Le chantier aux multiples naissances

Aquarelle représentant le chantier Davie en 1847... (Bibliothèque et Archives Canada, no d'acc 1986-15-2)

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Aquarelle représentant le chantier Davie en 1847

Bibliothèque et Archives Canada, no d'acc 1986-15-2

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ZONE Chantier Davie
ZONE Chantier Davie

Le chantier maritime Davie Canada inc., à Lévis, célèbre cette année ses 190 ans. L'histoire de ce chantier est ponctuée d'années fastes et de périodes moins glorieuses, embauchant par moments des milliers de travailleurs et connaissant d'autres années plus difficiles, incluant la fermeture. Aujourd'hui bien relancé, ce chantier s'est complètement transformé, a innové, et fournit du travail à quelque 900 personnes. Savez-vous que l'histoire de ce chantier, intimement liée à celle de Lévis, a d'abord commencé... à Québec? Connaissez-vous l'aventure de M. Davie? Qui sont les actuels propriétaires? Et qu'est-ce qu'en disent les dirigeants syndicaux et le maire Gilles Lehouillier? Le journal Le Soleil souligne cet anniversaire avec ce supplément qui sera distribué à plus de 100 000 exemplaires dans sa version papier dans les quotidiens Le Soleil et Le Droit, tous deux membres du Groupe Capitales Médias. Rendez-vous aux internautes à lesoleil.com pour consulter le contenu du cahier. »

<p>Gabrielle Thibault-Delorme</p>
Gabrielle Thibault-Delorme

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Québec) Intimement lié à la ville de Lévis, l'histoire du chantier Davie a pourtant commencé... à Québec.

Allison Davie (1799-1836)... (Fonds Industries Davie, Secteur des archives privées de la Ville de Lévis) - image 1.0

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Allison Davie (1799-1836)

Fonds Industries Davie, Secteur des archives privées de la Ville de Lévis

En 1811, le charpentier naval George Taylor débarque à Québec. Les contrats pour la construction de navires de guerre prolifèrent, mais c'est après la guerre, en 1814, que Taylor entreprend d'ouvrir son propre chantier, des deux côtés de la rue Saint-Charles.

La fille de George Taylor, Elizabeth, rencontre le capitaine Allison Davie. Les deux se marient, mais avant d'accorder la main de sa fille, George Taylor pose deux conditions : son gendre devra devenir son associé au chantier naval et le nom de Taylor sera donné aux enfants, explique l'historienne Eileen Reid Marcil.

George Taylor a trouvé un successeur digne pour son entreprise. Visionnaire, le capitaine Davie réalise que la réparation de navires serait plus profitable à long terme pour l'entreprise. «Il y avait des succès phénoménaux et des faillites retentissantes dans le domaine de la construction de navires à Québec», rappelle David Gagné, conseiller en histoire et patrimoine à la Ville de Lévis. Au lieu de se lancer dans la construction et ainsi d'être à la merci des contrats, Allison Davie s'assurait un revenu plus stable dans la réparation.

En 1829, il prendra la décision d'acheter un terrain à Pointe-Lévy. Il y construira sa maison Homestead, aujourd'hui classée monument historique.

Allison Davie gère seul la compagnie pendant quatre ans seulement. Triste coup du sort, le capitaine meurt noyé en 1836. C'est sa femme, Elizabeth Taylor Davie, qui reprend les rênes, le temps que son fils gagne en maturité. «Au Canada, il y eut très peu de femmes à la tête d'un chantier naval et Elizabeth pourrait bien avoir été la première», raconte Eileen Reid Marcil. «Les ouvriers lui faisaient confiance. Elle connaissait les chantiers maritimes depuis son enfance.»

George Taylor Davie prend la relève et agrandit considérablement le chantier. Après s'être porté acquéreur des parts de ses frères et soeurs, il bâtit le chantier de Lauzon, qui constitue aujourd'hui la partie ouest. L'endroit est avantageux, le nouveau chantier est situé tout près de la cale sèche du gouvernement, alors en construction, qui sera mise en servie en 1886.

Les fils de George T. Davie fondent un autre chantier à l'ouest. «Situé juste à côté de la cale sèche, c'est comme s'ils avaient les mains dans le plat de bonbons», rigole M. Gagné.

La grande cale sèche Champlain, longue de 357 mètres, a été inaugurée en 1917.

Les Davie sont avant tout des réparateurs de navires, avant d'être des constructeurs. La construction va commencer presque 60 ans après la fondation du chantier.

«Réputation sans faille»

Les contrats se succèdent et se ressemblent peu. Les grands voiliers de bois cèdent leur place aux navires à la coque en métal. Sous George Taylor Davie sera également construit le premier traversier à vapeur. À travers les générations, les activités du chantier se diversifient : brise-glace, traversiers, barges, cargos, navires de croisière et navires de guerre y prennent le large. «Au chantier Lauzon, on a construit le plus grand nombre de navires au Canada, les plus gros et probablement les meilleurs. C'est reconnu mondialement que les navires qui sont sortis du chantier de Lauzon ont une réputation sans faille», indique David Gagné.

La force du chantier est également son innovation. Les dirigeants ont été les premiers à construire des coques en métal. Ils furent également prompts à intégrer la technologie dans les années 60. Durant la même période, l'expertise de Davie se fait sentir dans des domaines autres que maritimes : wagons, bâches spirales et canons sortent du chantier.

L'activité évolue au rythme des marées. Pendant les guerres, ça grouille chez Davie. En 1944, l'entreprise employait plus de 6500 employés. «C'était une ville dans une ville. Après le gouvernement du Québec, Davie était le plus gros employeur dans la région», rappelle David Gagné.

Dans les années 80, le marché asiatique fait mal aux chantiers nord-américains. À des prix moindres, les nouveaux venus produisent des porte-conteneurs en très grandes quantités. Davie s'essouffle. Un contrat avec la marine américaine le garde en vie, mais en 2005, il ne reste plus qu'une trentaine de travailleurs.

Nouveau printemps

La construction de navires cesse en 1997, raconte Alex Vicefield, le grand patron d'Inocea, le groupe propriétaire de Davie. Jusqu'à 2012, le chantier passe entre les mains de propriétaires successifs jusqu'à l'arrivée d'Inocea, qui a relancé les opérations. En 2013, Davie baptise un premier navire après 15 ans d'inactivité. En 2014, l'entreprise compte 850 employés.

Signe de renouveau, Davie remporte en 2015 le prix du meilleur chantier naval en Amérique du Nord, surpassant celui de la marine américaine.

À travers les années, l'endroit a vu passer nombre de travailleurs, certaines familles y ont oeuvré de génération en génération. Ils partagent ce qu'ils appellent «l'esprit Davie». «Dans la majorité des chantiers navals, vous n'avez pas à travailler à - 30 degrés», dit Alex Vicefield, pour expliquer cette force de caractère.

À l'image de ses employés, Davie a fait preuve de résilience. Cette année marque le 190e anniversaire de l'association entre George Taylor et Allison Davie. Avec tous les capitaines successifs qui ont été à la barre de l'entreprise, le chantier a gardé le cap et mise maintenant sur l'avenir.

Se relever de ses cendres

Il y a 60 ans, le 27 octobre 1955, un gigantesque incendie a détruit le chantier Davie. Les flammes ont pris naissance dans la fonderie et se sont étendues jusqu'au Vieux-Lauzon, rasant trois maisons sur la rue Saint-Joseph. Le feu sera le plus gros de l'histoire de la région. La Société d'histoire régionale de Lévis a commémoré l'évènement cet été par une exposition à la chapelle Saint-François-Xavier.

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