Les Jardins de Quatre-vents, un écrin de beauté

Vivants au Kentucky, Marianne et Jim Welch reviennent... (Louis Laliberté)

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Vivants au Kentucky, Marianne et Jim Welch reviennent chaque été au Manoir des Jardins de Quatre-Vents.

Louis Laliberté

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(Québec) Nichés dans les contreforts de La Malbaie, dans le secteur de Cap-à-l'Aigle, les Jardins de Quatre-Vents sont considérés comme les plus beaux d'Amérique du Nord. Propriété de la famille américaine Cabot, ce joyau méconnu, d'une richesse florale et architecturale renversante, est accessible au public seulement quatre jours par été. Le Soleil a rencontré cette semaine ses propriétaires, Marianne, fille du fondateur du site, et son mari, Jim Welch, qui poursuivent en toute discrétion l'oeuvre familiale.

En ce doux lundi après-midi de septembre, il flotte au Manoir des Jardins de Quatre-Vents un nostalgique parfum de fin de saison. Deux employées de la résidence saluent une dernière fois les propriétaires, Marianne et Jim Welch. On se souhaite, dans un mélange d'anglais et de français, de se revoir l'an prochain, «peut-être aux Fêtes». Installé dans Charlevoix depuis mai, le couple s'apprête à regagner à bord de son avion privé sa demeure de Louisville, au Kentucky. 

Pour Marianne, la fille de Francis H. Cabot, créateur de cet écrin de beauté de huit hectares, les derniers mois lui ont encore permis de faire le plein de souvenirs. «Je suis venue ici tous les étés de ma vie. Cet endroit représente une grande source de bonheur pour moi. Charlevoix est un endroit si merveilleux», explique-t-elle, assise à la terrasse du manoir avec une vue imprenable sur le Saint-Laurent.

L'entrevue se déroule sur les terrains de l'ancienne seigneurie des Fraser, baptisée Mount-Murray, dont a hérité son père. De l'autre côté de la route 138, les Jardins de  Quatre-Vents se déploient sur une vingtaine d'acres, dans toute leur splendeur, à l'abri des regards.

Au détour d'une allée, un miroir d'eau teint... (Le Soleil, Normand Provencher) - image 2.0

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Au détour d'une allée, un miroir d'eau teint en bleu de Chine pour réverbérer le ciel et un pont qui enjambe un petit lac.

Le Soleil, Normand Provencher

«C'est plus qu'un simple jardin pour nous», renchérit Jim, un cadre retraité de la Brown-Forman Corporation, fabricant du célèbre whisky Jack Daniel's. Ensemble, le couple a deux fils dans la vingtaine qui sont tombés eux aussi en amour avec Charlevoix. Ce sont les seuls petits-enfants de Francis H. Cabot, le maître d'oeuvre des Jardins de Quatre-Vents. Le frère de Marianne, Colin Cabot, qui a déjà été impliqué dans la gestion des Jardins, s'occupe maintenant de sa ferme de Saint-Irénée.

Une thérapie 

C'est en 1975 que Francis H. Cabot, un diplômé de Harvard, grand amateur d'horticulture, décide de se lancer avec sa femme, Anne Perkins, dans un monumental aménagement paysager, érigé en partie sur un terrain de 230 kilomètres carrés, acheté à l'époque pour 50 000 $ par son arrière-grand-père. 

«Mon père a traversé plusieurs crises financières dans sa vie et sa passion pour l'horticulture et la botanique a été pour lui une sorte de thérapie, confie Mme Marianne Welch. Il s'était construit un jardin à New York, mais c'est dans Charlevoix qu'il aimait venir. C'est un endroit qu'il adorait.»

Un pavillon japonais invitant à la méditation... (Le Soleil, Normand Provencher) - image 3.0

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Un pavillon japonais invitant à la méditation

Le Soleil, Normand Provencher

Selon elle, son père a puisé son inspiration dans ses nombreux voyages, particulièrement dans les jardins anglais. «Puisqu'il a beaucoup appris de Charlevoix, il cherchait une façon de rendre hommage à la région. La création de ces jardins a été une façon de le faire.»

Francis H. Cabot est décédé en novembre 2011, dans la résidence de son jardin, à l'âge de 86 ans. «C'était important pour lui de finir ses jours dans Charlevoix. Il a été très chanceux d'y vivre.»

Six jardiniers, en plus de deux saisonniers, s'emploient à entretenir l'endroit. Au premier rang, le jardinier en chef et homme de confiance de Frank Cabot, Raynald Bergeron, de La Malbaie, qui y oeuvre depuis 35 ans. «Il a travaillé étroitement avec mon père. C'est quelqu'un de très important pour nous.» Au total, une vingtaine de résidents de Charlevoix tirent des revenus de leur travail aux Jardins et au manoir de la famille Cabot.

Un monde meilleur

Chaque visiteur qui a la chance de visiter les Jardins de Quatre- Vents en sort transformé, ne cesse de s'étonner Marianne. «Le livre des visiteurs le démontre éloquemment. Les gens sont si reconnaissants.» À son avis, l'enchantement des lieux contribue à propager la beauté. «J'aime penser que les visiteurs s'en inspirent pour en ramener une partie chez eux, dans leur propre jardin. Ces endroits peuvent alors devenir autant de refuges pour les oiseaux, les insectes, les amphibiens, et permettre de sauvegarder la nature. C'est une façon de contribuer à bâtir un monde meilleur.»

Lors de leurs innombrables promenades dans les jardins, le couple a développé une affection particulière pour certains endroits. Pour Marianne, c'est le pavillon japonais, «un morceau incroyable de beauté, juste parfait»; pour Jim, c'est la perspective qui se dégage au-delà des arches, vers le fleuve et les montagnes. «C'est une surprise pour les visiteurs de découvrir cet endroit. On peut voir à des kilomètres de distance.»

Valeur sentimentale

Le couple ne se souvient pas d'avoir vu jardin plus beau ailleurs dans le monde. Celui qui s'en rapprocherait le plus serait Lotusland, à Santa Barbara, en Californie, un vaste domaine fleuri de 37 acres. Pour Mme Welch, c'est la région de Charlevoix qui contribue à magnifier la beauté des jardins et à leur conférer leur caractère unique.

Le couple ne caresse aucun plan d'expansion de son domaine. Il s'agit déjà d'un «défi» en soi que de contribuer «à garder vivant et dynamique» les agencements de plantes et de fleurs, explique M. Welch. «C'est agréable d'en faire le réaménagement, selon les besoins d'ensoleillement et d'ombrage de certaines fleurs.»

Quant à la valeur immobilière de ce paradis, Marianne Welch demeure discrète. «À mes yeux, les Jardins n'ont pas une valeur financière. Si c'était le cas, on ne les entretiendrait pas. Ils ont plutôt une valeur sentimentale.»

***

Au royaume de l'enchantement

Une visite des Jardins de Quatre-Vents reste à jamais gravée dans la mémoire. Tant de beauté florale et de sensibilité esthétique réunies en un seul lieu relève du prodige. Après L'homme qui plantait des arbres, place à la version charlevoisienne de L'homme qui créa un jardin magique.

Plus de 1000 espèces végétales, dont plusieurs très rares, attendent le visiteur. Pelargoniums, capucines, lis blancs, pavots alpins, campanules et autres clématites y côtoient des plantes aux noms évocateurs, tels les pieds d'alouette, la barbe-de-bouc ou les cierges d'argent. À travers les hautes haies de thuyas et un gazon de verdure impeccable, les plantes poussent dans un véritable écrin.

