le bail signé en 2013 entre le provincial et le CN, qui stipule que ce dernier absorbe les dépassements de coûts du programme de travaux majeurs de 95 millions $, en cours de réalisation. Le ministre fédéral fait «confiance» à ce partenariat, renouvelable jusqu'en 2053, pour maintenir le pont en bon état malgré la rouille. «Il va rester sécuritaire pour plusieurs années», dit-il, évitant de parler de l'esthétique.

Après sa rencontre avec le maire de Québec, M. Duclos a admis que «sur le pont de Québec, on diffère d'opinion», bien que «les rencontres avec M. [Régis] Labeaume sont toujours cordiales et productives». Le principal intéressé a réagi fortement.

Labeaume et Lehouillier «furieux»

Les deux maires n'ont pas digéré non plus... (Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé) - image 3.0

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Les deux maires n'ont pas digéré non plus d'avoir appris plusieurs éléments de l'épineux dossier du Pont de Québec dans les médias ces derniers jours.

Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé

«Marché de dupe», «bernés», «roulés dans la farine», «bris d'engagement» : les maires de Québec et de Lévis n'ont pas mâché leurs mots pour dire combien ils sont «furieux» contre le gouvernement fédéral et sa proposition de troquer la peinture du pont de Québec contre d'autres projets.

«C'est un marché de dupes. Nous faire croire qu'on va avoir 75 millions $ de plus pour faire des projets à Québec, voyons donc, on n'est pas des enfants d'école! On a quand même du métier. Il ne faut pas nous prendre pour des idiots», a tranché Régis Labeaume en mêlée de presse à peine deux heures après sa rencontre avec le ministre fédéral Jean-Yves Duclos.

«En réalité, on se sent bernés aujourd'hui, dans cette opération-­là», a pour sa part commenté le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, en entrevue au Soleil mercredi. Il avait rencontré M. Duclos la veille.

Pour M. Lehouillier, proposer d'investir le 75 millions $ mis de côté pour le pont dans d'autres projets d'infrastructures ne tient pas la route. «Il n'y a pas de lien entre la problématique du pont de Québec et nos autres projets. «Est-ce que c'est une façon de dire : "On lance la serviette et on vous lance des prix de consolation"?» a-t-il demandé, estimant qu'un «engagement électoral n'est pas respecté». Régis Labeaume a même dit avoir l'impression que la région s'est fait «rouler dans la farine» par le gouvernement Trudeau dans ce dossier.

Apprendre par les médias

Les deux maires n'ont pas digéré non plus d'avoir appris plusieurs éléments de l'épineux dossier du pont de Québec dans les médias ces derniers jours. «Le problème, c'est qu'on apprend tout par les journaux. On n'a pas eu une seule rencontre depuis janvier, pour se parler en face», a dit M. Lehouillier. 

«On n'est pas habitués de travailler comme ça, mais vraiment pas», a pour sa part déploré M. Labeaume.

Une autre rencontre?

Un point sur lequel les deux maires semblent toutefois avoir des opinions divergentes est celui de la suite des choses. Fini, dit Régis Labeaume, alors que son homologue de l'autre rive entend persister.

«Je pensais qu'on allait avoir une autre rencontre, mais elle n'aura pas lieu. On ne va pas plus loin dans les discussions», a tranché le maire de Québec. «Et pendant ce temps, le pont va rouiller.»

De son côté, le maire de Lévis croit toutefois qu'une réunion s'impose et est toujours disposé à s'asseoir avec le ministre Jean-Yves Duclos. «Je pense que c'est nécessaire d'avoir une rencontre pour faire le point. J'aimerais ça entendre le gouvernement du Québec, tous les intervenants», a conclu M. Lehouillier. «Je peux pas lâcher, il faut rechercher des solutions.»  Avec Patricia Cloutier

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