Le Fundy Paradise amarré au port de Québec depuis... cinq ans

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(Québec) Amarré pendant deux ans et demi à Sorel, le navire Phoenix est loin d'avoir battu un record. Un vieux bateau en métamorphose, le Fundy Paradise, traîne au port de Québec depuis cinq bonnes années. Son histoire est aussi «rocambolesque» que coûteuse.

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René Lagacé, président de Marissa et de Métro Excavation

Le Soleil, Patrice Laroche

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Le Fundy Paradise traîne au port de Québec depuis cinq ans. Son maintien à quai coûte une fortune à son propriétaire, Marissa, qui tente de récupérer ce montant auprès du gouvernement fédéral. 

Le Soleil, Patrice Laroche

Cela fait un bon bout de temps que Le Soleil a remarqué la présence de ce navire qui ne paie pas de mine le long des quais. Pour le moment, il est amarré à l'anse au Foulon, caché derrière les silos de granules de bois. Il n'y a pas si longtemps, il se trouvait un peu plus à l'est, à la hauteur du siège social d'Arrimage Québec. Depuis dimanche, le Phoenix occupe cette place.  

C'est l'entreprise Marissa, division maritime de Métro Excavation, qui est propriétaire du Fundy Paradise. Ce traversier de presque 100 mètres de long, construit en 1971, assurait la liaison entre le Nouveau-Brunswick et l'Île-du-Prince-Édouard avant la construction du pont de la Confédération. 

René Lagacé, président de Marissa et de Métro Excavation, a acquis le traversier en 2010 dans l'espoir de décrocher le contrat de dragage de la traverse du Nord, tronçon de la voie navigable du Saint-Laurent allant de l'île d'Orléans à l'île aux Grues, ainsi que du secteur compris entre Bécancour et Batiscan. 

Le but était de transformer le traversier en barge à succion avec élinde traînante. Pareil navire et son équipement permettent d'aspirer le sable au fond de l'eau. Les résidus sont généralement largués ailleurs. 

Inspiré par ce qui se fait au large de Vancouver, M. Lagacé voulait plutôt récupérer le sable pour ses activités de construction. «Ça nous avantageait sur la concurrence», rapporte-t-il en entrevue dans ses bureaux du boulevard Louis-XIV. «Mais le fédéral n'a pas voulu.» 

Travaux publics et Services gouvernementaux Canada exigeait en effet que la drague soit équipée d'une coque ouvrante pour décharger le sable, ce qui n'est pas le cas du Fundy Paradise. Le groupe Océan a décroché le contrat de 30 millions $ sur sept ans, qui débutait en 2012, avec une drague construite de toutes pièces à son chantier de l'île aux Coudres. 

«Ils voulaient une machine neuve et ils ont mis les critères pour», analyse M. Lagacé, qui a contesté devant le Tribunal canadien du commerce extérieur le résultat de l'appel d'offres. Il nous dit avoir gagné sur deux points, mais la décision datant de 2011 conclut que «la plainte n'est pas fondée». 

Poursuite contre le fédéral

Marissa a aussi déposé une poursuite civile contre le Procureur général du Canada pour récupérer les frais de modernisation et de quaiage de son navire. Les procédures s'étirent. 

M. Lagacé refuse de dire combien il réclame au gouvernement fédéral, mais d'après les indices qu'il laisse filtrer, la facture de son aventure, qu'il qualifie de «rocambolesque», pourrait facilement dépasser le million de dollars. 

Les seuls frais d'amarrage au Port de Québec tournent autour de 100 000 $ par année, nous a-t-il confié. Un montant qu'a refusé de confirmer l'Administration portuaire de Québec malgré notre insistance. Sa porte-parole, Marie-Andrée Blanchet, a invoqué une entente confidentielle. 

Plusieurs centaines de milliers de dollars ont aussi été investis dans une mise à niveau mécanique du Fundy Paradise. Pour compléter la transformation, il restait à débarrasser le pont des étages supérieurs typiques d'un traversier. 

René Lagacé a toutefois fermé le chantier. Le dragage du fleuve, «on oublie ça», laisse-t-il tomber en fin d'entrevue. Un courtier tente actuellement de vendre le bateau. La visite d'un armateur grec est annoncée. 

Dans notre correspondance des derniers jours, la porte-parole du Port de Québec n'a pas montré de signe d'impatience en ce qui concerne le navire amarré. «La capitainerie se charge de déterminer l'emplacement à quai des navires sur le territoire portuaire et veille à ce que celui-ci ne contrevienne à aucune autre opération portuaire», a-t-elle indiqué succinctement.

De Québec à Sorel?

Si le Fundy Paradise n'est pas vendu prochainement, son propriétaire entend le transférer à... Sorel.

«Cette année, il va partir, c'est certain», affirme René Lagacé, grand patron de Marissa et de Métro Excavation. Les frais de quaiage sont beaucoup moins élevés à Sorel qu'à Québec, fait-il remarquer. Vérification faite, la facture serait en effet réduite de plus de la moitié pour se situer autour de 40 000 $.

M. Lagacé assure que le bateau est en assez bon état pour prendre le large, qu'il est visité régulièrement et attaché «trois fois comme il a besoin».

Dimanche, après avoir appris que le Phoenix était tombé en panne à Québec, le maire de Sorel-Tracy, Serge Péloquin, a lancé un «bonne chance Régis!» sur Facebook. Informé des plans de Marissa, le directeur des communications de cette même ville, Louis Latraverse, a fait savoir qu'«on n'en veut plus des bateaux comme ça à Sorel-Tracy».

L'espace libéré par le départ du Phoenix, deux fois plus long, est d'ailleurs déjà promis à d'autres projets, nous a-t-on fait savoir.

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