Québec a souvent cité sa ville jumelle bordelaise pour mousser l'idée d'un tramway. Bordeaux a réussi, dans un court délai, à chasser les automobiles du centre-ville et à mettre sur pied un tramway.
Et Québec arrivera à terme à en faire autant, croit Alain Juppé, en entrevue au Soleil. «Dans la ville haute, c'est compliqué. Mais la technique trouve des réponses à tout», soutient l'ancien premier ministre de la France, de passage cette semaine dans la capitale québécoise.
Alain Juppé prédit cependant à Régis Labeaume et à la ville de Québec une vague d'oppositions chez les commerçants. «Au début, évidemment, les commerçants s'interrogent toujours. Ils sont un peu réservés, un peu inquiets», dit l'homme à la tête de Bordeaux depuis 1995 (sauf de 2004 à 2006).
«Mais là, les commerçants se félicitent tous de ce que nous avons fait! Parce que chez nous, la construction du tramway nous a permis de refaire beaucoup d'espace public, précise Alain Juppé. De redonner de l'espace au piéton, au vélo et d'écarter un peu la voiture individuelle du coeur de la ville. Et ça, c'est très apprécié aujourd'hui.»
À Bordeaux, le terrain était toutefois plus favorable à la mise en place de ce système de transport moderne. «Les villes n'ont pas la même topographie, donc ici, c'est peut-être un peu plus compliqué», admet M. Juppé.
Mais l'ancien ministre de l'Écologie sous Nicolas Sarkozy ne croit pas pour autant que le tramway doit s'incliner devant les côtes de Québec. Même les plus redoutables. «Nous avons à Bordeaux une ligne qui monte sur ce qu'on appelle les Coteaux de Garonne. Donc, on a construit un viaduc avec à peu près la même pente que la côte de la Montagne. Donc, rien n'est impossible!» lance-t-il.
Alain Juppé laisse le soin aux autorités de Québec de peaufiner le projet. Un dernier conseil cependant aux décideurs: le tracé est primordial. «Le choix du tracé est important. Il ne faut pas se tromper», insiste le maire de Bordeaux.
Saint-Roch métamorphosé
Le maire de Bordeaux n'en est par ailleurs pas à sa première visite à Québec. Alain Juppé a notamment déambulé dans les rues de la capitale à l'époque de Jean-Paul L'Allier. L'ancien maire n'a jamais pu mener à terme son projet de tramway, mais il a revitalisé la basse ville de Québec. Aujourd'hui, Alain Juppé admire tout le contraste.
«La ville a beaucoup changé», fait remarquer le maire de Bordeaux. «Vous savez, j'y suis venu tous les ans depuis très longtemps, donc j'ai vu le changement au fur et mesure. J'avais beaucoup travaillé avec Jean-Paul L'Allier du temps où il était maire. C'est un peu là que le changement s'est amorcé. J'étais heureux de repasser hier [vendredi] soir sur la rue Saint-Joseph. J'ai vu que ça s'était encore amélioré. Maintenant, il y a de beaux commerces. C'est vraiment une ville qui fait référence.»
Moulin à images bordelais?
Non, Alain Juppé ne volera pas le Moulin à images de Robert Lepage, même si le maire de Québec, Régis Labeaume, le lui a offert, à la blague. Le maire de Bordeaux songe toutefois sérieusement à importer le concept d'une projection extérieure durant toute une saison estivale.
«Nous avons une réalisation beaucoup plus modeste à Bordeaux sur les façades du Palais de la Bourse. Nous faisons également pendant la fête du vin une projection un peu de ce type», rappelle Alain Juppé. «Nous envisageons de le maintenir tout l'été, poursuit-il. Nous avons une grosse fréquentation touristique l'été à Bordeaux, et au mois d'août, on n'a pas beaucoup d'animation. Nous avons beaucoup de fêtes en juin et juillet, donc on est en train de regarder comment on pourrait maintenir ce spectacle pendant tout l'été. Donc, pas ce spectacle [le Moulin à images], mais la même inspiration.»