Anick Cantin a accepté jeudi après-midi de rencontrer Le Soleil afin de discuter des conclusions du rapport du Bureau de la sécurité des transports (BST) sur l'écrasement de cet avion d'Aéropro. Pas nécessairement pour se vider le coeur sur ceux qui dirigeaient cette compagnie de transport au moment du drame qui lui a enlevé son conjoint, André Faucher, mais pour lancer un message clair à l'industrie aérienne et aux autorités de Transports Canada.
«J'espère que le rapport va réussir à sensibiliser les compagnies aériennes canadiennes et Transports Canada, pour qu'il n'y ait plus d'accidents comme ça. C'est probablement pas seulement chez Aéropro qu'il y a des failles dans la sécurité. Il y en a probablement ailleurs. J'espère que le décès de ces sept personnes-là va servir à quelque chose.
«Je pourrais dire que [Aéropro] ce sont des ci ou des ça, mais moi, qu'est-ce que ça me rapporte? a-t-elle ajouté plus tard au cours de l'entrevue. André, il ne reviendra jamais. Blâmer la terre entière et de crier haut et fort sur la place publique qu'Aéropro, c'était une compagnie pour qui la culture de la sécurité c'était pas important, qu'est-ce que ça va m'apporter?»
Moments difficiles
Jeudi, Mme Cantin disait avoir passé des moments plus difficiles au cours des deux dernières journées. Mardi, les autres membres des familles des disparus et elle ont pu se faire expliquer le rapport du BST par l'enquêteur responsable de ce dossier, André Turenne. Un rapport dévastateur pour Aéropro en ce qui a trait à la sécurité. «Il y avait des lacunes au niveau de la sécurité d'Aéropro, c'est certain», ajoute-t-elle.
Un mois et demi avant le drame, elle venait de déménager à Québec avec son conjoint, André Faucher, qui avait alors 28 ans. Elle l'avait rencontré à Edmonton trois ans et demi plus tôt et elle devait se marier avec ce Franco-Albertain, qui avait déjà cumulé plus de 3000 heures de vol. Mais le destin en a décidé autrement.
Mme Cantin espère aussi que cette tragédie va inciter Transports Canada à revoir ses méthodes d'enquête, notamment cette pratique qui était de s'annoncer chez Aéropro avant de faire des visites d'inspection. On sait qu'Aéropro était dans la mire de Transports Canada depuis plusieurs années quand cet écrasement a eu lieu.
«T'annonces pas une visite trois mois à l'avance», s'est-elle limitée à dire.
Excellent pilote
Lors de l'entretien, Mme Cantin a tenu à souligner que le commandant Faucher était un excellent pilote et qu'elle est convaincue qu'il a tout fait en son pouvoir pour sauver la vie de ses passagers et de son copilote.
«Sur la place publique, je veux qu'on reconnaisse qu'il a fait tout en son possible pour sauver sa peau et celle de ses passagers et de son copilote», a-t-elle indiqué.
Joint à ses bureaux de Peace River en Alberta, l'ancien patron d'André Faucher et président de Northern Air, Rob King, a tenu le même discours sur les excellentes qualités de pilote de son ancien employé. Il était très heureux de savoir que le rapport du BST exonérait M. Faucher de tout blâme.
Autant Mme Cantin que la mère du commandant Faucher, Viviane Faucher, ont affirmé jeudi ne pas avoir l'intention pour le moment d'entreprendre un recours civil contre les gens qui étaient à la tête d'Aéropro le jour de l'écrasement.
Silence radio de l'ex-proprio
Pour une deuxième journée consécutive, celui qui était propriétaire d'Aéropro le jour de l'écrasement, Aurèle Labbé, n'a pas voulu répondre aux questions du Soleil.
Un message laissé à son travail est resté sans réponse. Il n'était pas non plus à son domicile lors d'un appel, en début de soirée jeudi. Transports Canada a également refusé de rendre disponible une personne qui était responsable des inspections chez Aéropro dans les mois et les années précédant l'écrasement, afin d'expliquer les méthodes d'enquête et pourquoi Transports Canada n'a pas agi plus rapidement dans ce dossier.
Une porte-parole du ministère fédéral des Transports a répété qu'on ne pouvait avoir d'entrevue, car personne n'était libre jeudi pour répondre à nos questions qui avaient pourtant été soumises à l'avance, en milieu d'avant-midi. Les méthodes d'enquête chez Transports Canada ont d'ailleurs été vertement critiquées, notamment cette habitude qui était de s'annoncer à l'avance chez Aéropro avant de s'y rendre pour faire le travail de vérification.