Transformer le ministère des Transports: les syndiqués craignent le favoritisme

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La première ministre Pauline Marois a confié mercredi à son ministre des Transports, Sylvain Gaudreault (photo), le mandat de transformer «le Ministère en agence, de façon à en assurer l'intégrité, la transparence et l'efficacité».

La Presse Canadienne

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Annie Morin
Le Soleil

(Québec) Transformer le ministère des Transports en agence gouvernementale augmentera les risques de corruption et de malversation, selon le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ).

«Il y a un risque de favoritisme. Déjà que ça va pas bien, ça risque d'aller encore moins bien», a prédit jeudi Lucie Martineau, présidente générale du SFPQ. Celle-ci rappelle que des contrats colossaux sont en jeu. Pour 2012-2013, le gouvernement libéral a annoncé des investissements de 4 milliards $ sur le réseau routier. La grosse majorité des travaux sont confiés à des sous-traitants.

Mme Martineau n'est pas contre l'idée de «dépolitiser» la gestion des infrastructures routières, mais doute de la solution avancée par la première ministre lors de la présentation de son Conseil des ministres.

Lors de son mandat minoritaire, le gouvernement de Jean Charest a tenté de créer une «agence de gestion des structures routières». Celle-ci devait veiller à l'inspection, à l'entretien et au remplacement de quelque 10 000 ponts routiers, ponceaux et tunnels, comme le proposait la commission Johnson sur l'effondrement du viaduc de la Concorde. Mais l'opposition n'a jamais donné son accord à «l'agence des viaducs». L'Action démocratique du Québec a opposé une fin de non-recevoir, tandis que le Parti québécois a réclamé des amendements au projet de loi, entraînant son abandon. Le risque de favoritisme a été évoqué.

Lucie Martineau digère encore la transformation récente du ministère du Revenu en agence autonome, au printemps 2011. Selon elle, les employés n'ont rien gagné, alors que le gouvernement avait fait «plein de belles promesses sur les salaires, les permanences, les classifications». «Il y a même des coupures de personnel», soupire la leader syndicale, dont les 6000 membres au Revenu ont été soustraits de la Loi sur la fonction publique. Stéphane Dion, porte-parole de Revenu Québec, affirme plutôt que l'embauche a été facilitée, du moins pour certains corps d'emplois.

Pour le SFPQ, il y aurait moyen d'imaginer une structure plus proche parente de la Société de l'assurance automobile du Québec ou de la Commission sur la santé et la sécurité au travail avec président-directeur général et conseil d'administration. Mais encore, la présence de représentants de l'industrie parmi les administrateurs pourrait être dangereuse aux Transports, prévient Mme Martineau.

Richard Perron, président du Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec, attend d'avoir des détails avant de juger. Il estime toutefois primordial que les employés des Transports demeurent dans la fonction publique pour «s'assurer d'une indépendance et d'une intégrité des services publics». Car la perte d'expertise a été ciblée comme une des causes des dérapages des dernières années.

Plusieurs modèles

Luc Bernier, codirecteur du Centre de recherche sur la gouvernance à l'École nationale d'administration publique, explique qu'il y a plusieurs modèles d'agences. Il parle d'«une formule mitoyenne entre une direction de ministère et une société d'État». Le gouvernement peut décider quoi mettre dedans et comment l'organiser, car il n'a pas besoin de voter une loi pour entériner la transformation.

Bonne ou mauvaise idée pour les Transports? «Ça peut être une bonne idée, mais ça dépend quelle autonomie on lui donne», dit M. Bernier, qui estime comme plusieurs Québécois qu'il faut donner un coup de barre dans ce ministère.

Le professeur croit que le recrutement d'ingénieurs pourrait être facilité si tant est que les employés sortent de la fonction publique. Plus loin du politique, l'agence pourrait également se concentrer sur sa mission sans interférence et, qui sait, gagner en efficacité. Si elle devient trop indépendante, par contre, la coordination avec les autres ministères peut devenir plus difficile.

Chose certaine, pour les prochains mois, la transformation permettra au nouveau gouvernement de répondre à toutes les critiques en disant qu'il s'est attaqué au monstre, fait remarquer M. Bernier.

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