Uber étend ses tentacules à Québec

Il y aurait maintenant une centaine de chauffeurs... (Le Soleil, Caroline Grégoire)

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Il y aurait maintenant une centaine de chauffeurs d'Uber actifs dans la région de Québec, mais environ trois à quatre fois plus d'inscrits, selon ce qu'on nous a rapporté informellement.

Le Soleil, Caroline Grégoire

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(Québec) Uber passe en deuxième vitesse à Québec. Après la récente baisse de ses tarifs, la multinationale se dote d'un bureau permanent au centre-ville d'où elle entend accélérer le recrutement de chauffeurs et négocier des partenariats locaux.

Il faut y recourir ou avoir l'oeil averti pour constater la présence d'Uber en ville. Les chauffeurs et leurs voitures ne présentent aucun signe distinctif qui permettrait de les identifier. Dans les zones où il y a beaucoup de taxis, ils ont même développé des trucs pour passer incognito, a constaté Le Soleil en testant le service. Certains chauffeurs invitent leurs passagers à s'asseoir à l'avant pour «faire moins taxi». D'autres les saluent familièrement au moment de l'embarquement et du débarquement.

Il y aurait maintenant une centaine de chauffeurs d'Uber actifs dans la région de Québec, mais environ trois à quatre fois plus d'inscrits, selon ce qu'on nous a rapporté informellement. Toutes les personnes rencontrées ont requis l'anonymat en raison du contexte de travail illégal et du climat de tension avec les chauffeurs de taxi.

Il ne faut pas se fier à Uber pour une validation. La branche québécoise, qui met clients et chauffeurs en relation grâce à une application mobile utilisée partout dans le monde, accorde les entrevues au compte-gouttes depuis plusieurs mois. Son porte-parole a d'abord refusé, par courriel comme toujours, de faire le bilan des activités à Québec.

Après des questions répétées, le directeur général Jean-Nicolas Guillemette a consenti à une entrevue téléphonique, où il s'est montré disponible. Il a toutefois refusé de dévoiler quelque statistique sur le marché de la capitale. «On n'est pas encore rendus à l'étape où on divulgue des chiffres à Québec. On veut s'assurer d'avoir une régularité avant.»

M. Guillemette rapporte une croissance en dents de scie dans les plus petites villes desservies par Uber. «Le momentum est un peu plus long à démarrer» puisque les citoyens sont souvent propriétaires d'une automobile et moins portés sur les transports en commun. Ajoutez à cela qu'à Québec, «ça varie plus parce que le tourisme est fort», ajoute le directeur général.

Les chauffeurs consultés par Le Soleil confirment que la majorité de leurs clients sont de l'extérieur de la province. La faiblesse du dollar attire beaucoup d'Américains en ville et plusieurs ont le réflexe de recourir à Uber pour leurs déplacements, comme ils le font déjà chez eux. Ils appellent de l'aéroport, de la gare du Palais, des hôtels. Pendant la période des Fêtes, un habitué nous a rapporté que 90 % de ses clients étaient des touristes.

Il y a aussi beaucoup de jeunes, soudés à leur téléphone mobile et à la recherche d'aubaines, et des personnes qui ont tourné le dos aux taxis après une mauvaise expérience.

Les conducteurs d'Uber, eux, occupent souvent un autre emploi ou sont encore aux études, selon ce que nous avons pu constater. Ceux qui se mettent disponibles à temps plein sont souvent des immigrants. Selon le moment où ils ont adhéré, les conducteurs récoltent entre 75 et 80 % de la somme perçue électroniquement auprès du client. Pour plusieurs, les revenus hebdomadaires se comptent en centaines de dollars.

Uber souhaite fouetter le marché de Québec avec la baisse de prix décrétée il y a deux semaines. L'entreprise affirme que ses tarifs sont désormais 50 % moins élevés que le taxi, comme à Montréal, au lieu des 30 % annoncés auparavant.

Sur les petites courses en ville, nos économies tournaient plutôt autour de 20 %. Pour se rendre à l'aéroport, la différence était plus marquée. Il nous en a coûté 20 $ au lieu du prix fixe de 35 $ décrété pour le taxi.

