Un nouveau traversier de 175 millions $ inondé de problèmes

Pas moins de 128 bris et ajustements ont... (Collaboration spéciale Johanne Fournier)

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Pas moins de 128 bris et ajustements ont été recensés pour le traversier F.-A.-Gauthier, en fonction depuis le 13 juillet dernier.

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(Québec) Pas moins de 128 bris et ajustements ont été recensés pour le nouveau traversier F.-A.-Gauthier depuis sa première traversée le 13 juillet. La plus importante panne affecte depuis des mois le système de propulsion au gaz naturel liquéfié (GNL), symbole de la révolution verte de la Société des traversiers du Québec (STQ). Conséquence : les émissions polluantes augmentent au lieu de diminuer.

En réponse à une demande d'accès à l'information du député de Matane-Matapédia, Pascal Bérubé, la société d'État a fait parvenir la liste complète des «bris, réclamations et frais encourus d'entretien non régulier» du F.-A.-Gauthier depuis sa mise en service entre Matane et la Côte-Nord. Cette liste contient exactement 128 inscriptions.

Les suivis de garantie sont très diversifiés. Il est question de compresseurs, de ventilateurs, de fuites de diesel marin, de câbles électriques endommagés ou brûlés, mais aussi de portes, de rampes, de toilettes, de vestes de sauvetage... Des instruments de navigation comptent aussi parmi les équipements retouchés, comme le gyrocompas, qui donne le nord géographique, et la boîte noire maritime, appelée Voice Data Recorder (VDR). 

«J'entends de la part d'employés de la Société des traversiers et de passagers qu'il y a toutes sortes de problèmes techniques, de bris, de réclamations, de problématiques qui seraient liés à la conception» du navire, acquis au coût de 175 millions $, déplore M. Bérubé. Le Soleil a entendu les mêmes doléances et réalisé sa propre enquête. 

«J'aimerais ça à titre de député - parce que ce sont des fonds publics, ce n'est pas une entreprise privée - qu'on m'en fasse part», continue l'élu de Matane. Celui-ci n'ose pas, à la lecture des interventions réalisées sur le traversier, tirer de conclusion sur son état et sa qualité de construction. «Mon sentiment, c'est qu'il y a des problèmes qui vont au-delà du rodage», laisse-t-il tomber. 

À la STQ, on réplique justement que «cette démarche de gestion de la garantie fait partie du processus normal de rodage d'un tout nouveau navire». Maryse Brodeur, porte-parole de la société d'État, précise que tous les frais, pièces et main-d'oeuvre, sont assumés par le constructeur italien Fincantieri. Cette garantie est valide jusqu'au 20 avril 2016. Certaines pièces, dont la liste n'est pas précisée, seront sous garantie plus longtemps. 

Quant au système de propulsion au GNL, dont est doté le F.-A.-Gauthier et éventuellement les navires jumeaux de la traverse Tadoussac-Baie-Sainte-Catherine, il ne fonctionne pas depuis l'été. En attendant, ce sont les moteurs au diesel marin qui sont sollicités. Or, ceux-ci sont presque trois fois plus puissants et énergivores que ceux de l'ancien traversier, le Camille-Marcoux, mis au rancart, car il ne satisfait plus aux normes de Transports Canada. Il faut dire que le navire lui-même a une longueur et une capacité bonifiées de 50 %. 

Polluant et coûteux

Selon des sources syndicales, il en coûterait plus de 200 000 $ par semaine en diesel marin pour faire avancer le traversier actuellement, soit environ le double des dépenses anticipées en GNL. En plus des gaz à effet de serre générés par une consommation supérieure de carburant traditionnel, un employé nous a expliqué qu'il fallait parfois rejeter dans l'atmosphère du GNL non brûlé afin de réduire la pression dans le réservoir. Le gaz est alors beaucoup plus polluant. 

La porte-parole de la STQ assure que l'organisation «considère la remise en marche du système d'alimentation des moteurs de propulsion au GNL comme prioritaire». «À cet effet, le chantier naval et ses divers fournisseurs travaillent à régulariser la situation, de concert avec nos experts et notre équipage. Divers ajustements et réglages sont requis et tous les efforts sont faits afin de favoriser la reprise de la propulsion au GNL dans les meilleurs délais. Une fois ces étapes complétées, des tests de performance auront lieu avant sa remise en marche de la propulsion au GNL», a écrit lundi Mme Brodeur en réponse à nos questions. 

Elle a refusé de discuter des coûts de carburant. «Un cycle d'un an de navigation et d'opération est requis afin d'avoir une base de comparaison valable en matière de consommation de carburant (saisonnalité et achalandage, glaces, vent, optimisation). Toutefois, de par le gabarit du nouveau navire, sa consommation en carburant sera plus importante que celle du NM Camille-Marcoux», s'est-elle contentée de dire.

Retiré au printemps

La STQ a par ailleurs annoncé lundi qu'elle devra retirer le F.-A.-Gauthier de l'eau au printemps pour le mettre en cale sèche de garantie sous la responsabilité de Fincantieri afin «d'inspecter et de restaurer, le cas échéant, la partie submergée du navire en plus de procéder à des travaux qui nécessitent un ajustement ou une réparation dans le cadre de la gestion de la garantie». Les travaux d'entretien annuels seront réalisés en même temps. Le navire de remplacement sera connu plus tard. La STQ ajoute que la synchronisation du calendrier des certifications annuelles limite temporairement la capacité du navire à 430 passagers au lieu des 800 habituels, ce qui ne devrait pas poser problème puisque c'est la basse saison.

Avec Johanne Fournier (collaboration spéciale)

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