Extrême droite: les contre-manifestations inefficaces, selon un ancien néonazi

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Une des deux contre-manifestations qui visaient à dénoncer La Meute a tourné au vinaigre le 20 août dernier, dans le secteur de l'Assemblée nationale.

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<p>Ian Bussières</p>

(Québec) Des contre-manifestations antiracistes comme celle de dimanche dernier à Québec ou celle de Charlottesville, Arno Michaelis en a vues plusieurs à l'époque où il était un skinhead suprémaciste blanc de 1987 à 1994. Et aucune ne lui a donné le goût de quitter le mouvement. Bien au contraire.

«Chaque année, il y avait un rassemblement de suprémacistes blancs à Ann Arbor, au Michigan. Nous étions une cinquantaine à chaque fois et il y avait toujours dix fois plus de contre-manifestants antiracistes. Pour nous, ça rendait la chose encore plus romantique», explique au Soleil Michaelis, un résident de Milwaukee maintenant converti en militant pacifiste au sein de l'organisme Serve To Unite.

«Tu sais, il y avait des gars qui tenaient des affiches avec le symbole de la paix et qui arrachaient des morceaux d'asphalte pour nous les lancer! Ce sont des événements comme ça qui ont transformé le voyou saoul que j'étais en militant néonazi pur et dur», raconte-t-il.

Symbiose

«Avant, je ne pensais qu'à boire et à me battre, mais cet événement m'a conforté dans ma pensée, ça m'a rendu plus raciste et encore plus engagé», poursuit l'Américain de 46 ans, pour qui les méthodes utilisées par l'extrême gauche pour combattre l'extrême droite ne fonctionnent tout simplement pas.

«Les militants d'extrême droite souhaitent provoquer une réaction violente. Au fond, ils ont besoin des antiracistes et des antifascistes. Il y a une sorte de symbiose entre l'extrême droite et l'extrême gauche. L'un dépend de l'autre pour pouvoir continuer à dire qu'il doit se débarrasser de l'autre! Ainsi, les tactiques de l'extrême gauche sont non seulement inefficaces, elles sont contre-productives. La violence contre les groupes d'extrême droite aide l'extrême droite.»

Selon Arno Michaelis, même les manifestations antiracistes pacifiques ne sont pas très efficaces pour combattre les militants xénophobes, homophobes ou islamophobes. «Bien sûr, c'est toujours mieux quand c'est pacifique! Par contre, même si tu as 1000 personnes qui protestent et disent aux racistes de s'en aller, tu leur dis qu'ils ont tort, mais tu ne leur dis pas pourquoi ils ont tort.»

La meilleure arme

La solution, selon lui, serait plutôt d'organiser un événement positif au même moment qu'une manifestation raciste. «Par exemple, si un groupe islamophobe défile à Québec, tu organises un pâté de maisons plus loin une foire interculturelle et interreligieuse où les gens partagent de la nourriture, de la musique et apprennent à apprécier la culture de l'autre. En plus, tu en fais une activité de financement pour une organisation sur laquelle tout le monde s'entend.»

Il suggère aussi d'engager les entreprises, des restaurants, des athlètes, des vedettes, des politiciens de tous les partis dans de telles démarches, qui constitueraient la meilleure arme pour lutter contre l'extrême droite.

«Ainsi, tout le monde parlera de cet événement positif et non pas des démonstrations des mouvements d'extrême droite! C'est comme ça que tu peux démontrer clairement pourquoi les néonazis, les homophobes ou les islamophobes se trompent. C'est beaucoup plus efficace que des va-et-vient sans fin avec les groupes d'extrême droite», conclut-il.

Sauvé par la compassion

Arno Michaelis, ancien néonazi de 46 ans, croit... (fournie par Arno Michaelis) - image 3.0

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Arno Michaelis, ancien néonazi de 46 ans, croit que même les manifestations antiracistes pacifiques ne sont pas très efficaces pour combattre les militants xénophobes, homophobes ou islamophobes.

fournie par Arno Michaelis

C'est la compassion, et non la violence, qui a amené Arno Michaelis à quitter en 1994 le groupe de suprémacistes blancs dont il faisait partie.

Alors chanteur du groupe skinhead néonazi Centurion et membre fondateur de l'organisation suprémaciste blanche Northern Hammerskins, l'homme de 46 ans avoue avec regret qu'il a battu plusieurs personnes durant sa jeunesse en raison de leur race, leur religion ou leur orientation sexuelle.

Aujourd'hui, il établit la naissance de sa fille, maintenant adulte, et la mort violente de certains amis comme des éléments qui l'ont amené à changer de vie. «Mais un autre élément important a été de voir des gens que je prétendais détester, des juifs, des noirs, des latinos, des gais, me traiter avec gentillesse au moment où je le méritais le moins. Ça ne m'a pas fait quitter immédiatement, mais ça a planté des graines qui ont rendu beaucoup plus difficile pour moi de garder cette philosophie.»

Plateforme d'aide

Après avoir cessé de boire en 2004, il a senti le besoin de s'engager et de parler publiquement contre le racisme et la haine. Il a signé le livre My Life After Hate, qui allait également donner son nom à un magazine en ligne, puis à un organisme, fondé en 2009 avec un autre ancien skinhead néonazi, Christian Picciolini, visant à aider ceux qui veulent quitter l'extrême droite.

«Notre plateforme était large, orientée vers la compassion et nous aidions aussi d'anciens islamistes, d'anciens membres de gangs de rues, d'anciens extrémistes politiques», explique-t-il.

Il a quitté Life After Hate en novembre 2012 pour s'engager davantage dans Serve To Unite, un organisme dont la mission est davantage alignée vers l'amour et la compassion. L'organisme est né après le massacre du temple sikh de Oak Creek, au Wisconsin, un crime haineux lors duquel le néonazi Wade Michael Page a abattu six personnes. Arno y travaille aux côtés de membres des familles des disparus.

«Nous amenons les gens de tous les horizons à travailler ensemble dans divers projets, à apprécier leurs cultures respectives. Nous travaillons beaucoup avec les étudiants», indique Arno Michaelis à propos de l'organisme qui mise sur la compassion, l'optimisme devant l'adversité et l'humanité pour amener les jeunes à vivre une vie de paix.»




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