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«Mouchards électroniques»: la SAAQ fait marche arrière

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Les programmes «payez comme vous conduisez», qui offrent des rabais pour l'assurance automobile en récompensant certains comportements derrière le volant, sont très populaires chez les assureurs privés.

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(Québec) Ce n'est pas la Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ) qui va installer des mouchards électroniques dans les automobiles des Québécois pour connaître leurs habitudes de conduite et éventuellement leur accorder des rabais. De peur de manquer de volontaires, l'organisme gouvernemental prend ses distances de la télématique.

Alors que les assureurs privés font la promotion de couvertures de type «payez comme vous conduisez» depuis quelques années déjà, la SAAQ confirmait en février 2015 son intention de prendre le train de la télématique.

Un projet pilote devait être élaboré dans l'année et destiné à des volontaires. En échange de l'installation d'un module GPS enregistrant leurs précieuses données de conduite (nombre de kilomètres parcourus, excès de vitesse, freinages brusques, accélérations rapides, etc.) et à condition d'adopter un bon comportement derrière le volant, les conducteurs se seraient vu offrir des rabais sur leurs contributions d'assurances.

«La télématique, on pense que ça peut être gagnant et porteur si on rend l'outil disponible et qu'on laisse le choix au client de l'utiliser ou pas», disait alors la présidente et chef de la direction de la SAAQ, Nathalie Tremblay, en entrevue au Soleil.

Un an plus tard, la SAAQ jette l'éponge. Dave Leclerc, vice-président aux affaires publiques et à la stratégie de prévention routière, a expliqué au Soleil que l'idée a été écartée après que l'équipe de recherche et développement en ait fait une évaluation plus poussée et en soit venue à la conclusion qu'il y avait un risque réel de manquer de volontaires.

D'abord, il y a eu ce sondage, que la SAAQ avait en main en début d'année 2015, révélant que seulement une minorité de titulaires de permis de conduire (39 %) se montraient favorables à l'enregistrement et l'utilisation de données sur leurs habitudes de conduite pour que les compagnies d'assurance établissent une prime.

«Clairement, les gens ont une hésitation face à la télématique, souligne M. Leclerc. Comme société d'État, je veux faire un programme volontaire, je veux tester des choses, je veux aller vérifier si ça peut être porteur, mais à la base, si je n'ai pas de participation, j'ai un risque», reconnaît le vice-président.

Qui plus est, la Saskatchewan, qui testait la télématique avec le groupe restreint des motocyclistes, a mis fin à son projet pilote, faute de participants. «En plus, ils avaient un incitatif important. On parle d'environ 150 $» de rabais sur la prime, fait remarquer M. Leclerc.

L'avancement technologique a aussi pesé dans la balance, la SAAQ ayant constaté que les outils et les applications variaient beaucoup selon les assureurs et le moment où les programmes ont été lancés. Et l'évolution n'est pas finie avec le développement de véhicules autonomes.

Quant à la possibilité évoquée par l'ancien ministre des Transports, Robert Poëti, de favoriser un partenariat avec le secteur privé, elle n'a pas été retenue car les assureurs ne colligent pas tous les mêmes informations et ne récompensent pas nécessairement les mêmes comportements. «Ça devient difficile d'avoir un programme qui reconnaît des choses qui ne sont pas partout pareilles», dit M. Leclerc.

Celui-ci assure que l'étude du dossier n'a pas entraîné de déboursé pour la SAAQ - «zéro dollar» -, outre le salaire de quelques analystes en R et D, qui mènent toujours plusieurs recherches de front. Une vigie se poursuivra d'ailleurs à l'échelle planétaire, au cas où d'autres administrations publiques trouveraient la bonne façon de prendre le virage de la télématique.

Le privé y croit toujours

Les assureurs privés, eux, continuent de croire au produit. L'Industrielle Alliance a été la première en 2012 à offrir une assurance auto modulée en fonction du comportement routier des jeunes conducteurs. Toujours en vigueur, le programme Mobiliz fait actuellement l'objet d'une mise à niveau technologique, puis la promotion sera relancée, indique Stéphanie Béland, conseillère en communication. «Dans nos stratégies d'affaires, ce n'est pas quelque chose qu'on laisse tomber. On va pousser le produit un peu plus loin», dit-elle.

Même enthousiasme chez Desjardins, qui a développé une application mobile pour son programme Ajusto. «C'est un produit qui est très populaire auprès de nos assurés et oui, c'est un produit dans lequel on croit», a confirmé au Soleil Josiane Bujold, conseillère en relations publiques.

En 2015, 6 % des titulaires d'un permis de conduire (ou leurs proches vivant sous le même toit) avaient contracté un produit d'assurance influencé par les habitudes de conduite, selon des statistiques répercutées par la SAAQ.

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