Uber: les chauffeurs de taxi ne donneront pas de répit au ministre Daoust

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Les chauffeurs de taxi opposés à Uber maintiennent la pédale au plancher.

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(Québec) Les chauffeurs de taxi opposés à Uber maintiennent la pédale au plancher. Ils demandent au nouveau ministre des Transports, Jacques Daoust, de gérer le dossier «de toute urgence» contrairement à son prédécesseur, Robert Poëti, «qui l'a laissé traîner».

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Jacques Daoust

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Pendant que le premier ministre Philippe Couillard présentait son nouveau conseil des ministres au Salon rouge de l'Assemblée nationale, jeudi matin, quelques 150 chauffeurs de taxi ont bloqué les accès routiers des bureaux de Revenu Québec à Sainte-Foy.

Aussitôt Jacques Daoust nommé aux Transports en milieu d'avant-midi, le mouvement La révolte des taxis contre l'injustice, à l'origine de la manifestation, l'a interpellé devant le bâtiment ministériel.

«Le ministre Daoust doit prendre ce dossier-là en urgence. Il ne doit pas faire comme M. Poëti qui l'a laissé traîner. Les règles sont là. Il n'a qu'à appliquer la loi avec rigueur», a déclaré Hicham Berouel, porte-parole du mouvement.

Les chauffeurs de taxi mobilisés n'ont pas l'intention de donner de répit au nouveau ministre sous prétexte qu'il est en transition. «Non [on ne va pas lui donner une pause]. Ce dossier-là n'est pas compliqué à régler. Il peut être réglé en une seule semaine. Il n'y a aucun flou juridique et notre dossier est connu au ministère», a tranché M. Berouel, qui réclame une suspension immédiate des activités d'Uber au Québec.

Si M. Daoust ne répond pas aux attentes «rapidement», les moyens de pression vont augmenter en intensité dans les prochains jours, a averti le porte-parole, propriétaire de six permis de taxis. «Ce serait regrettable qu'on nous oblige à sortir et faire d'autres démonstrations.»

Bloquer les ponts fait toujours partie des moyens envisagés pour faire bouger le gouvernement. «Mais c'est la solution extrême. Il va y avoir des étapes avant ça», a souligné Hamid Nadji, président du Regroupement des taxis de la capitale.

De son côté, Uber Canada a salué la venue du nouveau titulaire des Transports. «Nous demeurerons disponibles pour répondre à ses questions et discuter de solutions innovantes», a déclaré l'entreprise par voie de communiqué.

«Travail au noir»

Le choix de manifester chez Revenu Québec n'avait rien d'un hasard. Les compagnies de taxi dénoncent le fait qu'Uber et ses chauffeurs ne paient pas de taxes ou impôts à la province, ce qu'ils comparent à du «travail au noir». «Nous, chaque trois mois ou chaque mois, chacun en fonction de son programme fiscal, on doit amener notre chèque de taxe à Revenu Québec», a comparé Hamid Nadji.

La manifestation de jeudi matin a passablement dérangé les centaines employés travaillant au 3800, rue de Marly. Les chauffeurs de taxi ont bloqué chaque bretelle permettant d'accéder aux terrains de Revenu Québec.

Aucun fonctionnaire n'a pu accédé aux stationnements réservés aux alentours du bâtiment. La police, informée la veille du moyen de pression, a suggéré aux automobilistes de se garer dans les rues avoisinantes. Une tolérance exceptionnelle était observée par les autorités.

Devant l'entrée principale, un groupe de chauffeurs accueillait les employés à coups de klaxons et de slogans anti-Uber, tout en s'excusant des désagréments causés.

«C'est certain que ça a eu des impacts sur certaines personnes qui sont arrivées en retard ou qui ont dû prendre une longue marche pour se rendre au travail», a relaté Stéphane Dion, porte-parole chez Revenu Québec. «Dans l'ensemble, ça c'est bien déroulé. Il faut montrer une tolérance face à ça.»

M. Dion a profité de l'occasion pour rappeler aux chauffeurs de taxi que l'enquête de Revenu Québec sur Uber n'est pas terminée. «J'entends leurs questionnements [sur la légalité fiscale d'Uber], et ils sont légitimes. [...] Pour nous, l'industrie du taxi, ce sont des partenaires.»

Le porte-parole a rappelé que Revenu Québec avait mené des perquisitions dans les bureaux d'Uber au printemps 2015, une initiative qu'avait apprécié les regroupements de taxis.

Uber et Revenu Québec sont en Cour supérieure concernant ces saisies, ce qui ralenti le processus d'enquête, a toutefois reconnu M. Dion.

Marc Turgeon est propriétaire de permis de taxis... (Le Soleil, Patrice Laroche) - image 2.0

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Marc Turgeon est propriétaire de permis de taxis depuis 1985, et il voit leur valeur décliner depuis l'arrivée d'Uber. 

Le Soleil, Patrice Laroche

Des permis impossibles à revendre

Marc Turgeon est propriétaire de permis de taxis depuis 1985. À l'image d'un travailleur au bord de la retraite qui verrait ses économies s'envoler par une crise économique, il voit la valeur de ses permis de taxis décroître depuis l'arrivée d'Uber.

«J'ai payé mes permis de taxi le gros prix. Aujourd'hui, je ne suis pas capable de les vendre», a raconté M. Turgeon, rencontré jeudi matin à la manifestation des chauffeurs de taxi devant les bureaux de Revenu Québec.

La valeur des permis de taxi était en moyenne de 200000$ dans la région de Québec ces dernières années. Les prix ont cependant plongé depuis l'arrivée d'Uber en 2013, tel que le rapportait Le Soleil le 24 janvier.

«Même à 150 000$ je ne suis pas capable de vendre. Il n'y a pas d'acheteur. Le monde attend de voir ce que le gouvernement va faire», a déploré M. Turgeon.

Ce dernier souhaite qu'Uber soit barré au Québec, question de rétablir le marché. Si le gouvernement ne fait qu'encadrer, M. Turgeon se demande ce qui adviendra des permis qui ne prendront pas preneur.

«Qui va vouloir acheter nos permis? Le gouvernement? Je ne pense pas que c'est ce qu'il souhaite.»

Diluer les revenus

Si Uber est légalisé, M. Turgeon craint également que le nombre de chauffeurs viendra diluer les revenus, ce qui frappera durement ceux qui vivent du transport de personnes. «Pour faire notre salaire, ça prend 60 heures de travail par semaine, à 12 heures par jour. Déjà Uber, le soir, ils nous font mal. Ils ramassent les touristes, qui souvent ont déjà l'application. Ils sont aussi très forts au niveau des étudiants.»

Devant la crainte de perdre son gagne-pain et son fond de retraite (les permis), M. Turgeon a imploré la population de se ranger du côté des taxis. «Je tiens vraiment à m'excuser à tous les gens qu'on peut déranger, mais j'espère qu'on va les rallier à notre cause.»

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