Le député conservateur de Lotbinière-Chutes-de-la-Chaudière, Jacques Gourde, a confirmé au Soleil que le projet ne se qualifiait plus pour le Fonds de stimulation de l'infrastructure, qui le finançait. Ce qui fait que les 5,2 millions $ accordés par les deux paliers de gouvernement ne tiennent plus.
«Je suis déçu qu'on n'ait pas pu le réaliser», a soutenu en entrevue M. Gourde, qui soutient que ce sont les hausses fulgurantes de coûts qui ont plombé le projet. «Compte tenu que la demande initiale était d'environ 9 millions $, on avait accordé les fonds. Mais après la mise à jour, ce n'est plus nécessairement le même projet.»
Au ministère des Affaires municipales, la porte-parole Émilie Lord confirme que les dépassements de coûts sont inadmissibles selon les conditions du programme d'aide et que «l'enveloppe du fonds est garnie. Il n'y a pas d'argent supplémentaire de disponible».
En 2008, M. Gourde avait fait un engagement électoral de cet enjeu. Lors de la dernière campagne électorale fédérale, la mairesse Danielle Roy Marinelli avait placé le viaduc au sommet de sa liste de priorités.
Les automobilistes du quartier Saint-Rédempteur à Lévis attendent depuis 25 ans ce lien routier enjambant la voie ferrée entre la 7e Rue et la rue de l'Aréna.
Annoncé en grande pompe en mars 2010, il devait mettre fin aux interminables bouchons de circulation aux heures de pointe sur la 1re Avenue. «Enfin», titrait la Ville dans le communiqué annonçant sa réalisation pour mars dernier.
Mauvaises surprises...
Mais surprise. En cours de route, de nouvelles études ont révélé des problèmes de sols argileux, qui allaient occasionner des dépenses supplémentaires pour les piliers et pour les approches du pont.
Et puisque les études utilisées pour l'estimation des coûts dataient de 2002, le portrait n'était pas complet et des dépenses d'acquisition de terrain, d'érection d'un muret de soutènement, de protection des lignes électriques, de réaménagement de la halte routière de Saint-Nicolas et de sécurisation de la voie ferrée se sont ajoutées.
De 8,1 millions $, le coût du projet a plus que doublé à 22 millions $.
Depuis, la Ville de Lévis est en attente de financement supplémentaire, et les travaux sont bloqués, les procédures d'appels d'offres sont stoppées. Résultat, rien ne se passe sur le chantier depuis des mois, et l'ouvrage ne sera manifestement pas prêt pour la date butoir imposée par le gouvernement fédéral : le 31 octobre. C'est là que le bât blesse. Car une condition sine qua non pour l'octroi des fonds fédéraux et provinciaux est que le viaduc soit terminé à cette date, comme tous les projets financés par le programme fédéral, qui avaient déjà obtenus une prolongation après le 31 mars 2011, la date initiale.
La mairesse garde espoir...
Jacques Gourde affirme que le projet fait toujours partie de ses priorités, mais qu'il faudra trouver une autre façon de le financer.
«On travaille avec la Ville de Lévis et le gouvernement du Québec. Il reste la solution de redéposer le même projet dans le Fonds Chantier Canada-Québec», a indiqué M. Gourde. L'ennui, c'est que ce fonds est renouvelé tous les sept ans et qu'il n'y a plus d'argent disponible dans l'enveloppe actuelle, ajoute-t-il.
«Les fonds sont réservés jusqu'en 2014. On ne sait jamais si dans les prochains budgets il y aura d'autre argent qui sera injecté dans ces fonds-là . [...] La prochaine entente va se négocier dans les prochains mois», a précisé le député conservateur.
Rien de garanti, donc. À la mairie de Lévis, on a encore espoir de trouver une porte de sortie. Au cours des dernières semaines, des discussions «intenses» ont eu lieu entre la Ville et le gouvernement fédéral, dont le ministère des Transports de Denis Lebel.
«C'est un projet qui demeure prioritaire pour nous», a martelé la mairesse Danielle Roy Marinelli, vendredi, au téléphone.
... pour du court terme
Pour elle, l'objectif est toujours de réaliser le projet à court terme. «On ne baisse pas les bras. La volonté de réaliser le projet est toujours là . Maintenant, il s'agit de trouver les moyens de le faire. Je suis convaincue qu'il y a moyen de trouver un terrain d'entente pour que ce projet-là , qui est majeur et souhaité, se fasse.»
La Ville a déjà investi au-delà de 1,5 million $ dans le projet en études diverses. Il faudra voir si ces frais pourront être remboursés en partie à la municipalité.
Émilie Lord affirme que des discussions sont en cours à cet effet avec le Ministère. Pour Jacques Gourde, les dépenses engagées avant la première échéance de mars 2011 sont admissibles aux deux tiers.
L'annonce de la construction du viaduc avait relancé le développement résidentiel à Saint-Rédempteur, bloqué depuis quelques années en raison de la saturation du réseau routier. Sa réalisation doit rendre possible l'aménagement d'un quartier de 24 hectares.