Une grève sans grévistes

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Une scène qu'on ne voit plus depuis mardi, puisque la traverse Québec-Lévis est maintenant paralysée.

Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) Rarement aura-t-on vu la gare fluviale de Québec aussi déserte mardi en raison de la grève générale illimitée des officiers mécaniciens et de navigation de la traverse. Tellement déserte qu'il n'y a aucun gréviste dans le piquet de grève.

On ne peut que faire une adéquation entre l'absence de grévistes, ils étaient seulement deux ou trois, et les doutes formulés par un membre des Métallos, le vétéran mécanicien Bruno Dufour, sur le processus syndical ayant mené à la grève. 

Le Soleil rapportait mardi matin qu'il disait ne jamais avoir été spécifiquement convoqué pour un vote de grève. Si bien que plusieurs syndiqués n'ont appris que la semaine dernière qu'ils pourraient se buter à un piquet de grève dès mardi matin. M. Dufour va jusqu'à dire que seulement 7 ou 8 des 150 membres à travers le Québec ont voté en assemblée.

Le représentant des Métallos, Gordon Ringuette, réfute catégoriquement ces allégations. «C'est toujours la même affaire. Ces gens-là ne vont pas aux assemblées. Et quand les assemblées prennent des décisions, pis quand ça ne fait pas leur affaire, ils se revirent par en arrière pis y'appelle du monde comme vous autres [les journalistes] pour chialer, pour critiquer. On appelle ça des dissidents. On en a tout le temps eu. Ils ne participent pas et ils se permettent de critiquer.»

Du même souffle, M. Ringuette explique qu'il n'existe aucun quorum dans les statuts et règlements des Métallos. «Le quorum, c'est le monde présent en assemblée. Il n'y en a pas parce que ça peut mener à des situations loufoques et paralyser les décisions.»

Cependant, le représentant syndical ne peut justifier l'absence des membres - ils sont entre 30 et 40 à la traverse Québec-Lévis - au piquet de grève. «Je ne peux pas vous donner d'explication. Il y a eu des consignes d'être présent. Qu'est-ce qui fait qu'il n'y a personne ici? Je ne pourrais pas vous dire.»

La traverse Québec-Lévis est paralysée comme celle de Sorel-Saint-Ignace-de-Loyola. Le service aux traverses L'Isle-aux-Coudres-Saint-Joseph-de-la-Rive, Matane-Baie-Comeau-Godbout et Tadoussac-Baie-Sainte-Catherine est maintenu au minimum, selon le plan des services essentiels négocié par les parties patronale et syndicale et accepté, jeudi, par la Commission des relations du travail (CRT).

Les officiers reprochent à la partie patronale d'avoir déposé une «pseudo offre globale finale» sans avoir véritablement négocié.

Le bus en renfort

La Société de transport de Lévis dit avoir connu une hausse de 20 % de l'achalandage sur ses parcours express en direction de la colline parlementaire. «On a ajouté un autobus aujourd'hui [mardi] et il y en aura trois de plus à partir de mercredi pour éviter que les gens effectuent tout le long trajet debout», explique Michel Patry, président de la STL. La société compte évaluer la situation quotidiennement.

Les deux clans s'accusent de mauvaise foi

Les usagers des cinq traverses touchées par la grève déclenchée hier devront vraisemblablement prendre leur mal en patience. La Société des traversiers du Québec et le syndicat représentant les 150 officiers de navigation et mécaniciens s'accusent mutuellement de mauvaise foi.

Du côté de l'employeur, on ne comprend pas comment les représentants syndicaux ont pu déclencher une grève générale illimitée en se basant sur les dernières offres patronales, alors que ces dernières n'étaient pas encore déposées au moment de recevoir l'avis de grève, il y a un peu plus d'une semaine.

«C'est le syndicat qui a quitté la table le 24 septembre. On a reçu un avis de grève [autour du 2 octobre]. Le 5 octobre, on a déposé des offres patronales générales et finales. On ne pense pas que ça a été présenté devant les travailleurs», a déclaré hier le président-directeur général de la Société des traversiers du Québec (STQ), Jocelyn Fortier. «On peut difficilement prétendre qu'on a déclenché une grève sur les offres patronales.»

Le syndicat rétorque qu'il ne considère pas les documents de la STQ comme une offre sérieuse. «C'est une coquille vide», nous a-t-on fait comprendre. «Il n'y a pas de grille salariale, on ne sait même pas combien nos membres vont gagner l'année prochaine», a expliqué une source syndicale.

Le syndicat réclame une hausse salariale de 13,5 % sur trois ans, alors que la STQ propose 3 % sur cinq ans - la même que toutes les offres gouvernementales aux employés de l'État québécois.

Au cours des deux dernières années du contrat de travail échu en mars dernier, les travailleurs grévistes ont eu droit, selon leur situation, à une «prime d'expérience» de 6,5 %, à une «prime de disponibilité» de 5 % et pouvaient compter sur «un avancement accéléré d'échelons» - selon l'employeur.

Ces avantages sont tombés avec la fin de leur contrat de travail, «comme il était prévu», a indiqué une source gouvernementale. Il n'était pas prévu qu'ils soient reconduits de façon automatique.

Au cours des présentes négociations, l'employeur a toutefois décidé de les reconduire dans le prochain contrat de travail, lorsque celui-ci aura été signé. Le gouvernement aurait prévu une rétroactivité de six mois - à partir de la date de signature de ce prochain contrat de travail. Pas davantage, cependant.

Le syndicat a déjà indiqué qu'il ne voulait plus de ces primes et qu'elles soient plutôt converties en une bonification du salaire de base. Un matelot situé à l'échelon 3 (de 3) gagne actuellement 18,22 $ l'heure, alors qu'un chef mécanicien deuxième classe situé à l'échelon 4 (de 4) gagne 27,99 $ l'heure.

Concernant la légitimité du mandat de grève obtenu par le syndicat, dont certains employés remettent en doute le processus, Jocelyn Fortier a refusé de commenter. «L'employeur ne doit jamais intervenir. J'ai trop de respect de la loi et des règles», a-t-il tranché, avant de s'en remettre aux travailleurs syndiqués. «Ce sont les seuls qui peuvent intervenir. C'est à eux de vérifier.»

Avec David Rémillard et Jean-Marc Salvet

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