Un pigeonnier français sorti tout droit d'un conte... (Le Soleil, Normand Provencher) - image 5.0

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Un pigeonnier français sorti tout droit d'un conte de Perrault

Le Soleil, Normand Provencher

Chaque secteur porte un nom approprié, preuve du souci du détail de son créateur. On descend l'allée des fines herbes pour se retrouver au jardin des invités. C'est ensuite l'allée des oies, le lac des libellules, le jardin du ruisseau, le jardin du ravin, la liste est longue...

Au détour d'une allée, un miroir d'eau teint en bleu de Chine pour réverbérer le ciel, un pont qui enjambe un petit lac. Plus loin, une arche attire le regard vers un champ où broutent des bovins Highland. Des statues, comme cet orchestre de grenouilles, font rigoler.

Une piscine avec vue sur le Saint-Laurent... (Le Soleil, Normand Provencher) - image 6.0

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Une piscine avec vue sur le Saint-Laurent

Le Soleil, Normand Provencher

Çà et là, des bâtiments exceptionnels attirent le regard. La villa, bien entendu, avec sa piscine qui donne sur le Saint-Laurent, mais aussi le pigeonnier français sorti tout droit d'un conte de Perrault, le pavillon à musique d'où émergent, lors des tours guidés, les mélodies de membres de l'Ensemble vocal Charlevoix, et surtout les deux fabuleux pavillons japonais qui invitent à la méditation.

On raconte que Charles Trenet, en visitant un jour l'endroit, a eu l'impression de découvrir le jardin de sa chanson C'est un jardin extraordinaire. On ne saurait mieux dire.

***

La menace des cerfs

Les Jardins de Quatre-Vents n'échappent pas aux bouleversements créés par les changements climatiques. Non seulement les étés sont de plus en plus secs, note le couple Welch, mais le réchauffement pousse de nombreux cerfs de Virginie à s'aventurer  sur le domaine. «Je ne sais pas pourquoi, mais c'est devenu un problème important, indique Marianne Welch. On n'en voyait aucun il y a une vingtaine d'années. Aujourd'hui, on en voit cinq ou six au printemps. Ils raffolent des plantes. Ils représentent une menace. Nous n'avons pas le choix de les abattre, c'est la seule solution.»

Des statues, comme cet orchestre de grenouilles, font... (Le Soleil, Normand Provencher) - image 8.0

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Des statues, comme cet orchestre de grenouilles, font rigoler les visiteurs.

Le Soleil, Normand Provencher

Soucieux de préserver la beauté de Charlevoix, le couple Welch a noué des liens très étroits avec le Centre écologique de Port-au-Saumon. «C'est un organisme très important pour nous. Nous l'appuyons depuis son ouverture, explique Mme Welch. Mon père était très proche de Louis Genest [le fondateur du centre]. Il s'agit d'une extraordinaire collaboration.»

***

Des billets qui s'envolent

Depuis 1987, les Jardins de Quatre-Vents ouvrent leurs portes chaque année à 500 visiteurs, seulement quatre samedis par été. Quelque 200 autres y ont accès sur invitation. Malgré l'engouement, ses propriétaires n'envisagent pas d'ajouter des journées supplémentaires. «Nous voulons maintenir un équilibre entre l'ouverture à la communauté et le respect de la vie privée», explique Jim Welch. Une conversion en jardin public commanderait en outre, ajoute-t-il, des frais d'entretien plus importants. Les billets pour la saison 2018 seront mis en vente en décembre, au coût de 35 $, sur le site du Centre écologique de Port-au-Saumon (www.cepas.qc.ca). Ne tardez pas, ils partent à la vitesse de l'éclair. Chaque visite, d'une durée de 2h30 et regroupant une vingtaine de personnes, se déroulent sous la supervision de guides bénévoles du Centre. Le dernier départ de la journée, à 15h, se veut une «visite contemplative» où le public peut jouir de la beauté des lieux dans une ambiance silencieuse. Des visites en anglais sont également offertes.




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