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Les voyageurs frustrés par les taxis à l'aéroport

Des clients excédés par la manifestation à l'aéroport... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Des clients excédés par la manifestation à l'aéroport Jean-Lesage ont décidé de quitter à pied. Ils ont parcouru la longue route de l'Aéroport, roulant leurs valises derrière eux, dans l'espoir de trouver un transport à l'extérieur du site.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Pas de doute, les chauffeurs de taxi se sont fait remarquer en bloquant l'accès à l'aéroport de Québec vendredi après-midi pour protester contre Uber et le gouvernement du Québec. Mais ils ont aussi réussi à se mettre à dos des dizaines de clients en les privant de transport.

Vers 14h, environ 75 taxis sont partis du Cinéplex Odéon, sur l'autoroute Duplessis dans Sainte-Foy, pour se diriger vers l'Aéroport international Jean-Lesage, situé à trois kilomètres de là.

Escortés par des policiers, ils ont adopté le mode «escargot», c'est-à-dire qu'ils ont roulé le plus lentement possible pour déranger la circulation. Les automobilistes du secteur commercial en bas de la côte, puis ceux qui montaient vers le nord, vers l'aéroport, ont été pris dans ce bouchon volontaire.

Dans la file de lanternons, il y avait des membres du groupe La révolte des taxis contre l'injustice et du Regroupement des propriétaires de taxi de la capitale, qui se sont associés au Regroupement des travailleurs autonomes Métallos (RTAM), initiateur de la manifestation.

Le Regroupement des intermédiaires du taxi de Québec (RITQ) s'est tenu à l'écart, ayant donné au ministre des Transports jusqu'à la mi-avril pour déposer son projet de loi sur l'industrie du transport de personnes. Certains de ses membres ont tout de même participé.

Le RTAM a lancé un appel à tous les chauffeurs de taxi afin de ne pas desservir l'aéroport pour tout l'après-midi. Les voitures sur place avant l'arrivée des manifestants n'ont pas suivi la consigne, mais comme il n'y avait plus de taxis en renfort, une file de clients s'est formée rapidement.

Vers 15h, les taxis défilaient devant eux en klaxonnant, sans s'arrêter. La colère était palpable dans le terminal comme dans l'aire d'attente pour les taxis.

«Ça nous scrape la magie»

«Un si beau voyage à Disney, ça nous scrape la magie!» a lancé une mère de famille excédée. «Ils disent qu'ils perdent de l'argent, pis là ils travaillent pas!» a renchéri un voyageur empêtré dans ses valises, cherchant l'application d'Uber sur son téléphone intelligent.

«Sincèrement, je trouve pas ça l'fun. C'est pas une façon de nous convaincre de les appuyer», a résumé Valérie Tremblay, une résidente de l'Abitibi débarquée pour un congrès à Québec. Elle aussi a pensé à recourir à Uber, mais s'est résignée en constatant que le chauffeur ne pourrait pas accéder à l'aéroport.

Sur place, le personnel de l'aéroport tentait tant bien que mal d'expliquer la situation et le conflit opposant les taxis à Uber et au gouvernement.

Des clients excédés ont décidé de partir à pied. Ils ont parcouru la longue route de l'Aéroport, roulant leurs valises derrière eux, dans l'espoir de trouver un transport à l'extérieur du site.

Finalement, vers 16h15, les taxis ont cessé de tourner en rond et ont ramassé tous les clients mécontents qui s'agglutinaient à l'intérieur. Les chauffeurs ont effectué ces courses gratuitement, pour s'excuser d'avoir fait attendre les voyageurs, a indiqué Hicham Berouel, un des organisateurs de la manifestation. Selon lui, «le message a passé que le problème [avec Uber] n'est toujours pas réglé et que le gouvernement ne prend pas ses responsabilités».

M. Berouel a averti que d'autres actions seraient menées si un projet de loi n'est pas déposé bientôt pour encadrer ce nouveau concurrent. Selon lui, il faut des coups d'éclat pour sensibiliser le gouvernement du Québec. «On a l'impression que Philippe Couillard se bouche les oreilles et ne veut pas nous entendre», pas plus que les deux ministres des Transports qui se sont penchés sur le cas d'Uber, fait-il valoir.

Mathieu Claise, directeur des communications pour Aéroport de Québec inc., a confirmé que tous les passagers partant de Québec avaient pu prendre leur vol et que la manifestation n'a engendré aucun retard sur le tarmac. «Nos passagers ont été pris en otages pour une cause qui n'a aucun lien rationnel avec l'aéroport», a-t-il néanmoins déploré.

Le RITQ s'est aussi dissocié des actions posées. «Nous sommes profondément désolés de voir que les clients ont subi les contrecoups de ce mouvement que nous n'avons ni sollicité ni organisé», a-t-il fait savoir.

Uber en profite pour attaquer

Alors que les taxis s'apprêtaient à prendre d'assaut les aéroports de Québec et de Montréal, vendredi, le directeur général d'Uber au Québec, Jean-Nicolas Guillemette, a associé les manifestations répétitives à une campagne «de peur et d'intimidation».

«L'industrie du taxi essaie d'intimider le gouvernement, prend en otage la population et c'est inacceptable. Depuis le début du débat, à aucune occasion les taxis n'ont proposé de piste de solution pour permettre la coexistence» des deux modèles d'affaires, a dénoncéM. Guillemette. Au contraire, il y a eu selon lui des agressions physiques à Montréal et du vandalisme à Québec contre des chauffeurs d'Uber. Il n'a par ailleurs pas manqué de souligner l'ouverture des villes d'Ottawa et de Toronto, qui viennent de permettre le modèle d'Uber sous certaines conditions qui pourraient servir d'inspiration au gouvernement du Québec. «On ne cherche pas la perfection, mais de continuer à opérer», résume le patron local d'Uber.

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