Écrasement aux Îles-de-la-Madeleine: plusieurs explications possibles

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Les premières images montrant l'avion Mitsubishi MU-2B-60 en morceaux à quelques kilomètres de la piste laissent croire à un professionnel que l'avion a heurté le sol à vitesse constante.

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(Québec) Un plafond trop bas, un avion avec une mauvaise réputation et une entreprise sans certification de Transports Canada qui transporte des passagers dans ce qui a toutes les apparences d'un vol commercial. Plusieurs facteurs devront être pris en considération par le Bureau de la sécurité des transports (BST) pour déterminer les causes de l'écrasement ayant fait sept morts près de l'aéroport de Havre-aux-Maisons.

Comme le veut la procédure, juste avant de tenter un atterrissage, le pilote Pascal Gosselin a été informé des dernières conditions météorologiques et de l'état de la piste par la station d'information de vol des Îles-de-la-Madeleine.

Selon ce qu'en sait Daniel Adams, pilote expérimenté et directeur des opérations pour Max Aviation, le plafond de nuages se trouvait alors autour de 200 pieds. C'est nettement insuffisant, d'après lui. «Ça prend au moins 400 à 500 pieds pour rentrer aux Îles-de-la-Madeleine», dit-il pour l'avoir fait lui-même selon les procédures établies.

Les premières images montrant l'appareil en morceaux à quelques kilomètres de la piste lui laissent croire que l'avion a heurté le sol à vitesse constante. «L'avion n'a pas décroché, il n'a pas arrêté de voler, il ne semblait pas en urgence, il n'y a pas eu d'incendie au moment de l'impact», ce qui donne l'impression que le pilote a mal négocié la descente.

La météo particulière de l'archipel pourrait y être pour quelque chose. «Le vent fait partie du paysage aéronautique là-bas. Je ne me souviens pas d'être allé aux Îles avec un vent zéro», souligne M. Adams.

Le directeur des opérations de Pascan Aviation, Philippe Chevalier, parle aussi de la brume, qui peut se former très rapidement au printemps et à l'automne, périodes qu'il qualifie de «capricieuses». «C'est probablement l'aéroport où on va annuler le plus souvent dans l'année», confirme le vice-président aux finances, Yani Gagnon. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé mardi, alors que les deux vols prévus dans la journée ont été reportés.

Avion avec une mauvaise réputation

La mauvaise réputation de l'avion Mitsubishi MU-2B-60 détruit dans l'accident n'a par ailleurs pas tardé à faire surface mardi. De conception japonaise, le bimoteur serait difficile à voler et sensible dans des conditions météorologiques difficiles, nous a confirmé un pilote de grande expérience qui préfère ne pas être nommé.

En raison de sa petite taille, l'appareil est souvent mis dans les mains de débutants, même s'il doit se conduire davantage comme un jet en raison des hautes altitudes et des hautes vitesses qu'il peut atteindre. Après une vague d'accidents, les États-Unis ont d'ailleurs imposé une formation spéciale aux pilotes des avions de type MU-2B. Il y a seulement une quinzaine de ces engins immatriculés au Canada actuellement, concentrés principalement en Ontario.

M. Adams fait également ressortir qu'il faut une certification commerciale pour transporter des clients à bord. Autrement, l'appareil est censé être utilisé seulement pour les besoins de son propriétaire. Si des visiteurs (famille ou amis) sont embarqués, une partie des frais de carburant peuvent leur être refilés, mais il n'est pas question d'en tirer des profits.

Sans spéculer sur le cas d'Aéro Teknic, le directeur des opérations de Max Aviation rapporte que des propriétaires et leurs pilotes ont, de tout temps, profité de ce statut pour faire des vols commerciaux déguisés et ainsi absorber les frais d'achat et de maintenance des avions privés. La tendance se serait accentuée ces dernières années.

«On pourrait dire que ce sont les Uber de l'aviation», déplore M. Adams, faisant remarquer que ces faux transporteurs ne sont pas soumis aux strictes règles commerciales et de sécurité appliquées par Transports Canada aux compagnies aériennes offrant des vols programmés ou nolisés.

Pascal Gosselin était le président d'Aéro Teknic, entreprise... (Photothèque Le Soleil) - image 2.0

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Pascal Gosselin était le président d'Aéro Teknic, entreprise spécialisée dans la maintenance et la modification d'aéronefs, installée à l'aéroport de Saint-Hubert, d'où est parti le vol funeste.

Photothèque Le Soleil

Le pilote vendait des enregistreurs pour petits avions

Le pilote aux commandes de l'avion qui s'est écrasé mardi aux Îles-de-la-Madeleine en était aussi l'exploitant et il vendait un système d'enregistrement des conversations de cockpit et des données de vol pour les petits appareils dépourvus de boîte noire, comme le sien.

Pascal Gosselin était le président d'Aéro Teknic, entreprise spécialisée dans la maintenance et la modification d'aéronefs, installée à l'aéroport de Saint-Hubert, d'où est parti le vol funeste.

Il était aussi aux commandes de Wi-Flight, une petite boîte offrant des solutions mobiles pour enregistrer les conversations et les données de vol, comme le ferait une boîte noire beaucoup plus coûteuse. Le marché de la petite aviation, qui n'est pas tenu de posséder un tel équipement, était visé. Il n'est pas possible de savoir, pour le moment, si ces outils ont été utilisés mardi. Ils pourraient donner un éclairage nouveau sur les circonstances de l'accident.

Détenteur d'une licence de pilote de ligne, M. Gosselin s'apprêtait à devenir officiellement propriétaire du bimoteur Mitsubishi MU-2B-60 qui l'a tué ainsi que son copilote, Fabrice Labourel, un instructeur de vol basé à Saint-Hubert, et leurs cinq passagers. Le turbopropulseur appartenait pour le moment à une compagnie américaine, Marquise Aviation Corp Trustee, ayant son siège social au Delaware. M. Gosselin se rendait souvent en Floride pour transporter sa famille, selon des informations du Soleil.

M. Gosselin pilotait cet avion mal-aimé depuis 2014. Après sa certification, il relatait sur Facebook avoir vécu le vol le plus difficile de toute sa vie et disait que ce n'était pas un avion à prendre à la légère.

Le défunt pilote était aussi membre du conseil d'administration de l'Association québécoise du transport aérien (AQTA).  Les messages de sympathie ont afflué sur les réseaux sociaux pour saluer le passionné de l'aviation et le pionnier québécois d'Internet, qui a fondé Mlink dans les années 90. 

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