Le gouvernement du Québec a choisi le 15 avril pour l'entrée en vigueur de cette modification au Code de la sécurité routière. Désormais, aucune trace d'alcool dans le sang ne sera tolérée chez les conducteurs de 21 ans et moins. Ceux qui se feront prendre à boire et conduire verront leur permis suspendu pour 90 jours et écoperont d'une amende de 300 à 600$ (plus les frais). En plus, quatre points d'inaptitude seront inscrits à leur dossier, qui n'en tolère pas plus de huit à cet âge.
Catherine Bourque, qui étudie en droit à l'Université Laval, dit comprendre l'objectif de ce resserrement. Elle le qualifie même de «louable» compte tenu du bilan routier des jeunes, plus nombreux à conduire en état d'ébriété, à avoir des accidents et à en mourir.
Mais la jeune femme en a contre le processus. Selon elle, le gouvernement aurait très bien pu adopter des mesures transitoires pour permettre aux jeunes de 19 à 21 ans déjà soumis à la limite de 80 mg d'alcool par 100 ml de sang de continuer à boire modérément pour se concentrer plutôt sur les recrues. «Les gens qui sont responsables sont pénalisés», déplore-t-elle.
Responsables, Catherine et ses amis le sont, jure l'étudiante. Quand ils sortent, ceux-ci prévoient toujours un conducteur désigné ou alors ils prennent l'autobus ou un taxi pour retourner à la maison.
Même chose pour Benjamin Leduc, un cégépien de 19 ans habitant dans l'arrondissement de Beauport, qui dit que la mesure ne l'embête «pas du tout». S'il a déjà vu des jeunes prendre le volant après avoir fait des excès, son groupe a aussi l'habitude du conducteur désigné pour retourner en banlieue. Il faut dire que le zéro alcool est déjà la norme pour les titulaires d'un permis temporaire (un an) ou probatoire (deux ans de plus). «Je ne connais personne qui s'est fait prendre par la police ou les parents», assure le jeune homme, qui n'a pas l'intention que ça arrive maintenant.
Impossible à ignorer
Une chose est certaine: les principaux concernés ne peuvent pas faire semblant d'ignorer le changement. Ils ont tous reçu l'information portant sur la nouvelle mesure par la poste. «Si on veut résumer: quand on a consommé, on ne conduit pas», rappelle Gino Desrosiers, porte-parole de la Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ).
Avec la vitesse, l'alcool est la principale cause des accidents mortels à survenir sur les routes du Québec comme ailleurs en Occident. En examinant le taux d'alcoolémie des conducteurs décédés entre 16 et 19 ans, qui étaient déjà soumis au «zéro alcool», la SAAQ a constaté que 33% d'entre eux avaient de l'alcool dans le sang et que 25% excédaient la limite légale permise. Les prises de sang des victimes de 20-21 ans révélaient plutôt la présence d'alcool dans 56% des cas et un dépassement de la limite légale dans 48% des cas.
«On doublait pratiquement les taux. C'est pour ça que ce sont les 20-21 ans qui ont été ciblés. On trouvait que la marge était grande», fait valoir M. Desrosiers. Pour tout dire, cependant, les choses ne s'améliorent pas vraiment à partir de 22 ans. Il faut attendre 35 ans avant que la courbe de consommation plonge définitivement vers le bas.