Les pilotes de ligne, une denrée rare

Un pilote de ligne volant sur les vols... (AFP, Saul Loeb)

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Un pilote de ligne volant sur les vols intérieurs aux États-Unis, effectuant 1000 heures annuelles, touche en moyenne 27 350 $ par an en moyenne, contre 103 390 $ chez les grandes compagnies aériennes, selon le département du Travail.

AFP, Saul Loeb

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Luc Olinga
Agence France-Presse
New York

La reprise économique américaine et le boom du transport aérien provoquent une pénurie de pilotes de ligne aux États-Unis, obligeant les compagnies aériennes locales à annuler des vols sur des lignes desservant les zones rurales.

«Cela devient une crise chez certains transporteurs, aboutissant à de graves perturbations», indique à l'AFP Patrick Smith, pilote et créateur du site askthepilot.com.

Si le problème épargne les grandes compagnies aux rémunérations attractives, il frappe de plein fouet leurs sous-traitants, qui assurent la moitié des vols domestiques aux États-Unis, affirme Kit Darby, président du cabinet KitDarby.com Aviation.

De Mesa à Silver Airways, les transporteurs régionaux ont réduit leurs vols d'environ 5 % en moyenne par mois en 2015, selon des communiqués. Les petits aéroports, à l'instar de Redding en Californie ou Erie (Pennsylvanie) sont les plus affectés, d'après le syndicat des pilotes ALPA.

Republic Airways, qui assure des vols pour Delta Air Lines, American Airlines et United Airlines, a déposé son bilan fin février, invoquant une pénurie des pilotes notamment.

«Nous avons travaillé dur pour éviter cette décision», explique le PDG Bryan Bedford. Mais elle est «le résultat de pertes de revenus (...) liées au fait que les avions sont cloués au sol faute de pilotes».

Malaise 

La compagnie avait dû l'été dernier réduire de 4 % ses vols en raison d'une pénurie de pilotes. Une décision qui lui vaut aujourd'hui d'être poursuivie en justice par Delta, qui l'accuse de rupture contractuelle.

Les raisons du malaise sont multiples : bas salaires, coût élevé de la formation, allongement des heures de vol nécessaires pour obtenir une licence et une vague de départs à la retraite - environ 18 000 pilotes devraient raccrocher d'ici 2022 selon les chiffres officiels.

«Les salaires et les conditions de travail chez les transporteurs régionaux sont très mauvais. Jusqu'à présent les pilotes les acceptaient temporairement en attendant de rejoindre une grande compagnie. Ce n'est plus le cas parce que le transport aérien régional est en plein boom», explique Patrick Smith.

Un pilote de ligne volant sur les vols intérieurs aux États-Unis, effectuant 1000 heures annuelles, touche en moyenne 27 350 $ par an en moyenne, selon l'ALPA, contre 103 390 $ chez les grandes compagnies aériennes, selon le département du Travail.

Or dans le même temps, un aspirant pilote doit payer de 150 000 à 200 000 $ pour obtenir sa licence, indique à l'AFP le capitaine Paul Ryder de l'ALPA.

Les autorités américaines ont durci il y a trois ans les conditions de formation, après des accidents d'avion meurtriers dont le crash en février 2009 d'un avion de Colgan Air près de Buffalo.

Du coup, il faut désormais au moins 1500 heures de vol au lieu de 250 auparavant pour obtenir la licence de pilote de ligne. Il y a des exceptions pour les militaires (750 heures de vol) et les diplômés de quatre ans d'école (1000 heures).

«Les pilotes ne veulent pas dépenser des centaines de milliers de dollars dans leur formation pour une carrière avec un retour d'investissement aussi limité», confie M. Smith.

Réservoir 

C'est la deuxième grande crise pour la profession depuis le 11 Septembre 2001. La première avait été naturellement résolue par la grande récession de 2008 qui avait provoqué une baisse du trafic.

Selon Boeing, il faudra 558 000 nouveaux pilotes dans le monde dans les vingt prochaines années, dont 95 000 en Amérique du nord, soit 17 % du total.

Dans le climat actuel de retour de la croissance, certaines compagnies régionales ont procédé à des augmentations du salaire d'entrée et proposent des primes à la signature pouvant aller jusqu'à 80 000 $ sur quatre ans, selon Kit Darby.

De 500 à 1500 $ sont promis à des salariés qui rabattraient de jeunes pilotes, ajoute l'expert.

«Une compagnie aérienne qui veut recruter de nouveaux pilotes et retenir ceux qui sont en place doit offrir une rémunération motivante, un équilibre entre vie professionnelle et vie privée et des perspectives de carrière», prône le capitaine Ryder.

Il préconise des partenariats entre les différents acteurs : grosso modo, Delta, American et United devraient s'engager à puiser dans le réservoir de pilotes de leurs sous-traitants.

L'enjeu est important pour ces géants, qui comptent sur les petits pour transporter vers les grands aéroports des passagers embarquant dans leurs avions.

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