La peinture récente du pont de Québec ne tient pas le coup

Il suffit de lever le nez en l'air... (Photothèque Le Soleil, Erick Labbé)

Agrandir

Il suffit de lever le nez en l'air en s'engageant sur le tablier pour constater que la rouille continue de faire son chemin, même sur les poutres repeintes en gris. À certains endroits du côté sud, la rouille était même réapparue à peine un an après l'application du nouveau revêtement.

Photothèque Le Soleil, Erick Labbé

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Le revêtement appliqué sur une partie du pont de Québec dans les années 2000 ne tiendra pas le coup 25 ans, comme l'avait pourtant annoncé le fabricant. Si une nouvelle peinture est commandée, il faudra repartir à zéro.

Environ 40 % de la surface du pont de Québec a fait l'objet de travaux de peinture entre 1999 et 2005, année où le budget prévu de 60 millions $ a été épuisé. Le CN a choisi de nettoyer l'acier avec un jet d'eau, puis d'appliquer une «surcouche» (overcoat), qui sert habituellement à prolonger la durée d'une peinture existante.

Le fournisseur Termarust Technologies - aussi connu sous le nom de son produit, Bridge Cote - garantissait le fini pendant cinq ans, mais lui prédisait une durée de vie de 25 ans. Il calculait aussi des économies de 140 millions $ par rapport à la solution classique, soit un décapage au sable et trois couches de peinture au zinc.

Or il suffit de lever le nez en l'air en s'engageant sur le tablier pour constater que la rouille continue de faire son chemin, même sur les poutres repeintes en gris. À certains endroits du côté sud, la rouille était même réapparue à peine un an après l'application du nouveau revêtement.

C'est ce que nous apprennent les documents déposés dans le contexte d'une poursuite opposant le sous-traitant ayant obtenu le contrat de peinture de la partie sud, Revêtements Nor-Lag, au donneur d'ouvrage et propriétaire du pont, le CN.

Nor-Lag réclamait au CN le remboursement de tous les frais encourus (9 millions $) pour la mise en place d'un système de récupération des eaux de lavage. Cette solution a été rendue obligatoire par Environnement Canada dès la première saison de travaux, en 1999, pour éviter la chute de débris polluants dans le fleuve Saint-Laurent.

Le CN a répliqué que l'entrepreneur, un spécialiste, aurait dû prévoir le coup. L'entreprise ferroviaire a refusé de ramasser la facture, rappelant qu'elle avait déjà assumé une partie des nouveaux frais et accepté de diminuer la surface à repeindre.

Tant qu'à y être, le CN a exposé dans sa défense toutes ses insatisfactions quant au travail effectué par Nor-Lag. Le sous-traitant «a omis d'enlever une substance adhérente noire qui a été identifiée comme de la stratified rust» («rouille stratifiée») avant de peinturer. Le fournisseur de la surcouche avait donné son aval, mais pas le donneur d'ouvrage. «D'ailleurs, dès le printemps 2000, de la délamination a été constatée aux endroits où la peinture avait été appliquée par-dessus» la rouille stratifiée, note le CN.

Règlement à l'amiable

Cette cause, en suspens depuis 2007, vient d'être réglée hors cour, juste après celle opposant le CN au gouvernement fédéral, qui voulait forcer la reprise des travaux de peinture. Le CN refuse de dévoiler les détails, mais assure qu'il n'a pas fait un sou avec ce litige et qu'il n'est pas question de rouvrir le chantier.

Puisqu'il est évident que la rouille est réapparue rapidement sur les surfaces fraîchement repeintes du pont de Québec, pourquoi son propriétaire n'a-t-il pas poursuivi le fournisseur de la peinture, qui avait offert une garantie ferme de cinq ans? «Il y a un lien étroit entre la garantie et le travail de préparation des surfaces», nous a-t-on expliqué. Il devient donc difficile de départager les responsabilités du fabricant de la peinture et de l'entrepreneur qui l'a appliquée. Un éventuel procès sur cette question aurait donc pu s'avérer long et coûteux.

Et comme de toute façon le CN considère qu'une bonne peinture n'est pas nécessaire pour assurer l'intégrité et la sécurité de la structure, il ne voit pas l'utilité de se lancer dans pareilles démarches même s'il admet que «le résultat n'est pas celui auquel on s'attendait». La firme Roche, responsable des inspections, se contente d'examiner les zones repeintes au même titre que le reste de l'ouvrage métallique.

Les ingénieurs ont d'ailleurs noté que le revêtement gris ne s'est pas comporté de la même façon à chacun des bouts du pont de Québec. Côté sud, celui repeint par Nor-Lag, la rouille a rapidement refait surface et la peinture présente des signes de décoloration, comme si elle avait été javellisée. Côté nord, l'entrepreneur C.H. Heist, racheté plusieurs fois pour appartenir finalement à Veolia Environnement, a obtenu un meilleur résultat. La peinture était la même mais la routine de préparation du métal a été resserrée. La rouille s'est malgré tout pointée au bout de quelques années.

Pétition du NPD : 3000 noms récoltés

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) a réuni 1500 signatures et autant d'appuis électroniques demandant une nouvelle peinture pour le pont de Québec. Le député Denis Blanchette s'en déclare satisfait même si les chiffres sont modestes.

La pétition papier a été déposée mardi à la Chambre des communes. Pour M. Blanchette, porte-parole du NPD dans la région de Québec, ce n'est pas tant le document qui compte que le «consensus régional» dont il fait la preuve. «C'est un objet parmi d'autres de notre campagne» en faveur d'une nouvelle peinture pour le vieil ouvrage, a-t-il insisté.

La pétition a été lancée en janvier par des députés néo-démocrates frustrés de ne pas obtenir de réponses à leurs questions posées aux ministres conservateurs en Chambre. Elle était accessible aux bureaux des sept élus de la région de Québec. Selon M. Blanchette, toutes les circonscriptions sont toutefois représentées parmi les signataires.

Le NPD a mis 10 mois à récolter 3000 noms, dont la moitié seulement peuvent être comptabilisés officiellement car le Parlement fédéral ne reconnaît pas les signatures électroniques, contrairement au Québec.

L'hiver dernier, le député provincial Éric Caire, représentant de la Coalition avenir Québec, a appuyé une pétition électronique contre d'éventuelles voies réservées sur l'autoroute Henri-IV. Plus de 22 000 signatures ont été réunies en deux mois et demi.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer