Traverse Québec-Lévis: les usagers quittent le navire

Selon Daniel Martel, porte-parole de la Coalition avenir... (Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé)

Agrandir

Selon Daniel Martel, porte-parole de la Coalition avenir Québec en matière de stratégie maritime, il y a un lien direct à faire entre la hausse des tarifs décrétée par la Société des traversiers du Québec et la baisse d'achalandage.

Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Déjà dans un creux, la traverse Québec-Lévis continue de perdre des adeptes. Durant la première moitié de l'année financière en cours, la quantité de véhicules empruntant les traversiers pour passer d'une rive à l'autre a chuté de 18 %, tandis que les passagers étaient 4 % moins nombreux. Et les effets des 22 jours de grève d'octobre et de novembre ne sont pas encore comptabilisés.

La Coalition avenir Québec (CAQ) a demandé au gouvernement les plus récentes statistiques d'achalandage de quatre traverses. Si Matane et Tadoussac ont connu des augmentations entre avril et septembre avec apparence de baisse pour octobre, Québec et Sorel apparaissent dans une pente descendante.

Entre Sorel et Saint-Ignace-de-Loyola, la diminution d'achalandage est de 7 % pour les véhicules et de 2 % pour les passagers. À Québec et Lévis, c'est encore pire. Entre mai et septembre (les données d'avril sont manquantes), la chute atteint 18 % pour les véhicules (- 30 338) et 4 % pour les passagers (- 36 581). Des données qui suggèrent que plusieurs conducteurs seuls à bord préfèrent désormais utiliser les ponts de Québec et Pierre-Laporte pour traverser le fleuve Saint-Laurent.

Si on ajoute les statistiques préliminaires d'octobre, qui doivent faire l'objet d'une ultime validation, le déficit d'achalandage pourrait même grimper à 26 % pour les véhicules et 11 % pour les passagers.

Rappelons que les traversiers de Québec et de Sorel sont demeurés à quai 19 jours sur 31 ce mois-là en raison de la grève des officiers mécaniciens et de navigation puisqu'ils ne font pas partie des services essentiels. Trois autres jours de grève se sont ajoutés en novembre. 

2014-2015 difficile

Ces mauvais résultats suivent une année financière 2014-2015 difficile, la pire en 10 ans pour la traverse Québec-Lévis, comme le rapportait Le Soleil à la mi-octobre.

Pour Donald Martel, porte-parole de la CAQ en matière de stratégie maritime, il y a un lien «direct» et «prévisible» entre les hausses de tarifs décrétées par la Société des traversiers du Québec (STQ) au fil des ans et la baisse d'achalandage.

Le député de Nicolet-Bécancour décrie particulièrement les dernières augmentations, qui atteignaient 25 % dans le cas de la populaire série de 10 billets. «C'est évident qu'il y a des gens qui vont faire le détour. Et le détour, il est moins grand entre Québec et Lévis», a-t-il remarqué mercredi.

Interpellé lors de la période des questions, le ministre délégué aux Transports, Jean D'Amour, a servi une réponse faisant la promotion de la stratégie maritime dont il est responsable. Il a glissé au passage que «la Société des traversiers du Québec doit produire incessamment un plan pour mieux vendre ses services».

Un plan dévoilé prochainement 

Nous avons tenté d'en savoir plus auprès de son cabinet. L'attaché de presse Marc Lapointe nous est revenu avec une déclaration : «On est effectivement conscients qu'il y a une baisse de l'achalandage et c'est quelque chose qu'on prend au sérieux bien évidemment. Et pour répondre à ça, il y a un plan d'action, un plan stratégique qui a été demandé à la Société des traversiers qui va être dévoilé prochainement.» Il n'était pas en mesure de dire plus précisément quand ce plan serait livré.

La STQ n'a pas répondu aux questions du Soleil sur le sujet.

Des tarifs qui ont augmenté neuf fois plus vite que l'inflation

Louis Martel est un usager régulier des traversiers entre Québec et Lévis depuis 2009. Il est aussi statisticien. La hausse des tarifs, il l'a non seulement vécue, mais calculée. Ses résultats révèlent que le prix du laissez-passer mensuel pour les piétons et les cyclistes a augmenté neuf fois plus vite que l'inflation en l'espace de six ans.

«Ça ne prend pas la tête à Papineau pour comprendre que les hausses annuelles de tarifs démesurées - hautement supérieures à l'indice des prix à la consommation (IPC) - et répétitives depuis 2009 constituent la principale raison de la baisse de l'achalandage», nous a écrit M. Martel après notre article d'octobre sur les difficultés de la traverse Québec-Lévis.

Celui-ci talonne la Société des traversiers du Québec (STQ) depuis l'été afin de comprendre sa politique tarifaire. La société d'État répète toujours qu'elle majore ses prix en fonction de l'inflation et admet un peu de rattrapage pour certains titres.

Or, M. Martel a fait des calculs pour le laissez-passer mensuel piéton-cycliste et découvert que le prix avait varié de 98,9 % entre 2009-2010 et 2015-2016, passant de 17,60 $ à 35 $, tandis que l'IPC a augmenté de 11,8 % pendant la même période. Pour les automobiles, la hausse dépasse légèrement les 30 %.

Caractère discriminatoire

M. Martel a consulté la politique de financement des services publics du gouvernement du Québec, qui suggère à ses organismes d'y aller progressivement avec les rattrapages afin de laisser à la clientèle le temps de s'ajuster. Le citoyen considère que la STQ est en rupture avec ce principe. Il souligne aussi le caractère discriminatoire des augmentations qui affectent davantage les piétons et les cyclistes comme lui. Ses plaintes n'ont pas trouvé d'écho dans l'appareil gouvernemental.

Ces dernières semaines, d'autres usagers ont fait part au Soleil de leur insatisfaction par rapport à la grille tarifaire de la traverse Québec-Lévis. Au prix auquel se vend l'essence actuellement, les automobilistes calculent que le détour par les ponts (31 kilomètres) est plus économique. En carburant seulement, cela revient à un peu plus de 3 $ pour une berline moyenne. Au taux d'indemnisation kilométrique en vigueur dans la fonction publique provinciale (43 ¢/km), qui tient compte de l'usure, on parle de 13,33 $. En traversier, il faut plutôt prévoir 8,25 $ pour une auto avec conducteur.

Le Soleil a posé plusieurs questions à la STQ concernant sa tarification dès la mi-octobre. Après un mois et demi et plusieurs relances, nous n'avons reçu aucune réponse à ce jour. 

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer