Qu'est-ce que l'extrême droite, au juste?

Des suprémacistes blancs lors des manifestations à Charlottesville... (Archives AP, Steve Helber)

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Des suprémacistes blancs lors des manifestations à Charlottesville le week-end dernier

Archives AP, Steve Helber

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Caroline St-Pierre
La Presse Canadienne
Montréal

Entre le rassemblement de suprémacistes blancs qui s'est terminé par une mort, le week-end dernier, en Virginie, et la manifestation organisée ce dimanche à Québec par le groupe La Meute, des inquiétudes se soulèvent quant à la montée de l'extrême droite en Amérique du Nord et ailleurs dans le monde.

La Meute se défend publiquement de faire partie de l'extrême droite, mais qu'en est-il vraiment? David Morin, professeur à l'Université de Sherbrooke et codirecteur de l'observatoire sur la radicalisation et l'extrémisme violent, s'est entretenu avec La Presse canadienne pour démystifier cette idéologie.

Q  Qu'est-ce que l'extrême droite?

R  L'extrême droite renvoie à un courant idéologique qui est clairement positionné à droite, qui a souvent un discours, à l'époque, contre-révolutionnaire et donc très conservateur, qui est très centré sur les valeurs nationales et qui va aussi avoir une espèce de nostalgie du passé et un discours souvent exclusif, donc pas très porté sur l'inclusion des autres. Historiquement, elle renvoie aux pires heures de l'Europe. Aujourd'hui, elle a quand même évolué, parce qu'on a une extrême droite qui est devenue beaucoup plus légaliste et qui essaie de ne pas se faire appeler extrême droite. Le meilleur exemple, c'est la France, le Front National. Aujourd'hui, Marine Le Pen refuse le qualificatif d'extrême droite.

Q  Pourquoi les gens se dissocient-ils de l'extrême droite même si on a l'impression que leurs comportements et leurs valeurs sont représentés dans ce courant?

R  Ça dépend des mouvements. Il y a des mouvements qui revendiquent clairement leur appartenance à l'extrême droite. Il y en a d'autres qui s'en dissocient, mais qui, finalement, épousent vraiment cette idéologie-là. De manière générale, dans certains nombres de sociétés, c'est disqualifiant de se faire appeler d'extrême droite, ça renvoie à l'idéologie raciste, ça renvoie en Europe à des sombres heures de l'histoire de nos sociétés, donc c'est sûr que c'est un peu un qualificatif infamant, pour un certain nombre de groupes, surtout s'ils veulent jouer un rôle, que ce soit en tant que lobby ou en tant que parti politique.

Q  À partir de quand peut-on, de façon objective, dire d'un groupe qu'il fait partie de l'extrême droite?

R  Il faut le regarder au cas par cas [...]. Mais je vous dirais que vous avez peut-être trois grandes catégories. Vous avez l'extrême droite qui s'assume, qui va tenir parfois des discours haineux ouvertement ou plus ou moins ouvertement et même des discours incitant carrément à la violence. Vous avez une extrême droite plus légaliste, donc on assume les principaux thèmes de l'extrême droite, mais on fait attention à ne pas paraître raciste, etc. Et puis vous avez un troisième mouvement, qui est probablement le plus important actuellement, qui est un mouvement plus populiste, nationaliste identitaire, avec un peu de conservatisme, pas forcément du conservatisme partisan, mais du conservatisme politique.

Q  La Meute s'est publiquement défendue de faire partie de l'extrême droite. Qu'en pensez-vous?

R  La Meute, pour moi, correspond davantage à un mouvement populiste, nationaliste identitaire - nationaliste pouvant être soit Québécois soit Canadien, puisqu'il y a à la fois des fédéralistes et des souverainistes dans ce mouvement-là. Avec, évidemment, tout un discours aussi sur le rejet des élites politiques et médiatiques, un discours un peu victimaire sur le fait qu'on brime leur liberté d'expression alors que ce n'est pas vraiment le cas puisqu'on n'entend parler que d'eux depuis plusieurs mois au Québec et au Canada. Voilà pour le mouvement général, maintenant, c'est très clair que ce groupe-là a des individus qui sont beaucoup plus extrémistes en son sein d'une part, et d'autre part, il converge sur certains thèmes qui sont souvent récupérés par l'extrême droite [comme celui] de l'immigration. Je pense qu'ils sont tout à fait conscients de ce qu'ils font, mais que le risque dans la convergence de ces idéologies-là, c'est que La Meute normalise un discours un peu nauséabond, tout en donnant l'impression que ce groupe-là n'est pas extrémiste.

