6h17
Un petit tour devant la caméra avant de se glisser derrière. À l'approche du pont Pierre-Laporte, ma surprise est totale: la voie de gauche est bloquée. Sans aucune raison apparente. Sur les autres voies, les véhicules circulent à 50 kilomètres à l'heure jusqu'à l'embranchement de l'autoroute Charest. J'assiste au lever du soleil en bonne compagnie.
6h35
Arrivée aux bureaux du ministère des Transports du Québec (MTQ) sur le boulevard de l'Atrium. Au troisième étage d'un banal immeuble de bureaux, une grande salle sombre avec un mur rempli d'écrans. Quatre «contrôleurs de la circulation» scrutent simultanément les images provenant de 130 caméras braquées sur les points stratégiques du réseau routier de la région de Québec. Les endroits chauds sont agrandis sur les écrans personnels des contrôleurs et sur le «cube», un écran surdimensionné.
6h38
Les feux arrière des voitures qui approchent le pont Pierre-Laporte s'allument, peu importe la voie empruntée. Pas de doute, l'heure de pointe est bel et bien commencée.
6h50
Un habitué explique qu'il suffit souvent d'un conducteur qui hésite ou freine brusquement pour causer un bouchon. L'effet accordéon - tout le monde arrête et repart lentement - peut se faire sentir pendant de longues minutes.
6h51
Une camionnette noire lui donne aussitôt raison. Le conducteur s'immobilise dans la bretelle menant à l'autoroute 20 Est, qui pose déjà un problème, puisqu'elle aboutit dans la voie de service du collecteur de Charny, où les voies sont réduites de trois à une. Un appel manqué? Un café renversé? Qu'importe. Pendant de longues minutes, les voitures font la file dans la courbe. Bra-vo.
7h
Autoroute Laurentienne Sud. Un camion cube doublé d'une remorque s'arrête sur les lignes obliques blanches qui séparent les voies rapides d'une sortie. Le contrôleur, qui peut faire bouger les caméras à distance, zoome pour voir ce qui se passe. Pas d'indice. Au moment où il s'apprête à appeler la Sûreté du Québec, qui patrouille dans les voies rapides, le conducteur reprend la route. Fin heureuse de l'épisode.
7h05
C'est complètement bloqué sur les deux ponts.
7h07
Un employé nous pointe un cycliste qui roule sur le pont de Québec. Et alors? Le règlement dit qu'il faut descendre de son vélo pour traverser le pont de Québec, car le corridor est trop étroit et ne permet pas de croiser en mouvement un piéton ou un autre vélo. Ah bon.
7h10
C'est le temps d'actualiser un panneau à message variable sur l'autoroute Robert-Bourassa. Le contrôleur de la circulation choisit un message préformaté: «Congestion de Père-Lelièvre à Cyril-Duquet.»
7h16
Depuis cette semaine, les véhicules hors normes sont proscrits entre les kilomètres 307 et 317 de l'autoroute 20 Est pendant les heures de pointe pour éviter de congestionner davantage l'approche des ponts. Pourtant, une grosse remise (ou une petite maison) bloque deux voies de circulation. On voit clairement le bouchon se former derrière la remorque et son escorte. Les yeux du MTQ appellent les contrôleurs routiers pour qu'ils se mettent aux trousses du contrevenant. En attendant, le camion est suivi par les caméras sur plusieurs kilomètres. Les bandes vidéo du CIGC sont conservées trois semaines pour consultation par les corps policiers.
7h21
Notre photographe: «Ça a l'air cool comme job.» Pour ceux qui ont un bon sens de l'observation, oui. Mais sachez que les contrôleurs de la circulation surveillent «leurs» caméras pendant 12 heures d'affilée. C'est leur choix pour avoir davantage de congés et... éviter d'être coincés dans le trafic. Guillaume Paradis, porte-parole du MTQ, explique que l'oeil humain est attiré par le mouvement. Après quelques semaines d'entraînement, celui des contrôleurs est attiré par l'immobilisme. Très fort.
7h27
Le viaduc en reconstruction de la route 116, à Saint-Nicolas, est surchargé, dessus et dessous. C'est l'un des points chauds qui perdurent depuis la rentrée.
7h28
À trop regarder vers la Rive-Sud, on en oublie qu'Henri-IV Sud est complètement congestionnée. La file de voitures s'étire jusqu'à Chauveau. C'est surtout la jonction avec Félix-Leclerc qui bouchonne. Quand les voies s'élargissent, la fluidité reprend, puis ça coince encore quand l'autoroute retombe à deux voies, après le boulevard Wilfrid-Hamel. Moyennant un petit investissement public de 400 millions $, l'élargissement d'Henri-IV, à venir dans les prochaines années, devrait régler problème.
7h35
Sur Laurentienne, le trouble commence à Lebourgneuf. On a déjà vu bien pire. Les vendredis sont toujours plus tranquilles à cause des travailleurs à temps partiel ou en congé.
7h41
Robert-Bourassa est un véritable stationnement. À partir de Lebourgneuf, rien à faire. Pas de cause apparente, à part les travaux et le surplus de voitures. Il faut attendre au chemin Sainte-Foy pour reprendre un peu de vitesse.
8h
Le calme revient tranquillement sur la Rive-Sud. Au fil des jours, les contrôleurs ont remarqué que la traversée se faisait plus tôt. Bien que personne n'aime entendre l'explication du MTQ, Guillaume Paradis jure que c'est vraiment l'effet de la rentrée - tout le monde retourne à l'école et au travail en même temps - qui se fait sentir depuis deux semaines. Les choses s'améliorent généralement en octobre quand les navetteurs ont ajusté leurs horaires et leurs trajets.
8h16
Il ne reste pratiquement que Robert-Bourassa sur le «cube», signe qu'on y pâtit encore. Retour du message préformaté : «Congestion de Père-Lelièvre à Cyril-Duquet.»
8h23
Henri-IV Sud tarde à se vider. À l'heure de pointe du soir, c'est aussi la première artère à se remplir, avec Robert-Bourassa.
8h24
Pour la première fois en deux heures, les contrôleurs prennent un café et se parlent un peu, sans jamais quitter les écrans des yeux. Encore une demi-heure, et la pointe du matin sera terminée. Pour les habitués, c'est un petit matin normal. Pas d'accident (tôle froissée), pas d'incident (animal ou débris sur la chaussée). Heureux hasard puisqu'il y avait une journaliste dans la salle.