La retraite pour le roi des airs

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Mardi dernier, le premier ministre Philippe Couillard est allé rencontrer le pilote Jean-Marc Lavallée à l'aéroport de Québec pour souligner sa retraite.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) C'est un pilote comme il ne s'en fait plus. À 66 ans, Jean-Marc Lavallée prend sa retraite de l'aviation, après avoir cumulé 30 500 heures de vol aux commandes de taxis aériens régionaux, dont plus des trois quarts sur son appareil de prédilection, le King Air. L'exploit apparaît comme un record québécois et ne risque pas d'être battu de sitôt.

Né dans une famille de 12 enfants à Saint-Valère, dans les Bois-Francs, M. Lavallée a d'abord été mécanicien avant de bifurquer vers l'aviation. Il a fait ses premières armes à Victoriaville, puis a joint les rangs du transporteur Aéropro, à Québec, où il a travaillé pendant 19 ans.

Chef pilote lors de l'écrasement ayant fait sept morts à l'aéroport de Québec, le vétéran s'est retrouvé sans emploi quand Transports Canada a retiré la licence de son employeur. Il a fallu quelques semaines seulement pour qu'il soit rappelé dans les airs.

C'est un ancien élève, Daniel Adams, devenu directeur des opérations pour Max Aviation, qui l'a recruté. «Jean-Marc a été un mentor pour moi. Dès que quelqu'un était le moindrement intéressé, il partageait tous les trucs du métier, son vécu. Personnellement, il m'a emmené ailleurs. Je souhaitais qu'il mette son expérience à contribution encore quelques années.»

M. Lavallée fait partie des pilotes qui comptent le plus d'heures de vol dans tout le Canada et particulièrement sur les avions turbopropulseurs de niveau 3, les fameux Beechcraft King Air utilisés fréquemment pour les vols nolisés. «Il est le plus qualifié au Québec sur ce type d'avion», lance sans hésitation M. Adams.

En entrevue dans les locaux de Trans-Sol à l'aéroport de Québec, le principal intéressé avoue se sentir dans un King Air comme le commun des mortels sur une bicyclette. Il ne nie pas ses faits d'armes, mais les relativise humblement.

Alors que d'autres faisaient le choix d'être pilote de ligne, lui a préféré l'aviation régionale pour rester près de sa famille. «J'ai toujours dit : plus tu voles vite, plus tu voles haut, plus tu couches loin.» M. Lavallée apprécie aussi le contact avec les clients dans les petits appareils. «C'est intime. On va à la rencontre des gens. Quand ils entrent, on leur donne une poignée de main», mentionne-t-il.

L'expérimenté pilote a transporté tous les premiers ministres québécois depuis Jacques Parizeau, quantités de ministres et des dirigeants d'Hydro-Québec au cours de ses 39 ans de carrière. Cette semaine, le premier ministre Philippe Couillard a d'ailleurs accepté volontiers de rencontrer M. Lavallée à l'aéroport de Québec pour souligner sa retraite. Les deux hommes ont placoté sur le tarmac, comme ils l'avaient souvent fait dans le passé, et convenu d'une partie de chasse au cours des prochains mois. Informée de la présence du commandant, la ministre Christine Saint-Pierre a aussi fait un détour pour le saluer.

Bons souvenirs

M. Lavallée garde de bons souvenirs de ces décideurs qui mettaient en lui toute leur confiance, le temps d'un vol. Il parle aussi respectueusement des nombreux travailleurs qu'il a transportés dans le nord du Québec, une région qu'il affectionne particulièrement et dont il connaît la topographie par coeur. «Quand tu aimes la nature, le Nord, c'est quelque chose», dit-il. Pour capter sa beauté et occuper les heures creuses, le pilote traînait toujours avec lui son appareil photo et, plus récemment, sa caméra vidéo.

Michel Ratté, directeur des affaires publiques chez Max Aviation, est convaincu que le record de M. Lavallée dans la petite aviation ne sera jamais battu. Les nouveaux pilotes passent par les transporteurs régionaux pour acquérir de l'expérience, mais bien peu restent dans ce créneau. C'est la pénurie.

«Les jeunes, ils voient la trace blanche en haut et c'est là qu'ils veulent aller», résume M. Lavallée en pointant le ciel. Pour sa part, il ne voit rien d'attirant là-dedans : «La machine se vole toute seule. Le pilote fait de la gestion de cockpit. Il n'a pas de contact avec le client.»

L'aviation régionale demande aussi une disponibilité de tous les instants, que tous les apprentis ne sont pas prêts à consentir. Jean-Marc Lavallée, lui, a répondu présent jusqu'à la fin. Sa dernière course a eu lieu le 19 décembre. Il fallait livrer des caisses de sang à Sept-Îles pour Héma-Québec. Il était tard le soir, aucun pilote ne voulait y aller. Pour tout dire, M. Lavallée ne sautait pas de joie non plus. Mais il a accepté l'affectation en pensant à ceux qui attendaient la précieuse cargaison là-bas.

Et Daniel Adams de conclure : «Je pense qu'il n'a jamais dit non à une assignation. Il n'y en a plus des pilotes de cette nature-là».

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