Loi 101: un symbole aussi fort que fragile, disent ses artisans

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Après avoir pris le pouvoir au Québec en 1976, René Lévesque et le Parti québécois ont travaillé à l'élaboration de la loi 101, qui est officiellement devenue loi le 26 août 1977.

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Caroline Plante
La Presse Canadienne
Québec

Le français au Québec se porte bien, selon trois artisans de la Charte de la langue française, présents vendredi à la cérémonie soulignant les 40 ans de cette pièce législative appelée communément loi 101.

Ceux-ci ont toutefois insisté sur l'importance pour le gouvernement Couillard de rester «vigilant», car la charte est un symbole «aussi fort que fragile», «aussi durable que vulnérable», selon eux.

Si le français est aujourd'hui la langue d'usage au travail pour 82 % des Québécois, il n'en reste pas moins que la situation dans les entreprises de 50 employés et plus est «catastrophique», a affirmé David Payne, qui a travaillé de près à l'élaboration de la loi sous le gouvernement de René Lévesque.

«C'est un peu la catastrophe à ce moment-ci parce que d'abord ils ne comprennent pas [...] à savoir qu'après 50 employés il va falloir avoir un programme de francisation, c'est dur ça pour les entreprises, mais c'est essentiel», a-t-il dit en mêlée de presse.

Adoptée le 26 août 1977, la loi 101 venait faire du français la langue de l'État et de la loi aussi bien que la langue normale et habituelle du travail, de l'enseignement, des communications, du commerce et des affaires.

Vendredi, le ministre de la Culture, Luc Fortin, s'est engagé à poursuivre avec «détermination» la valorisation et la protection de la langue française. Il a ajouté n'avoir aucunement l'intention de rouvrir la loi pour la renforcer.

«On doit davantage miser sur une approche basée sur la promotion [du français] pour faire en sorte que les jeunes se l'approprient et soient fiers, a-t-il dit. On veut affirmer haut et fort que le français est la langue officielle du Québec, sans ajouter davantage de mesures coercitives.»

D'importants progrès en 40 ans, selon l'OQLF

Selon le président-directeur général de l'Office québécois de la langue française (OQLF), Robert Vézina, la proportion de personnes de langue maternelle anglaise connaissant le français a augmenté de 37 % à 69,5 % entre 1971 et 2016. Quant à la proportion de personnes de langue maternelle tierce connaissant le français, elle est passée de 47 % à 76,8 % au cours de la même période.

De plus, la fréquentation de l'école française par les jeunes allophones a augmenté de façon fulgurante au Québec, passant de 14,6 % en 1971 à près de 90 % en 2015, s'est-il réjoui.

Le Parti québécois adopterait une loi 202

Par contre, les résultats du recensement de 2016, dévoilés plus tôt cet été, démontrent que la population qui déclare le français comme langue maternelle au Québec est passée de 79,7 à 78,4 % depuis 2011.

De même, au Québec, 70,5 % parlaient uniquement le français à la maison en 2016, contre 72,8 % en 2011.

Inquiet, le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, propose entre autres d'exiger que les candidats à l'immigration connaissent le français avant même d'immigrer au Québec.

M. Lisée désire aussi appliquer la loi 101 aux entreprises de compétence fédérale qui font affaire au Québec, comme les banques, les entreprises de télécommunications, de transport interprovincial.

Le Bloc québécois entreprend une tournée de consultations

Par ailleurs, le Bloc québécois a salué vendredi tout ce que la loi 101 a permis d'accomplir au Québec, tout en soulignant qu'elle a été grugée petit à petit au cours des années.

La formation politique fédérale a organisé une grande tournée de consultations - et de mobilisation envers la langue française - pour faire le point sur la situation.

La première a eu lieu vendredi à Montréal, à la veille de l'anniversaire officiel de la mesure législative.

Pourquoi cette consultation? Parce qu'après 40 ans, le français n'est toujours pas la langue commune au Québec, a lancé Mario Beaulieu, député bloquiste à l'origine de cette initiative, lors de son allocution vendredi matin.