Q  Les médias et les gens en général doivent-ils faire preuve de prudence dans le terme utilisé pour qualifier ce genre de groupe?

R  Oui, je pense que c'est important de ne pas mettre tout le monde dans le même panier parce que si tout devient de l'extrême droite, plus rien ne devient de l'extrême droite, notamment pour ce qui est des discours haineux et violents. Il faut faire attention aussi à écouter, dans une certaine mesure, les inquiétudes et à comprendre les conditions d'émergence de ce type de mouvements-là. Le risque à systématiquement les disqualifier en extrême droite, c'est finalement les rejeter un peu en dehors de la société, alors que dans ces groupes-là, vous avez quand même une bonne partie de gens qui ont des inquiétudes, et probablement qu'il est plus intelligent de répondre à ces inquiétudes-là en expliquant ce qu'on va faire pour y faire face. [...] Je pense que c'est beaucoup plus constructif de faire ça pour désamorcer ce discours et d'éviter qu'il ne se répande plutôt que de systématiquement disqualifier les gens eux-mêmes.

Q  Si on va dans l'autre sens complètement, le président américain Donald Trump a récemment parlé de l'«alt-left» comme contraire à la soi-disant droite alternative. Est-ce que l'extrême-gauche est aussi présente?

R  On est dans la cour de récréation à savoir qui a jeté le caillou en premier. Je pense que quand le président Trump fait ça, il essaie évidemment de renvoyer dos à dos deux idéologies pour finalement non pas légitimer, mais en tout cas moins discréditer l'idéologie d'extrême droite aux États-Unis, qui correspond à une bonne partie de son électorat. Je veux bien qu'on rejette de manière globale toutes les formes de violence [...], mais renvoyer ces deux idéologies dos à dos me pose problème, notamment parce qu'historiquement, l'extrême gauche, malgré tous ses déboires, a quand même eu un discours, si on le remet aujourd'hui dans notre société contemporaine, beaucoup plus inclusif qu'exclusif. Le discours d'extrême gauche ne rejette pas l'immigrant, ne rejette pas l'autre. Il rejette certaines formes de capitalisme, mais je le trouve plus porteur d'une cohésion sociale que d'une exclusion sociale.

Q  Y a-t-il des groupes d'extrême droite au Québec?

R  Oui. Il y en a plusieurs. Je pense qu'on pourrait assez aisément dire que des groupes comme Atalante, comme la Fédération des Québécois de souche ou même Les soldats d'Odin, à défaut de les qualifier d'extrême droite, on pourrait dire que leur discours emprunte largement à des thèmes qui sont défendus par des groupes d'extrême droite qui s'assument. [...] Je pense que la difficulté au Québec et au Canada est de savoir quelle importance réelle on accorde [à de tels groupes] compte tenu de leur capacité de mobilisation. C'est ça qu'on va voir dimanche. C'est une chose de dire qu'on a 55 000 membres sur Facebook [nombre allégué de membres du groupe secret de La Meute, NDLR], c'en est une autre de mobiliser des gens qui vont aller dans la rue pour finalement défendre leurs idées. Jusqu'à présent, leur capacité de mobilisation a quand même été plutôt faible. On les a beaucoup entendu parler, mais on ne les a pas beaucoup vus. Ce qu'il faut éviter et absolument refuser, c'est que ce genre de discours-là se normalise, devienne un discours banal, accepté, qu'on puisse avoir une espèce de racisme ordinaire qui s'installe tranquillement et qu'on trouve ça bien correct.




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