Taxis en France: violente riposte contre Uber

À la porte Maillot, l'un des points d'entrée... (AFP, THOMAS SAMSON)

Agrandir

À la porte Maillot, l'un des points d'entrée dans Paris, des taxis ont incendié les fourgonnettes de deux conducteurs de VTC - des véhicules de transport avec chauffeur pourtant autorisés et n'ayant rien à voir avec UberPOP - provoquant l'intervention des forces antiémeutes et des pompiers.

AFP, THOMAS SAMSON

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Agence France-Presse
Paris

Les taxis français en guerre contre la concurrence du groupe américain Uber ont manifesté jeudi par milliers leur colère dans un climat explosif, provoquant heurts et perturbations monstres dans plusieurs grandes villes et à Paris.

Condamnant des violences «inadmissibles», le premier ministre Manuel Valls a promis que leurs auteurs, «qui se trouvent dans les deux camps», seraient poursuivis.

Dix personnes ont été interpellées «dans le cadre des débordements observés lors des manifestations des chauffeurs de taxi, sept policiers ont été blessés», «70 véhicules ont subi des dégradations» lors d'affrontements. Trente plaintes ont été déposées, a précisé jeudi soir le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve.

«UberPOP est un service illégal, il doit être fermé», a promis M. Cazeneuve. Il a toutefois reconnu qu'une fermeture de l'application, qui met en relation des passagers et des particuliers au volant de leur véhicule, ne pouvait résulter que d'une décision de justice.

En attendant, le ministre a demandé que les véhicules UberPOP soient «saisis lorsqu'ils sont pris en flagrant délit» et annoncé une nouvelle réunion avec les syndicats le 3 juillet.

Le directeur général d'Uber France, Thibauld Simphal, a aussitôt annoncé qu'il contesterait cette décision et que «pour l'instant», UberPOP pouvait continuer.

Face à cette fermeté, les syndicats de taxi ont semblé prudents quant à la poursuite de leur grève.

«Nous conseillons aux chauffeurs de lever le camp, pour nous la grève est levée», a déclaré Abdel Ghalfi, responsable du syndicat de la CFDT. «Mais une partie des taxis veulent rester Porte Maillot», la place de l'ouest parisien qu'ils bloquent depuis jeudi matin, a-t-il ajouté, sans exclure de nouvelles «actions isolées».

«Si un grand nombre de taxis veulent continuer, on les soutiendra», a prévenu Karim Asnoun (CGT). Plus radical, Ibrahima Sylla, de l'organisation Taxis de France, a assuré que «les taxis restent Porte Maillot», l'une des principales entrées dans la capitale.

La place était toujours bloquée jeudi soir par plusieurs dizaines de taxis, dans une ambiance bien plus calme que dans la matinée.

Voitures incendiées, barrages filtrants, blocages des gares et aéroports, chasse aux VTC (véhicules de transport avec chauffeur) et aux taxis clandestins : dès l'aube, les protestataires, chiffrés par la police à près de 3000 dans tout le pays, ont multiplié les coups.

«On est obligé de passer par cette étape de la radicalité», avait justifié le porte-parole syndical Abdel Ghalfi.

À la porte Maillot, l'un des points d'entrée dans Paris, des taxis ont incendié les fourgonnettes de deux conducteurs de VTC, provoquant l'intervention des forces antiémeutes et des pompiers, dans une odeur âcre de fumée, avec claquement de pétards et fracas de poubelles renversées.

L'ambiance était également explosive aux aéroports parisiens d'Orly et Roissy, où des VTC ont renversé des personnes, les blessant légèrement. À Roissy, le blocage des accès à trois terminaux a été progressivement levé dans l'après-midi.

L'ire de Courtney Love

Paris était livrée aux bouchons. Les accès de deux gares de la capitale étaient bloqués par des dizaines de voitures. Des actions similaires ont été menées à Lyon, Marseille, Toulouse et Bordeaux, notamment.

«François Hollande, où est la putain de police??? C'est légal ici d'attaquer les touristes? Ramène tes fesses à l'aéroport», a tweeté la rockeuse américaine Courtney Love. «C'est çà la France? Je suis plus en sécurité à Bagdad», a pesté la veuve du leader du groupe Nirvana, Kurt Cobain, bloquée près d'un aéroport parisien.

De la gauche à l'extrême droite, le mouvement a recueilli un large écho. «On ne peut pas laisser les chauffeurs de taxi victimes de la loi de la jungle», a déclaré le président socialiste de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone.

Les Républicains, le parti d'opposition de droite de l'ancien président Nicolas Sarkozy, a dénoncé la «concurrence déloyale» d'UberPOP, l'application mobile de la société californienne qui, à prix cassés, met en relation des particuliers et des conducteurs non professionnels assurant leur transport avec leurs véhicules personnels.

Engagé dans un bras de fer avec l'État, Uber revendique 400 000 utilisateurs d'UberPOP en France, où le nombre des taxis est faible. Mais ses chauffeurs sont des particuliers sans agrément qui échappent aux impôts. La société californienne est visée depuis fin 2014 par une enquête judiciaire à Paris. Selon une loi française votée l'an dernier, les conducteurs qui ne sont pas enregistrés comme chauffeur de taxi ou VTC encourent jusqu'à un an de prison, 15 000 euros (environ 21 000 $CAN) d'amende, la suspension du permis et la confiscation du véhicule.

La France n'est pas le seul pays d'Europe où l'activité d'Uber fait polémique. L'entreprise est interdite d'exercer en Allemagne et fait l'objet de procédures judiciaires aux Pays-Bas et en Espagne. La Commission européenne a indiqué mardi plancher sur «une régulation appropriée» que Bruxelles espère mettre au point «cette année».

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer