Autistes en prison: un phénomène de plus en plus fréquent

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Les personnes aux prises avec un problème de santé mentale sont de plus en plus victimes de surjudiciarisation.

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<p>Ian Bussières</p>

(Québec) Autiste et cofondatrice du centre d'expertise en autisme Saccade, Brigitte Harrison trouve «triste à mourir» l'histoire de José, racontée dans nos pages jeudi. Cet autiste Asperger de 32 ans atteint du syndrome de Gilles de la Tourette est pris entre les portes tournantes de la prison et du palais de justice pour de petits vols.

«C'est terrible comme histoire, c'est triste à mourir», déclare Mme Harrison, qui reconnaît là une situation qu'elle rencontre de plus en plus souvent dans son travail. «De ce que je sais, il y a beaucoup d'Asperger en prison», explique-t-elle.

«C'est malheureux, mais pour les autistes adultes, il n'y a souvent que ce que j'appelle les quatre "P" : les parents, la psychiatrie, la prison ou le paradis...», illustre-t-elle pour caractériser la situation de ces personnes qui disposent de peu de ressources pour les aider.

«Ces personnes ne saisissent même pas pourquoi elles vont en prison. Un autiste n'a pas de sens social, c'est comme s'il souffrait de cécité sociale. Ce garçon, on dirait que personne ne s'est occupé de lui. Il n'y a aucune médication qui existe pour l'autisme», poursuit-elle.

Déclencher un sens social

Depuis près de 15 ans, Saccade est le seul organisme à offrir des services aux autistes afin de les aider à se développer. «On déclenche leur sens social et on le développe. Si on ne le fait pas, la roue va tourner jusqu'au jour où ça va s'aggraver et que les conséquences seront plus graves», signale Mme Harrison.

L'organisme a aussi commencé à offrir de la formation aux intervenants des secteurs judiciaire, médical et policier, à leur demande, pour les aider à comprendre les personnes autistes. Brigitte Harrison déplore ce «syndrome des portes tournantes» où on envoie tour à tour les autistes en psychiatrie ou en prison. 

«Ils ne devraient pas être en psychiatrie, car ce n'est pas un problème de santé mentale! Et la prison n'est pas leur place non plus. C'est comme les jeunes autistes qui aboutissent souvent en centre jeunesse, car il n'existe aucun plan pour la structure autistique au Québec», déplore-t-elle. En fait, aucun pays ne disposerait d'une telle structure selon Mme Harrison, précisant que la Suède est toutefois un peu plus avancée au niveau du respect et de l'emploi.

Et même si le syndrome d'Asperger est une forme moins sévère d'autisme, Brigitte Harrison précise que ça ne rend pas plus simple l'intervention auprès de ces personnes. «Le travail n'en est pas moins compliqué, car moins l'autisme est apparent et plus la personne est âgée, mieux vaut être un expert pour intervenir auprès d'elle.»

«Échec du système»

De son côté, François Winter, coordonnateur de L'A-Droit, un organisme de défense des droits des personnes aux prises avec un problème de santé mentale, affirme lui aussi qu'on constate de plus en plus la surjudiciarisation de ces personnes.

«On voit davantage de situations [comme celle de José] et j'ai de la misère à m'expliquer ça. De telles situations, c'est un peu l'échec du système. C'est dommage, car la judiciarisation et la médiatisation de ces cas donnent une mauvaise image de ces personnes. Certains vont s'imaginer que ce sont tous des Guy Turcotte en puissance et ça fait mal», conclut-il.

***

La prison comme lieu de prise en charge

Pour Benoît Côté, directeur général de l'organisme Programme d'encadrement clinique et d'hébergement (PECH), la prison est malheureusement devenue un lieu de prise en charge pour les gens ayant des problématiques multiples.

«J'ai une intervenante dont le bureau est à l'établissement de détention et en deux ans, elle a vu le nombre de personnes qui s'adressent à elle doubler pour atteindre 350 par année. C'est un signe inquiétant», a-t-il déclaré au Soleil.

«Et c'est une tendance qui est présente dans tous les pays industrialisés», explique-t-il. La prison deviendrait ainsi un lieu de prise en charge pour les personnes comme José, cet autiste Asperger atteint du syndrome de Gilles de la Tourette qui est retourné derrière les barreaux cette semaine pour avoir volé un vélo.

«Ce type de délit n'est pas un agir délinquant typique, c'est plutôt une conséquence de la condition de ces personnes. Et en prison, ils coûtent 300 $ par jour!» reprend le dg de PECH, qui considère que l'avocat de José a vu juste quand il a déclaré qu'il était en quelque sorte «institutionnalisé en prison».

M. Côté considère la situation comme préoccupante, notant que le centre de détention de Québec a dû ouvrir une unité spécialisée pour les personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale. 

«Je ne dis pas que ces gens n'ont pas besoin d'encadrement ou qu'ils sont tous des saints. Oui, certains peuvent être dangereux, mais plusieurs n'ont pas leur place en prison. Ce n'est pas là qu'ils feront l'apprentissage de la responsabilisation. Je me demande pourquoi ce n'est pas plutôt le système de santé qui les prend en charge», conclut-il.




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