Le ministre Daoust n'interdira pas Uber

Uber soulève les passions un peu partout dans... (AP, Jacques Brinon)

Agrandir

Uber soulève les passions un peu partout dans le monde. À Paris, ce sont des centaines de chauffeurs travaillant avec les plateformes de réservation de voitures de tourisme avec chauffeur, dont Uber, qui ont manifesté mercredi. Ils estiment avoir été sacrifiés au profit des taxis.

AP, Jacques Brinon

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Il faut «discipliner» le service Uber, estime le nouveau ministre des Transports Jacques Daoust, mais il est impossible de l'interdire complètement.

Une commission parlementaire entendra les divers points de vue sur la meilleure façon d'encadrer l'application de transport qui chamboule l'industrie du taxi, a annoncé le ministre Daoust. L'exercice, qui se tiendra au cours des «prochaines semaines», et qui aboutira sur des modifications légales ou réglementaires, sera guidé par deux principes. 

«Il faut des règles claires, a dit M. Daoust. Les règles actuelles ne le sont pas véritablement. Et il faut aussi que l'on vive dans un environnement de travail qui est compétitif. On ne peut pas favoriser un groupe et pas l'autre.»

Une application comme celle d'Uber peut s'intégrer au monde des transports comme à plusieurs autres secteurs de la société. La facilité d'accès de cette technologie est prisée par la génération montante et représente «une révolution à laquelle on assiste», a dit M. Daoust. 

«Il va falloir les discipliner»

Le ministre des Transports ne voit pas comment le service Uber pourrait être interdit. «Je ne suis pas contre le progrès technologique et je pense qu'on n'y échappera pas, dit-il. [...] Mais on ne peut pas vivre avec des règles différentes» pour les uns et les autres. 

«On ne sera pas capable d'éviter cette technologie, mais il va falloir les discipliner», a dit M. Daoust. 

Il apparaît évident au ministre que les chauffeurs d'Uber bénéficient d'avantages qui leur permettent d'offrir un service à meilleur prix en raison de dépenses moins élevées. «Je n'ai vu personne payer de taxes ou d'impôts, a noté M. Daoust. En tout cas, on n'a pas reçu le chèque.»

Le ministre veut se pencher sur les compensations qui pourraient être versées aux propriétaires de permis de taxis. De prime abord, il ne croit pas que les impôts des citoyens doivent être utilisés à cette fin «juste parce qu'Uber arrive en ville». 

Le ministre des Transports affirme que sa sous-ministre lui a déjà transmis une proposition de solution «intéressante». Mais il veut entendre les positions des uns et des autres en commission parlementaire pour savoir si elle pourrait être bonifiée. 

M. Daoust a pris l'exemple de l'article de la journaliste Annie Morin, dans le Soleil, sur le statut des chauffeurs d'Uber - «entrepreneurs ou salariés?» -, publié mercredi, pour illustrer les questions auxquelles il souhaite trouver réponse. «Il faut que la fiscalité s'applique à tout le monde», a dit le ministre.

La porte-parole de l'opposition officielle en matière de Transports, la péquiste Martine Ouellet, espère que le travail de la commission parlementaire débutera dès la semaine prochaine. Elle entend déposer elle-même un projet de loi à la reprise des travaux pour donner «plus d'outils» au gouvernement afin de mettre fin au «transport illégal» d'Uber. Elle déplore que la multinationale incite des citoyens à enfreindre la loi.

«Il faudrait que M. Daoust agisse quand même pour bloquer le taxi illégal d'Uber X», a plaidé Mme Ouellet, qui souligne que les chauffeurs de taxi de l'industrie continueront à absorber des pertes de revenus pendant la tenue de la commission. 

Une initiative saluée

Un porte-parole d'Uber Canada, Jean-Christophe De Le Rue, a contacté Le Soleil par courriel pour saluer la création d'une commission parlementaire. «Depuis notre arrivée au Québec, nous souhaitons une réglementation encadrant le covoiturage urbain et nous serons heureux de collaborer avec le ministre» et les députés, a-t-il indiqué.

Des taxis toujours craintifs

Les représentants de l'industrie du taxi de la région de Québec réagissent prudemment à l'annonce d'une commission parlementaire où il sera question d'Uber, car ils craignent que le nouveau ministre des Transports ait déjà choisi son camp, celui de la légalisation. 

«J'essaie de me retenir pour voir et analyser», a soupiré jeudi Abdallah Homsy, président du Regroupement des intermédiaires du taxi de Québec (RITQ), qui regroupe plus d'un millier de propriétaires et chauffeurs. 

Le leader s'inquiète de la déclaration du ministre Jacques Daoust selon laquelle «on ne sera pas capable d'éviter cette technologie, mais il va falloir les discipliner». «J'espère que son idée n'est pas déjà faite et que ça va être de bonne foi», laisse tomber M. Homsy. 

Son groupe se présentera néanmoins devant les élus pour présenter ses solutions à la crise vécue actuellement dans le taxi. «Nous autres, on a toujours voulu défendre nos idées. On va aller là et on va déposer nos arguments.» 

En attendant, le RITQ appelle le gouvernement du Québec à «maintenir la pression» sur Uber en saisissant les véhicules des chauffeurs qui font du transport illégal. 

«Il n'est pas question de se servir de la commission parlementaire comme prétexte pour fermer les yeux sur Uber. Qu'ils arrêtent le service et qu'ils prennent le temps de réfléchir après», a renchéri Hicham Berouel, porte-parole du mouvement «la révolte des taxis contre l'injustice», qui rassemble quelques centaines de chauffeurs plus revendicateurs.  

Le jeune entrepreneur prévient que l'initiative gouvernementale ne suffira pas à stopper les manifestations prévues dans les prochains jours et semaines. «Ça ne va rien changer dans notre planning, car ce n'est pas ça qu'on demande du tout», dit-il, appelant à l'interdiction pure et simple d'Uber dans sa formule dite de «covoiturage». 

Comme c'est pratiquement toujours le cas, Uber y est allé d'une déclaration écrite. «Nous saluons l'initiative du ministre des Transports Jacques Daoust, qui crée une commission parlementaire visant des solutions réglementaires concrètes pour assurer aux consommateurs des alternatives de transport sécuritaires, fiables et abordables», a écrit le porte-parole Jean-Christophe de Le Rue. 

Ce dernier a mis de l'avant les règles de sécurité qu'Uber se donne, tant pour les véhicules que pour les conducteurs. Il a également rappelé que les «partenaires-chauffeurs» sont considérés comme des travailleurs autonomes et «se doivent de respecter leurs obligations fiscales».

Merci d'Uber sous forme de poutine

Uber affirme avoir des «dizaines de milliers de fidèles utilisateurs dans la capitale nationale». Pour les «remercier», ses chauffeurs livreront gratuitement de la poutine jeudi midi dans Sainte-Foy, Saint-Roch, Limoilou et le Vieux-Québec. Dans un message à ses abonnés, la branche québécoise propose de commander avec l'application mobile Uber de la poutine du restaurant L'Gros Luxe, qui a pignon sur l'avenue Myrand. Il est de coutume chez Uber d'offrir des livraisons spéciales : il y a déjà eu de la crème glacée l'été dernier et même des chatons à caresser qui se promenaient de bureau en bureau. Alex Bastide, propriétaire du restaurant L'Gros Luxe, ne veut pas donner l'impression qu'il «prend pour un côté» dans la bataille du transport qui se joue actuellement, mais il encense le service Uber. «Il y a vraiment une demande. Souvent, on attend les taxis, qui ne se sont pas adaptés à la technologie et à la génération Y», fait-il valoir.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer