Les contrôleurs routiers prêts à stopper Uber

Selon la Loi sur les transports, le conducteur... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Selon la Loi sur les transports, le conducteur qui offre du covoiturage doit se rendre lui-même à la destination annoncée, qu'il ait des passagers ou pas.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Les contrôleurs routiers laissent quelques jours à Uber et à ses chauffeurs pour changer d'idée, puis ils procéderont à la saisie des véhicules qui font, selon l'interprétation gouvernementale, du «transport illégal».

Cela fait déjà plusieurs semaines que le ministère des Transports et les organismes publics interpellés par l'arrivée d'Uber - l'entreprise offre le service appelé UberX - ont statué qu'il s'agissait de «transport illégal» et non de «covoiturage citoyen». 

Guy Mailhot, porte-parole de la Commission des transports du Québec, revient à la base, à la définition du covoiturage. Selon la Loi sur les transports, le conducteur qui offre du covoiturage doit se rendre lui-même à la destination annoncée, qu'il ait des passagers ou pas. Il peut leur demander de partager les frais d'essence et d'entretien, mais pas faire un profit. 

Avec UberX, «les gens sont là pour conduire d'autres personnes d'un endroit à un autre endroit, et la destination n'est pas choisie par le conducteur», fait remarquer M. Mailhot. Cela devient donc du transport rémunéré et, pour cela, il faut un permis de taxi qui coûte environ 200 000 $ et s'accompagne d'obligations d'entretien et de formation. 

La Commission des transports, qui fonctionne comme un tribunal, n'intervient cependant pas sur le terrain. Ce pouvoir revient aux contrôleurs routiers, qui comptent bien s'en servir prochainement. 

Selon Éric Santerre, porte-parole de Contrôle routier Québec, c'est une question de jours avant que des infractions soient signifiées. L'amende prévue varie entre 350$et 1050 $, mais, surtout, le véhicule peut être saisi sur-le-champ. 

«On va se donner quelques jours pour voir un peu comment ça se déploie. Est-ce que Québec va être différent de Montréal pour la popularité? L'information a circulé ces dernières semaines pour expliquer que c'était illégal et amener une certaine crainte par rapport à l'utilisation de l'application pour les chauffeurs, mais on ne peut pas en avoir la certitude», explique M. Santerre. 

À Montréal, où c'est le Bureau du taxi qui contrôle les permis et fait appliquer la Loi sur les services de transport par taxi, des véhicules ont déjà été saisis. Les agents municipaux ont dû être accompagnés de policiers, car ils ne possèdent pas le titre d'agent de la paix qui permet d'ordonner une saisie. Ce n'est pas le cas ailleurs au Québec, y compris dans la capitale, où les contrôleurs routiers ont tous les pouvoirs pour intervenir. 

Pour Abdallah Homsy, président de Taxi Coop 525-5191, le plus gros parc de taxis de Québec, ce délai dans l'application de la loi n'est pas justifié. Comme le système d'Uber est assimilé à du transport illégal, il s'attend à ce que les conducteurs soient punis dès le premier voyage. «Je ne comprends pas qu'on annonce quelque chose qui est complètement illégal, pis après ça quelqu'un dit : "Je vais voir s'il réussit ou pas et s'il réussit, je vais lui taper dessus." Ben alors, enlevons les lois!» a-t-il réagi, jeudi. 

M. Homsy a publié un communiqué de presse percutant quelques minutes avant le lancement d'Uber, qualifiant le service d'«illégal, déloyal et malhonnête». Il a dressé une longue liste de récriminations, s'efforçant de démonter ce qu'il estime être des mythes ou des mensonges à ses yeux. 

Régis Labeaume a pour sa part appuyé les chauffeurs de taxi. Par l'entremise de son attaché de presse, le maire de Québec a indiqué que sa participation à une rencontre avec les dirigeants d'Uber n'équivalait pas à une approbation du mode de transport. 

Avec les chauffeurs

«Sa rencontre avec Uber ne doit pas être interprétée comme un appui de sa part, bien au contraire. Il n'a d'ailleurs pas l'intention de les rencontrer de nouveau. Il a écouté, mais il est plutôt du côté des chauffeurs de taxi qui gagnent leur vie comme ça et qui payent des taxes à Québec», a rapporté Paul-Christian Nolin.

M. Labeaume, a-t-il ajouté, laisse le dossier «entre les mains du ministre des Transports Robert Poëti, qui a déjà manifesté son intention de resserrer les règles qui touchent l'industrie du taxi».

L'Autorité des marchés financiers a également rappelé jeudi que les conducteurs devaient prévenir leur compagnie d'assurances avant de faire du transport rémunéré, au risque de ne pas être couverts pour les dommages matériels en cas d'accident. Il est d'ailleurs fort probable que la prime augmente, puisqu'il s'agit alors de transport commercial. 

Jean-Nicolas Guillemette, directeur général d'Uber pour le Québec, ne se laisse pas décourager par ces discours. Il a répété jeudi qu'il espérait un changement de réglementation. Selon lui, quand les citoyens auront adopté le produit, l'entreprise aura «des munitions pour discuter». Celui-ci a par ailleurs assuré que l'entreprise allait appuyer «financièrement et moralement» les chauffeurs qui verraient leur véhicule saisi.  Avec Valérie Gaudreau et Stéphanie Martin

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Débuts modestes à Québec

Ce n'était pas la foule jeudi pour le lancement des activités d'Uber à Québec. 

Le Soleil a téléchargé l'application mobile qui met en relation utilisateurs et conducteurs. À 10h, lors du lancement officiel, il n'y avait pas de véhicule disponible dans notre secteur et pas davantage plus loin. Toujours rien dans l'heure qui a suivi. 

Joint pour savoir s'il y avait un problème technique, le chef des communications d'Uber Canada a attribué ce vide à la très grande popularité du service. «C'est souvent comme ça lors d'un lancement», a fait valoir Xavier Van Chau. Il a refusé de nous dire combien de voitures UberX étaient mobilisées dans les rues de Québec à ce moment précis. «Information concurrentielle» et trop changeante, a-t-il justifié.  

Course improvisée

Il a fallu attendre 11h39 avant qu'apparaisse une petite voiture sur notre écran. Nous avons aussitôt testé le système en improvisant une course entre Le Soleil, situé au coin du boulevard Charest et de la rue de la Couronne, et le Musée national des beaux-arts, près des Plaines. Une journaliste est partie avec Uber, l'autre avec Taxi Coop en utilisant sa nouvelle application Web. 

Dans les deux sens, le taxi a coûté moins cher. La différence était de quelques sous, mais tout de même significative considérant qu'Uber promettait une économie d'au moins 30 % par rapport au taxi (voir le tableau).

Le taxi a été plus rapide à l'aller, Uber au retour, mais il faut dire que l'application de Taxi Coop a fait défaut. La commande ne s'est jamais rendue même si tout laissait croire qu'une voiture était en route. Après huit minutes d'attente, il a fallu rappeler. «Ça arrive des fois [que ça ne fonctionne pas]», a admis la répartitrice avant de nous envoyer une voiture. 

Dans la voiture d'Uber, très propre, un chauffeur d'autobus en congé, Frédérick Thibeault, nous a accueillis comme des rois. Il nous a expliqué qu'il avait déjà utilisé le service à Mont­réal et voulait l'essayer comme conducteur pour le plaisir, «pour passer le temps». Le temps ne passait pas vite en matinée, puisque nous étions ses premiers clients. 

La journée a continué comme elle avait commencé. Gros vide en début d'après-midi, alors qu'aucune voiture n'était disponible. Près de l'heure de pointe, il y a eu un peu plus de mouvement. Au maximum, trois voitures sont apparues sur notre écran. 

Le représentant provincial d'Uber, Jean-Nicolas Guillemette, a qualifié la réaction des gens de Québec d'«extrêmement positive» en fin de journée. D'après ses dires, il manquait de véhicules pour répondre à la demande et le service ne pourra que s'améliorer avec le recrutement de conducteurs. Le patron s'est dit très surpris du prix de nos courses et a assuré que le résultat serait plus avantageux sur de plus longues distances.  Avec la collaboration d'Élisabeth Fleury

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