Prix des billets d'avion: l'étau se resserre sur les transporteurs fautifs

Pour certains vols internationaux, le prix peut exploser... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Pour certains vols internationaux, le prix peut exploser de plus de 100 % quand on lui ajoute taxes et surcharges.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

(Québec) Québec-Cancún pour 179 $, l'aubaine de l'année? N'oubliez pas les frais cachés de 114 $... et le prix non mentionné du billet de retour! Alors qu'Ottawa tarde à mettre en vigueur sa propre loi, des compagnies aériennes canadiennes continuent de violer les lois québécoises et américaines sur l'affichage des prix complets des billets d'avion.

L'étau se resserre toutefois sur les entreprises délinquantes. La loi québécoise interdit déjà l'affichage partiel, et une loi fédérale similaire doit voir le jour cette année. Transports Canada a ainsi promis en décembre dernier que la loi canadienne sera en vigueur d'ici la fin de 2012; tous les transporteurs devront alors afficher des prix tout-inclus.

D'ici là, l'heure du magasinage des billets d'avion a sonné pour bien des Québécois désireux de se rendre quelques jours sous le soleil. Mais les aubaines annoncées dans les médias et sur Internet ne sont parfois qu'un mirage.

De nombreuses recherches effectuées par Le Soleil confirment que des compagnies aériennes canadiennes continuent en effet à afficher des prix nettement en bas des prix réels pour prendre l'avion. Or, depuis juin 2010, cette pratique est illégale au Québec.

Air Canada délinquant

Air Canada est un transporteur aérien habitué à cette pratique, qui consiste à ne pas mentionner une pléthore de frais aux voyageurs. Pour un billet Québec-Cancún, l'entreprise affiche ainsi un prix de seulement 179 $... mais ce prix alléchant ne contient pas la surcharge de carburant et les frais aéroportuaires. La facture finale gonfle ainsi de 72 % pour atteindre pas moins de 293 $. Pour un aller simple seulement.

Pour certains vols internationaux, la facture peut même exploser de plus de 100 %. Par exemple, un vol Montréal-Tokyo affiché à seulement 600 $ ne fait pas mention de taxes et de surcharges de... 692,75 $. Ces frais non dévoilés initialement au consommateur représentent 115 % du prix du billet d'avion.

Air Canada n'est pas le seul à utiliser cette technique de mise en marché. Le transporteur canadien WestJet met ainsi de l'avant un vol Québec-Toronto pour à peine 69 $. Un montant auquel il faut ajouter des taxes de 68 $. Et voilà que le prix du billet d'avion vient de doubler.

Toutes ces pratiques sont illégales selon la loi québécoise, qui stipule depuis 2010 que les prix des billets d'avion publicisés doivent contenir les surcharges. Les seuls frais exemptés par la loi sont les taxes exigées directement par les gouvernements (TPS, TVQ, etc.). Les surcharges de carburant et les taxes aéroportuaires n'entrent pas dans cette catégorie; leur omission est interdite.

Le Québec n'est pas le seul à exiger - avec un succès mitigé - un affichage intégral des prix des billets d'avion. L'Ontario et la Colombie-Britannique ont une loi similaire. La pratique est strictement interdite aux États-Unis.

Le transporteur Air Canada a d'ailleurs été reconnu coupable en 2011 d'affichage incomplet, et a dû payer une amende salée de 50 000 $. Depuis, l'entreprise respecterait d'ailleurs la loi américaine. Elle affiche donc des prix tout inclus aux États-Unis. Mais pas au Québec.

Au Canada, une loi presque identique a été votée il y a quatre ans, mais le gouvernement canadien a retardé sa mise en application en raison du lobbying de certaines compagnies aériennes, dont Air Canada et WestJet. Cette loi sera finalement mise en application d'ici la fin de l'année, a promis Transports Canada.

Recours collectif

En attendant, Air Canada soutient que la loi québécoise ne peut s'appliquer à l'entreprise, celle-ci étant de juridiction fédérale.

Un recours collectif a d'ailleurs été exercé en 2010 contre Air Canada sur la question des prix inexacts par l'Office de la protection du consommateur du Québec.

Questionné sur cette pratique, le porte-parole d'Air Canada a indiqué au Soleil que la compagnie reverrait sa politique publicitaire en 2012.

«Air Canada est actuellement en train de revoir sa politique de publicité en regard des développements qui touchent l'industrie. Nous sommes à prévoir des ajustements à nos publicités et à notre site Web, qui présenteront pour nos clients une meilleure transparence. Il est toutefois trop tôt pour fournir plus de détails à ce sujet», a soutenu John Reber, directeur des relations médias.

Portez plainte, dit option consommateurs

Les publicités trompeuses pour les prix de billets d'avion sont monnaie courante dans l'industrie selon Option consommateurs. «Ça fait plusieurs années qu'on se penche là-dessus. Depuis 2000, ils affichent des prix ridicules, mais quand tu additionnes les surcharges, ça pouvait atteindre le double ou le triple», dénonce l'avocate Dominique Gervais, spécialiste des dossiers de voyage chez Option consommateurs.

«Et ce n'est pas pour rien qu'ils font ça. C'est parce que ça fonctionne. Quand les consommateurs constatent le prix réel, le processus décisionnel est enclenché. C'est rare que les consommateurs vont reculer à ce point-là, même si c'est trois fois plus cher.»

En attendant que la loi canadienne règle éventuellement ces distorsions, Dominique Gervais recommande aux gens de lire tous les petits caractères, même sur le Web, et de porter plainte. «S'il y a des frais à part, plaignez-vous. Plus il va y avoir de plaintes, plus il va y avoir de pression sur les compagnies.»

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