Les femmes ont toujours été sous-représentées dans le bilan routier québécois. Alors qu'elles ont toujours composé environ la moitié de la population, elles étaient deux à trois fois moins nombreuses que les hommes à se blesser ou à mourir dans des accidents.
L'écart entre les sexes tend toutefois à rétrécir, a illustré cette semaine Lyne Vézina, directrice des études et des stratégies de sécurité routière à la Société de l'assurance automobile du Québec, lors d'un colloque sur les femmes dans les transports tenu à Québec.
Entre 1991 et 2011, la proportion de victimes féminines est passée de 43 % à 51 %. L'an dernier, 22 % des conducteurs impliqués dans des collisions mortelles étaient des femmes, contre 17 % il y a 20 ans. Dans les accidents avec dommages corporels, les femmes étaient aux commandes dans 39 % des cas en 2011, contre 28 % en 1991.
Pendant cette même période, le nombre de femmes détenant un permis de conduire a augmenté aux deux extrémités de la pyramide des âges, tout comme le nombre de kilomètres parcourus et la proportion de conductrices propriétaires. Une plus grande exposition aux dangers de la route explique donc en partie ces hausses.
Comportements à risque
Mais ce n'est pas tout. Il y a le comportement aussi. En 2010, les femmes revendiquaient 32 % des infractions au Code de la sécurité routière entraînant l'inscription de points d'inaptitude. En 1992, cette proportion était de 22 % seulement.
Les jeunes femmes (16-24 ans) sont particulièrement enclines à adopter les comportements à risques de leurs équivalents masculins, révèlent les statistiques et les études. Bémol toutefois : les infractions graves, comme l'alcool au volant et les grands excès de vitesse, demeurent principalement le lot des hommes. Ces messieurs sont également plus nombreux à bouder la ceinture de sécurité.
Stéréotypes sexuels
Marie-Axelle Granié, de l'Institut français des sciences et des technologies des transports, de l'aménagement et des réseaux, a fait valoir cette semaine qu'il vaudrait mieux agir sur les garçons que les filles pour améliorer le bilan routier. «Il faut éduquer le garçon pour qu'il sache qu'il est aussi vulnérable qu'une fille», a-t-elle lancé.
Car les stéréotypes sexuels ont de l'influence jusque dans la façon de conduire des hommes et des femmes. Ainsi le côté aventurier des petits garçons est-il vu positivement, tandis que les filles, plus sensibles à la punition, sont renforcées quand elles se conforment. Ajoutez la prime «bons conducteurs» donnée aux hommes et cela donne une logique complètement tordue : les hommes, conducteurs jugés talentueux, seraient justifiés de prendre des risques derrière le volant, tandis que les femmes, considérées comme mauvaises conductrices, se devraient d'être conformes et prudentes. Pour le moment, les statistiques prouvent encore le contraire.