Exclusif

Les abrasifs, un vrai cancer pour le pont de Québec

Selon un rapport du responsable du programme d'inspection... (Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

Agrandir

Selon un rapport du responsable du programme d'inspection du pont de Québec chez Roche, les produits déglaçants et les abrasifs ont accéléré la corrosion.

Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Les produits déglaçants et les abrasifs utilisés en hiver sont les cancers qui rongent le pont de Québec, confirment les inspections menées depuis 2010 par la firme Roche pour le compte du CN. Et la peinture n'y change rien.

«Les aciers d'origine, qui datent de 1917 et qui sont situés hors de la zone [d'éclaboussure], n'indiquent aucune ou très peu de perte de matériaux due à la corrosion, et ce, même s'il n'y a pas de protection d'une peinture. De plus, des aciers mis en place il y a moins de 20 ans et exposés directement aux déglaçants et abrasifs montrent des signes de détérioration accélérés, et ce, même s'ils ont été peinturés», écrit Jean-Pierre Blondin, directeur chez Roche et responsable du programme d'inspection.

Ce constat se retrouve parmi d'autres dans une communication préparée pour un colloque sur la progression de la recherche québécoise sur les ouvrages d'art, qui s'est tenu à l'Université Laval en mai. On y trouve plusieurs informations jamais publiées par le CN et son sous-traitant, qui conservent jalousement les données qu'ils possèdent sur le pont de Québec.

Cette attitude pourrait évoluer. Après le jugement rendu dans le dossier de la peinture, la semaine dernière, un porte-parole du CN a informé Le Soleil que l'entreprise comptait détailler prochainement les travaux effectués sur la structure.

En attendant, le document dont Le Soleil a trouvé copie sur le Web atteste que «plusieurs tonnes d'acier sont remplacées chaque année selon l'avancement de la corrosion et les priorités de remplacement», mais ne dit pas précisément combien.

Le CN a également procédé au nettoyage de la partie inférieure du pont une première fois en 2011. Des travailleurs en accès sur corde ont rempli 1069 sacs (l'équivalent de 35 mètres cubes) de débris. Ce mélange de sable, de gravier et de déglaçants peut accélérer la corrosion des surfaces où il s'accumule. L'opération nettoyage a été répétée cet été.

Programme d'inspection

M. Blondin lève aussi le voile sur le programme d'inspection. On apprend ainsi que «chaque année, un cinquième du pont est vu en inspection détaillée tandis que le reste du pont est vu en inspection visuelle ou sommaire, tout dépendant du rôle des membrures [poutres]». Ces travaux prennent trois mois chaque année et une trentaine de personnes y participent. Environ 3000 fiches d'inspection sont produites. 

Une inspection spéciale a également été ajoutée par Roche, celle des goujons, pièces maîtresses qui servent de joints entre les différentes parties du pont. Ces goujons peuvent mesurer entre 200 et 775 millimètres (8 à 30 pouces). Ils sont protégés par des couvercles d'acier qui sont spécialement ouverts pour l'inspection, réalisée à l'aide d'ultrasons par une firme spécialisée de Québec. 

Le but est «d'identifier toute anomalie présente dans l'acier du goujon, et ce, sans le retirer de sa position ou l'abîmer», note le représentant de Roche. Les ingénieurs sont à la recherche de fissures qui, même minuscules, sont considérées comme des défauts majeurs sur une structure de cette ampleur. Sur les 1800 goujons que compte le pont de Québec, environ 200 ont été vérifiés entre 2010 et 2013. Le document ne précise pas s'ils étaient tous en bon état.

Capacité portante

Le CN ne s'en est jamais vanté, mais Roche nous apprend aussi que la compagnie ferroviaire «procède régulièrement à des études de capacité portante du pont» en fonction des charges actuelles. Le CN travaille d'ailleurs avec un modèle en trois dimensions qui permet d'évaluer les contraintes en considérant le poids du pont, le vent, la température, le trafic routier et le trafic ferroviaire.

Cette information n'a jamais été divulguée par le propriétaire du pont, même quand des professeurs de l'Université Laval ont proposé de modéliser la structure pour en calculer la capacité portante. Toute collaboration leur avait été simplement refusée.

Michel Duguay, professeur de génie électrique faisant partie de ce groupe, est resté sur son appétit après la lecture du document de Roche, se demandant bien quelles pièces d'acier ont dû être remplacées au fil des ans et si elles se trouvaient à des endroits critiques.

Un expert en ponts, à qui Le Soleil a soumis la routine du CN et de Roche, s'est pour sa part dit agréablement surpris. Les inspections réalisées annuellement lui apparaissent appropriées et suffisantes, tout comme l'intérêt porté aux goujons. «Quand il y a des pièces à changer, ils les changent. C'est un suivi tout à fait correct», a-t-il résumé.

Celui qui préfère demeurer dans l'anonymat en raison de la délicatesse du dossier appelle tout de même le CN à plus de transparence, convaincu que l'entreprise gagnerait à révéler ses analyses au public.

Le MTQ en retard

Le gouvernement du Québec ne sera pas en mesure d'honorer la première échéance inscrite dans la convention signée avec le CN pour l'utilisation et l'entretien de la voie carrossable du pont de Québec. Le ministère des Transports du Québec (MTQ) s'est engagé à installer avant le 31 octobre 2014 un «écran protecteur» du côté ouest, qui donne sur la voie ferrée, «pour réduire l'éclaboussement de sels de déglaçage sur la structure». Une petite section de 70 mètres a été réalisée en mai, mais rien n'a bougé depuis. Guillaume Paradis, porte-parole du MTQ, assure que les travaux sont sur le point de commencer. Un contrat de réparation de la dalle du pont doit se terminer le 31 octobre. Le sous-traitant, EDM, s'affairera dans les semaines suivantes à terminer la pose de l'écran protecteur en acier galvanisé. Il y en a pour 1,1 million $ au total. Les panneaux seront donc en place pour l'hiver. M. Paradis assure que le MTQ «est en lien de façon constante avec le CN» pour l'ensemble des travaux. La rampe antiéclaboussures sera dupliquée du côté est d'ici la fin de 2016. Un système de drainage du tablier doit aussi être ajouté pour diriger les eaux souillées loin du métal.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer