Victimes de la route en 2012: un mort sur trois sans ceinture

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«Plus la nuit avance, moins les gens semblent s'attacher», résume Lyne Vézina, directrice des études et des stratégies routières de la SAAQ.

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Annie Morin
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Le Soleil

(Québec) Bouclez-vous votre ceinture de sécurité? Oui, répondront 96 % des Québécois... le jour. Cette proportion baisse à 92 % la nuit, période où il y a plus de conducteurs sous l'influence de l'alcool, qui commettent plus d'excès de vitesse et, conséquemment, causent plus d'accidents. D'où cette navrante statistique voulant que le tiers des victimes décédées sur les routes de la province l'an dernier ne portaient pas la ceinture de sécurité.

Le bilan routier de l'année 2012, le meilleur en 65 ans, cachait quelques mauvaises nouvelles récurrentes, comme la surreprésentation des jeunes dans les accidents de la route et le pourcentage élevé de victimes qui n'étaient pas attachées (33 %).

En moyenne, entre 2008 et 2012, une centaine de conducteurs et passagers décédés et 250 blessés graves ne portaient pas la ceinture de sécurité. Selon les calculs de la Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ), environ la moitié de ces vies et de ces blessures auraient pu être épargnées si les victimes avaient fait le simple geste de la boucler.

«C'est tellement facile!» s'exclame Jean-Marie De Koninck, président de la Table québécoise de la sécurité routière (TQSR). «C'est un geste sans grandes contraintes, qui ne prend pas beaucoup de temps. Ça ne limite pas l'action et les libertés des individus et c'est tellement efficace», poursuit-il.

Pire la nuit

La quasi-totalité des Québécois a bien compris ce message. Selon les enquêtes terrains réalisées annuellement par la SAAQ, le taux de port de la ceinture a augmenté depuis dix ans et se maintient autour de 96 % depuis 2008. Les données colligées par Transports Canada vont dans le même sens, faisant du Québec et de l'Ontario les champions canadiens à ce chapitre.

Mais attention, il s'agit d'observations faites le jour. Les décomptes nocturnes montrent une adhésion plus faible autour de 92 %, rapporte la directrice des études et des stratégies de sécurité routière de la SAAQ. «Plus la nuit avance, moins les gens semblent s'attacher», souligne Lyne Vézina.

Les relevés d'accidents révèlent aussi une corrélation avec le fait de conduire en état d'ébriété, qui lui va souvent de pair avec une vitesse inappropriée. «Le non-port de la ceinture, c'est un comportement à risque qui va avec d'autres comportements à risque», résume Mme Vézina.

À noter que les jeunes, ici, ne se distinguent pas : les délinquants de la ceinture se retrouvent dans toutes les catégories d'âges.

«C'est un signal qu'il faut continuer de travailler là-dessus. En sécurité routière, tu ne peux pas dire : c'est un dossier clos», lance Philippe St-Pierre, porte-parole de CAA-Québec.

Campagnes de sensibilisation

Pour convaincre les Québécois de demeurer fidèles à la ceinture, la SAAQ fait chaque année des campagnes de sensibilisation, plus souvent à la radio et sur le Web qu'à la télé. Opération Nez Rouge offre également l'activité Bouclez-la avec un simulateur qui montre l'effet des tonneaux sur les corps.

«On tombe dans le noyau dur», constate Jean-Marie De Koninck. Pour s'y attaquer, le président de la TQSR évoque des campagnes plus agressives. Comme l'Australie, qui a choisi un slogan-choc - «No belt, no brains» (pas de ceinture, pas de cerveaux) - repris aux États-Unis. «Parce que, disons-le, ce n'est pas brillant» de ne pas la boucler, dit M. De Koninck.

Et comme toujours pour les durs de durs, il faut renforcer cette perception que les policiers surveillent et peuvent distribuer des contraventions.

Contraventions

À la suggestion de la TQSR, qui a déposé son premier rapport en 2007, les corps policiers ont porté une plus grande attention à cette infraction au Code de la sécurité routière, punissable d'une amende de 80 $ et de trois points d'inaptitude. Après un plancher de 39 537 contraventions en 2005, ils ont atteint un plafond de 64 603 contraventions en 2008. Puis les chiffres se sont remis à baisser. En 2011, il y a eu près de 51 000 infractions signifiées.

Du côté de la Sûreté du Québec, on assure que l'attention des policiers ne s'est pas relâchée, qu'ils s'attardent au port de la ceinture de sécurité lors de leurs patrouilles quotidiennes et d'opérations spéciales qui peuvent être totalement dédiées à cette problématique ou à d'autres comme la vitesse ou l'alcool au volant.

Alors que la SAAQ réfléchit à la possibilité d'imposer davantage de points d'inaptitude pour contrer le cellulaire et les textos au volant, serait-il à propos d'envisager la même chose pour la ceinture de sécurité? «Ça dépend de ce que la population veut», répond Jean-Marie De Koninck. Il hésite à se prononcer sur le niveau collectif d'exaspération envers ces délinquants qui finissent par coûter cher au régime collectif d'assurances.

Trois excuses, trois réponses

«J'aime mieux être éjecté»:

Les lois de la physique font que les corps non retenus par une ceinture de sécurité sont souvent éjectés, mais ils suivent la même trajectoire que le véhicule. Si bien que les occupants peuvent être écrasés par leur propre voiture. Une personne qui n'est pas attachée peut également agir comme un projectile pour un autre passager.

«Je vais le retenir»:

Quelques dixièmes de secondes: c'est le temps qu'il faut pour qu'un accident survienne. Pendant ce court intervalle, les corps continuent de se déplacer à la même vitesse que le véhicule avant la collision. Aussi à méditer : à 50 km/h, la force d'impact équivaut à 35 fois le poids de la personne. Même bébé peut devenir un poids lourd.

«Je ne vais pas loin/pas vite»:

Les arguments de la distance et de la vitesse sont communs. Or, plus de la moitié des accidents ont lieu à proximité du domicile ou dans des zones de 50 km/h et moins. Même à cette basse vitesse, une collision équivaut à une chute du quatrième étage, rappelle une vieille publicité de la Société de l'assurance automobile du Québec. Qui veut sauter en premier?

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