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La SAAQ prend le virage «payez comme vous conduisez»

Pour la SAAQ, les renseignements obtenus grâce aux... (Shutterstock, ambrozinio)

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Pour la SAAQ, les renseignements obtenus grâce aux modules GPS permettront de mieux détecter les comportements à risque des conducteurs et d'ajuster les programmes et les campagnes de sensibilisation en conséquence.

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(Québec) La Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ) fera l'essai de la télématique pour améliorer le bilan routier et diminuer les contributions d'assurances des Québécois. En 2016, les automobilistes pourront, sur une base volontaire, faire installer un module GPS sous le tableau de bord pour suivre leurs habitudes de conduite et éventuellement bénéficier de rabais.

La SAAQ emboîte ainsi le pas aux assureurs privés qui offrent des programmes de type pay how you drive - «payez comme vous conduisez» - depuis quelques années déjà. En 2012, L'Industrielle Alliance a été la première compagnie canadienne à offrir des rabais aux clients qui se munissent de mouchards électroniques et qui, conséquemment, ajustent leur conduite. Ses concurrents ont suivi. 

La présidente et chef de la direction de la SAAQ, Nathalie Tremblay, affirme que les nouvelles technologies représentent «une tendance de fond» dans l'industrie et estime que la société d'État a le devoir de les tester. «La télématique, on pense que ça peut être gagnant et porteur si on rend l'outil disponible et qu'on laisse le choix au client de l'utiliser ou pas», a-t-elle exprimé lors d'une entrevue éditoriale dans les bureaux du Soleil

Le projet pilote, dont l'envergure reste à déterminer, sera lancé l'an prochain, en même temps que la nouvelle grille de tarifs pour les permis de conduire et les immatriculations. 

Pour le moment, il est acquis que l'automobiliste intéressé pourra suivre l'évolution de ses comportements routiers grâce à un compte rendu mensuel. Le nombre de kilomètres parcourus, les excès de vitesse, les freinages brusques, les accélérations rapides, voire les courbes mal négociées, seront comptabilisés. 

Pour la SAAQ, ce sont autant de précieux renseignements qui permettront de mieux détecter les comportements à risque des conducteurs et d'ajuster les programmes et les campagnes de sensibilisation en conséquence. 

Clientèle délinquante

Le mouchard pourrait-il devenir obligatoire éventuellement? Pas pour tout le monde, assure Nathalie Tremblay. Mais elle se pose encore la question pour des clientèles délinquantes bien ciblées, qui pourraient se faire imposer le mouchard comme on prescrit aujourd'hui l'antidémarreur éthylométrique aux conducteurs reconnus coupables de conduite avec les facultés affaiblies. 

La présidente compte sur le projet pilote pour l'éclairer. Elle regardera également du côté de la Saskatchewan, qui teste des outils télématiques développés au Québec auprès du groupe à risque des motocyclistes. 

Femme de chiffres, la gestionnaire québécoise indique qu'il y aura dès le départ un «incitatif financier» pour les volontaires, mais le montant et la façon de payer ne sont pas décidés. Chose certaine, la seule participation ne suffira pas. «Il faut clairement récompenser le comportement», dit Mme Tremblay. 

C'est un leitmotiv pour la grande patronne de la SAAQ. Elle veut faire comprendre aux Québécois le lien entre un bon comportement sur la route et la prime d'assurances. C'est ainsi qu'elle attribue à l'amélioration constante du bilan routier - moins de 400 décès l'an dernier - la chute du prix du permis de conduire et des immatriculations annoncée pour 2016. En moyenne, les assurés économiseront 65 $ par année, soit 35 % de ce qu'ils paient actuellement. 

Après deux décennies de tarifs fixes, puis des augmentations importantes pour éliminer un déficit désormais résorbé, Mme Tremblay admet que ce n'est pas une mince tâche de convaincre les clients qu'ils ont une influence sur la facture. D'autant que la SAAQ perçoit aussi la contribution au transport en commun et les taxes sur les ventes de véhicules pour le compte du gouvernement du Québec. 

Des efforts ont été faits dans le passé pour clarifier l'état de compte envoyé annuellement aux automobilistes, séparer la part «SAAQ» et la part «gouvernement». D'autres ajustements pourraient suivre.

Des points de récompense

La Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ) étudie sérieusement la possibilité d'ajouter des barreaux à l'échelle des points d'inaptitude pour récompenser les bons comportements au volant en plus de punir les mauvais. 

Depuis 1973, les conducteurs écopent de points d'inaptitude en même temps qu'ils reçoivent une contravention pour chaque infraction au Code de la sécurité routière. Le nombre de points varie en fonction de la gravité. Il existe plusieurs régimes, allant de 4 à 15 points, en fonction du type de permis et de l'âge des conducteurs. Dès la récolte du premier point, le coût du permis de conduire augmente. Quand le maximum est atteint, le permis est révoqué. 

Après 40 ans de ce modèle, la présidente de la SAAQ estime qu'il est temps de le réviser. Toujours dans l'objectif de lier la prime d'assurance au comportement du conducteur, Nathalie Tremblay verrait d'un bon oeil l'instauration d'un «volet bonus» qui récompenserait les bons dossiers «en piastres». 

«Y a-t-il moyen de dire aux gens, par exemple : "Il y a tant d'années que tu n'as perdu de points, ça a un impact sur ta prime, donc je te récompense"?» illustre la gestionnaire. Cela supposerait de garder le compte des points sur une plus longue période que les deux années actuelles, de revoir l'échelle des points d'inaptitude, quitte à ajouter des points d'aptitude, tout en faisant varier de pair la grille tarifaire. 

Comme au Manitoba

Il y a au moins un exemple au Canada, le Manitoba, qui classe les conducteurs selon leur dossier de conduite. Pas moins de 36 niveaux de sécurité ont été établis. En haut du classement, les plus prudents peuvent économiser jusqu'à 30 $ sur le prix de leur permis de conduire et 33 % de leur facture d'immatriculation. À l'autre bout du spectre, les délinquants peuvent payer jusqu'à 2500 $ pour prendre le volant.  

Mme Tremblay dit partager avec le ministre des Transports, Robert Poëti, la conviction que «les gains vont être de plus en plus difficiles à faire» pour améliorer le bilan routier. C'est pourquoi, selon elle, il faut être imaginatif et trouver de nouveaux moyens d'inciter les automobilistes à la prudence. «On avait juste le bâton, c'est peut-être le temps de rajouter la carotte», lance-t-elle. 

La SAAQ ne propose pas d'échéancier pour ce nouveau chantier. Les travaux viennent de commencer.

Nathalie Tremblay sur...

Les automobiles intelligentes

Les experts de la SAAQ suivent attentivement le développement d'automobiles entièrement guidées par ordinateur. Des prototypes de ces véhicules, qui peuvent se passer de conducteur, sont testés actuellement sur les routes de certains États américains, et l'Ontario s'y intéresse. «C'est à nos portes», convient la présidente de la SAAQ, sans connaître l'échéancier de mise en marché. Selon Nathalie Tremblay, «on ne pourra pas les empêcher de circuler». Et si sur papier le bilan paraît parfait, la gestionnaire du régime d'assurance public se préoccupe de «l'équilibre entre la sécurité et la distraction». Car il faudra toujours que le conducteur soit prêt à reprendre les commandes en cas de défaillance du système. Déjà, l'ajout de gadgets de sécurité dans les voitures peut facilement détourner l'attention du conducteur. Mme Tremblay croit qu'il faudra éventuellement ajuster le contenu des cours de conduite pour en tenir compte.

Les cyclistes et les piétons

La promotion des transports actifs et les changements dans les habitudes de déplacement en milieu urbain - il y a plus de cyclistes, plus de piétons - posent de nouveaux défis à la SAAQ. «Si j'ajoute la distraction, ça fait un beau terrain à risque et un défi supplémentaire pour les automobilistes», analyse la patronne, Nathalie Tremblay. Celle-ci signale d'ailleurs qu'en 2013, les cyclistes et les piétons faisaient piètre figure au bilan routier. Un groupe de travail sur la sécurité des cyclistes, présidé par Louis Garneau, a été constitué pour trouver des solutions. Le ministre des Transports, Robert Poëti, a promis d'amender conséquemment le Code de la sécurité routière. La présidente de la SAAQ ajoute qu'une campagne de publicité sera organisée cette année sur le thème des vélos et du partage de la route. La société d'État continuera également de financer des activités de sensibilisation. 

Les motocyclistes

Les titulaires d'un permis de moto ne sont pas aussi choyés que les conducteurs de véhicules de promenade par la baisse de tarifs qui doit se concrétiser en 2016. Ce n'est pas faute d'avoir amélioré leur bilan routier, indique la grande patronne de la SAAQ, qui reconnaît leurs efforts. C'est plutôt parce qu'un nombre grandissant de titulaires de la classe de permis 6A décident de l'abandonner au lieu de payer la surprime qui y est associée. Du coup, il reste moins de participants pour assumer la part des coûts du régime imputable aux motocyclistes. Les irréductibles se retrouvent donc avec une facture plus salée. Mme Tremblay se dit très consciente de la vulnérabilité des motocyclistes. Elle croit que les mesures mises en place récemment, comme la promotion de vêtements de sécurité et l'actualisation du contenu des cours de moto, ainsi que la révision du Code de la sécurité routière à venir, devraient aider à diminuer encore les accidents.

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