Une école de pilotage à la clientèle métissée en Beauce

Sur la vingtaine d'étudiants à l'école de pilotage... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Sur la vingtaine d'étudiants à l'école de pilotage Grondair, la plupart viennent de l'étranger. Les Québécois sont minoritaires.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) «Bienvenue à l'aéroport international de Saint-Frédéric de Beauce!»

Martin Nadeau, copropriétaire et directeur général de Grondair Aviation, le dit en blague, mais il y a là une part de vérité. 

Sur place, en ce vendredi matin où les avions sont cloués au sol pour cause de travaux sur la piste, une bonne vingtaine d'étudiants venant de France, de l'île de Madagascar, du Sénégal, de Suisse, de Belgique, de Tunisie. Sur la liste d'une soixantaine d'inscrits, d'autres aussi en provenance du Bénin et de Hongrie. Il y a bel et bien quelques Québécois au travers, mais ils représentent l'exception. 

Le Soleil s'est déplacé pour les rencontrer, mettre un visage sur ces recrues venues de l'étranger. «Y'en a tu qui ont l'air de vouloir tirer un avion sur une tour?» demande M. Nadeau, en référence aux auteurs des attentats du 11 septembre 2001 à New York. Pour lui, la réponse est évidemment non.

Depuis plusieurs mois, les écoles de pilotage se battent contre de nouvelles règles d'immigration imposées par le gouvernement fédéral et appliquées par le gouvernement provincial. À partir du 1er janvier, les étudiants étrangers devront obligatoirement fréquenter un «établissement d'enseignement désigné» pour obtenir leur permis d'études.

Au Québec, les écoles de pilotage doivent développer une attestation d'études collégiales (AEC) pour être reconnues comme EED, même si elles sont déjà réglementées par Transports Canada. Ailleurs au pays, les provinces ont créé un régime d'exception pour elles. 

M. Nadeau, un ancien directeur d'école, déplore la lourdeur administrative du système d'éducation québécois, même s'il louange le travail du Cégep Beauce-

Appalaches avec qui il s'est associé. D'après ses calculs, les apprentis pilotes devront payer environ 4000 $ de plus pour leur formation, qui coûte déjà entre

40 000 et 60 000 $, pour financer la «bureaucratie».

Formation plus courte

L'AEC a aussi pour effet de raccourcir la durée de la formation. En aviation, c'est un gros désavantage, souligne Jocelyn Dulac, chef instructeur et directeur de l'école de pilotage de Grondair. Les étudiants ont en effet l'habitude de compléter leur très exigeant parcours en 18 à 24 mois. Dans le contexte collégial, ils sont forcés de boucler le tout en un an. En plus de précipiter les apprentissages, cela empêche les intéressés de faire leur demande d'immigration en parallèle de leurs études. Désormais, ils devront retourner chez eux et attendre. 

M. Nadeau craint de manquer de main-d'oeuvre, car il offre un premier travail à la plupart de ses étudiants. Il leur confie la patrouille des feux de forêt dans le Nord-du-Québec, qui mobilise une bonne douzaine de ses 35 avions. Cela permet aux nouveaux diplômés d'accumuler de l'expérience et de comptabiliser les précieuses heures de vol qui en attestent.

Les bons candidats sont ensuite recrutés par de plus gros transporteurs québécois comme Pascan ou Air Inuit et espèrent tous finir pilotes de ligne pour les grandes compagnies aériennes. «L'impact des nouvelles règles n'est pas tant sur notre volume d'affaires que sur notre capacité à répondre aux immenses besoins de l'industrie», souligne le patron de Grondair.

Les étudiants à qui nous avons parlé ont tous fait ressortir l'importance de ce premier travail dans le choix d'une école. «D'avoir un emploi garanti après ma licence de pilote professionnel, ça a fait la différence», témoigne Bocar Dia, du Sénégal. C'est le cas aussi d'Enzo Stephan, un jeune Français qui s'apprêtait à devenir infirmier quand il a décidé de réaliser son rêve de devenir pilote. «J'ai tout laissé tomber pour venir ici», confie-t-il, décidé à faire sa vie au Québec.

Aucun des étudiants interrogés par Le Soleil ne se verrait ailleurs qu'en Beauce pour poursuivre ses études, mais tous conviennent que les nouvelles embûches administratives pourraient décourager leurs compatriotes.

M. Nadeau, lui, est convaincu que le nombre d'écoles de pilotage va diminuer radicalement au Québec. Déjà, certaines ont annoncé qu'elles passaient leur tour pour l'AEC. Celles qui vont rester risquent de perdre de précieuses recrues au profit de concurrents au Nouveau-Brunswick ou au Manitoba, qui offrent désormais des formations pour moins cher, poursuit l'homme d'affaires. «On ne veut pas d'argent, on ne veut pas d'aide, on ne veut surtout pas mettre la sécurité du public en péril, on veut juste de la souplesse pour faire voler nos avions», lance-t-il dans un cri du coeur.

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