Le Bloc québécois milite pour que la Charte de la langue française soit renforcée. La chef du Bloc québécois, Martine Ouellet, estime que la Cour suprême du Canada, au cours des années, l'a amputée de pans importants par ses jugements, et que ses dispositions initiales doivent être réintégrées.

***

Un héritage qui dépend du point de vue politique

La Charte de la langue française, mieux connue sous le nom de loi 101, est généralement considérée comme la pièce maîtresse qui assurerait la survie de la culture et de la langue française, ou comme le renforcement d'un statut de citoyen de deuxième classe pour des centaines de milliers de personnes.

Et bien que la loi 101 s'inscrivît dans la continuation de lois antérieures visant à renforcer la langue française, elle s'éloignait aussi radicalement du statu quo.

Le français est devenu la langue officielle des affaires, du gouvernement, du commerce et des tribunaux. Les immigrants ne pouvaient qu'envoyer leurs enfants à l'école française, y compris les Canadiens de l'extérieur de la province qui déménageaient au Québec et les affiches commerciales devaient être en français seulement.

«La loi 101 a radicalement modifié la mentalité et la psyché de la communauté anglophone qui ne s'est jamais considérée comme une minorité», déclare Robert Libman, un important défenseur des droits anglophones dans les années 80 et 90 et ancien chef du Parti égalité, qui fut même député à l'Assemblée nationale.

«La loi a clairement, clairement, établi le fait que nous étions maintenant citoyens de deuxième classe.»

Mais Bernard Landry, qui était ministre dans le gouvernement Lévesque dans les années 70 et 80, avant de devenir premier ministre entre 2001 et 2003, affirme que la loi 101 était nécessaire.

«Je me souviens qu'avant son adoption, pratiquement tous les enfants d'immigrants allaient à l'école anglaise, dit-il. C'était mauvais pour eux, mauvais pour nous, mauvais pour la société québécoise. Il était temps d'agir.»

Les francophones, qui avaient commencé à prendre le contrôle des leviers de pouvoir pendant la révolution tranquille des années 60, croyaient que si rien n'était fait pour endiguer la progression de l'anglais le Québec serait anglicisé et ressemblerait à la Louisiane.

En 1985, les anglophones du Québec ont cru qu'ils l'avaient échappé belle lorsque les libéraux de Robert Bourassa ont repris le pouvoir, explique Robert Libman.

«Il y avait un sentiment de soulagement, raconte-t-il. Les gens pensaient que le fond du gouffre était atteint et que les libéraux annuleraient certains aspects de la loi 101.»

En fait, Robert Bourassa a fait le contraire.

Le premier ministre a utilisé la disposition de dérogation qui permet aux provinces ou au gouvernement fédéral d'adopter une loi dérogeant à certains articles de la Charte canadienne des droits et libertés pour maintenir l'affichage commercial en français seulement.

«Bourassa et sa femme étaient profondément francophones et Québécois et ils ont vu la catastrophe qui arrivait», explique M. Landry.

Les gestes du premier ministre ont renforcé la notion selon laquelle, indépendamment du parti politique au pouvoir - qu'il soit souverainiste ou fédéraliste - les lois linguistiques étaient là pour rester.

Lutter ou partir

Le gouvernement Bourassa est partiellement revenu sur sa décision en 1993 et a fait adopter une loi qui permet à l'anglais d'être inclus sur les affiches extérieures - mais seulement si le texte français est au moins deux fois plus gros.

M. Libman soutient que les Anglo-Québécois avaient deux choix face au consensus imposé par la majorité : lutter ou partir.

«Très peu ont combattu, dit-il. Et avec le passage du temps, ceux qui sont restés ont décidé de rouler et de faire le mort.»

Beaucoup d'anglophones ont fini par partir.

Une étude menée en 2016 par l'Institut Fraser a révélé qu'entre 1971 et 2015, environ 600 000 personnes ont quitté le Québec pour d'autres régions du Canada.

Robert Libman affirme que les anglophones d'aujourd'hui sont plus bilingues, mais que la communauté «a été décimée».  Giuseppe Valiante, La Presse canadienne




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