Nouveaux locaux

Uber est aussi en train d'aménager de nouveaux locaux sur la rue Saint-Joseph. «La croissance de la ville est bonne. On va s'installer de façon plus permanente», confirme le grand patron. Même si l'endroit est encore en chantier, il sert déjà de lieu de rencontre pour les chauffeurs et fera bientôt office de centre de recrutement. Les employés permanents d'Uber auront aussi pour tâche de négocier des partenariats avec des entreprises et organisations locales, souligne M. Guillemette.

Si elle semble stimuler la demande, la baisse de prix a aussi entraîné de la grogne chez les chauffeurs. Certains rouspètent, car une fois l'essence payée, la paie est minime. «J'adore l'activité, mais je n'aime pas la compagnie», résumera l'un d'eux.

Pourquoi continuer alors? Certains chauffeurs ont dit avoir besoin des maigres profits dégagés pour boucler leur budget. D'autres nous ont parlé du plaisir de transporter des gens. «Je le fais parce que c'est l'fun. À chaque appel, c'est comme une aventure», nous raconte un débutant, qui apprécie les échanges avec les clients, la reconnaissance témoignée pour son bon service. «Les gens nous aiment. Ils nous aiment d'amour», résume notre homme. «Et puis il y a le challenge de ne pas se faire pogner par les contrôleurs.»

Un contrat qui fait sourciller

Pendant les Fêtes, Uber a soumis un nouveau contrat de travail à ses chauffeurs. Il leur fallait l'accepter par un clic pour accéder à la plateforme Web qui leur fournit du travail. L'un d'entre eux a récupéré une copie et nous l'a fait parvenir, car certains points lui apparaissent abusifs. Nous en avons trouvé d'autres versions sur le Web.

On y remarque qu'Uber et sa compagnie soeur, Rasier Operations, exigent des conducteurs qu'ils possèdent un permis de conduire valide, mais aussi «tous les permis, licences et approbations» nécessaires pour faire du transport de personnes sur le territoire concerné. Ce qui est impossible au Québec, où le service est illégal. Les volontaires doivent aussi s'engager à détenir une assurance englobant les activités de transport de personnes, tant pour les dommages matériels que physiques.

Vers un désengagement?

Or, bien peu de compagnies d'assurances sont enclines à assurer les chauffeurs d'Uber. Pour éviter d'attirer les soupçons, plusieurs chauffeurs ne s'informeraient même pas de la couverture à laquelle ils ont droit. À la lecture de ces dispositions, notre interlocuteur craint que les chauffeurs soient largués si la pression augmente sur la compagnie. Jusqu'à maintenant, Uber a accompagné tous ses chauffeurs lors de saisies de véhicules, leur donnant accès gratuitement à un avocat et à un véhicule de location.

Le jeu du chat et de la souris

Les contrôleurs routiers doivent constamment raffiner leurs techniques pour attraper les chauffeurs d'Uber et saisir leurs véhicules.

Au début, c'était simple. Un contrôleur s'inscrivait comme client et commandait une voiture. Il le faisait à partir d'une adresse dans un cul-de-sac, où se trouvait déjà la remorqueuse pour saisir le véhicule.

Mais les conducteurs d'Uber, appuyés par la compagnie, se sont dotés d'un forum où ils font circuler l'information sur l'heure et le lieu des saisies. Dès qu'un chauffeur déclare qu'il s'est fait pincer, le compte du dernier client peut donc être bloqué. Sur le qui-vive, les chauffeurs refusent également les courses dans les endroits jugés douteux.

Jusqu'à cette semaine, ils se sentaient plus confiants dans les lieux touristiques. Mais c'est de l'hôtel Hilton que Contrôle routier Québec a frappé jeudi.

Ces derniers temps, les contrôleurs ont également contacté par texto des récidivistes pour leur demander directement un transport avec promesse de payer comptant. Au point de rencontre donné, la remorqueuse attendait.

Cette tactique est décriée par des chauffeurs. «C'est un piège. Ils prennent nos numéros de téléphone sur les documents et ils nous incitent à faire des bêtises. Je trouve ça un peu grave», dénonce l'un d'eux. Depuis le début des opérations d'Uber à Québec en février 2015, Contrôle routier Québec a procédé à 71 saisies et signalé 174 infractions à Québec. Aucune information sur la «stratégie opérationnelle» n'est partagée par le bras policier du ministère des Transports.

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