Cadets de Valcartier: vers la guérison après la reconnaissance de blessures

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<p>Fanny Lévesque</p>

(Québec) Ce n'est pas la première fois que les cadets de 1974 commémorent à Valcartier la perte de six des leurs, après qu'une grenade eut explosé accidentellement à l'été de cette même année, mais c'est la première fois qu'ils le font depuis que leurs blessures, psychologiques et physiques, sont reconnues par le gouvernement canadien.

«On vient fermer la boucle d'un long parcours de 43 ans», résume le représentant des cadets de 1974 de la compagnie D, Michel Juneau-Katsuya. «Les cadets ont survécu à une période assez sombre parce qu'au lendemain de l'explosion, on nous avait ordonné de ne pas parler. On nous a aussi laissés à nous-mêmes pour traiter nos blessures.» 

C'est en mars, après deux ans «de longues négociations», que le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, a annoncé la prise en charge et le dédommagement des victimes. Six cadets, qui étaient âgés autour de 14 ans, sont décédés et 62 autres ont été blessés au camp d'entraînement des cadets de Valcartier, le 30 juillet 1974. 

Lui-même blessé lors du drame, Michel Juneau-Katsuya confie que la commémoration de cette année revêt une signification particulière. «Le processus de guérison s'est engagé. Ça fait du bien à voir, ça fait chaud au coeur», a-t-il exprimé en marge de la cérémonie qui s'est tenue à la base militaire samedi, en présence des familles et survivants. 

La lutte pour obtenir reconnaissance et soutien a été longue, consent M. Juneau-Katsuya. «Il faut comprendre que ç'a été un long cheminement parce que dans la Loi de la Défense nationale, les cadets n'existent pas [...] Il fallait créer quelque chose de nouveau, qui n'existait pas, et qui va maintenant être un legs pour les cadets à l'avenir.»

C'est que les cadets, n'étant militaires, ne peuvent être traités comme des membres des Forces armées canadiennes, vulgarise le lieutenant-colonel et chef d'entraînement de l'est du Canada, Carlo De Ciccio. Aujourd'hui, les cadets peuvent cependant profiter «d'une couverture de soins» comme les membres de la réserve. 

«On a porté le flambeau avec eux [les cadets de 1974], le gouvernement a aussi embarqué là-dedans. Le legs qui reste aux cadets, c'est qu'il y a reconnaissance», dit-il. Le programme d'Ottawa prévoit le versement d'une compensation financière aux victimes ou leurs successions, mais aussi un soutien en matière de soins médicaux.

«On vient fermer la boucle d'un long parcours... (Le Soleil, Pascal Ratthé) - image 2.0

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«On vient fermer la boucle d'un long parcours de 43 ans», résume le représentant des cadets de 1974 de la compagnie D, Michel Juneau-Katsuya.

Le Soleil, Pascal Ratthé

«Je connais des gens qui ont très, très bien réussi leur carrière et j'ai des gens qui se sont retrouvés à la rue, il y en a même qui ont commis un suicide», relate M. Juneau-­Katsuya. «C'est pour dire jusqu'à quel point les chocs post-traumatiques pour des jeunes garçons de 14 et 15 ans à l'époque les ont profondément marqués». 

Devoir de mémoire 

La cérémonie de samedi a également été célébrée en mémoire de trois autres jeunes cadets qui sont décédés pendant le camp d'entraînement de Valcartier. En 1969, un garçon a perdu la vie quand un camion s'est renversé, un autre est mort frappé par la foudre en 1974 et un dernier s'est noyé en 1981. 

«L'entraînement des cadets, c'est aussi d'en faire de meilleurs citoyens et le devoir de mémoire fait partie de ça», ajoute M. De Ciccio. Les événements de 74 sont néanmoins «un peu loin» pour les jeunes qui foulent la base militaire en 2017. «On parle d'il y a 43 ans, les choses ont changé aussi depuis. L'activité de manipuler une grenade, ça ne se fait plus. Il ne sont plus dans cet état que pouvait être l'entraînement en 1974». 

Le programme d'Ottawa prévoit un «paiement de secours universel» de 42 000 $ à «tous les cadets qui se trouvaient dans la salle» au moment du drame, aux successions des six cadets décédés et aux secouristes non professionnels, ni membres des Forces armées canadiennes. Une compensation de 58 000 $ pour les pertes est aussi possible. 

Jusqu'à 310 000 $ en «paiement de secours individualisés» peut également être versé en reconnaissance des blessures physiques et psychologiques en plus du remboursement de soins médicaux liés à l'incident «pour le reste de leur vie». Le versement «universel» a déjà été effectué «à l'ensemble des cadets admissibles», a confirmé M. Juneau-Katsuya.

Ottawa estime qu'environ 155 personnes se qualifieraient pour le paiement universel. En 2015, l'ombudsman de la Défense nationale avait vertement critiqué l'armée pour le sort réservé aux cadets de Valcartier, abandonnés par l'État. Certaines victimes ont d'ailleurs amorcé leur deuil après la publication du rapport, a indiqué M. Juneau-Katsuya.

***

Panser les plaies

Guy Fallu, Denis Carbonneau et Jacques Bérubé ont fait le voyage jusqu'à Québec, samedi. Adolescents en 1974, ils étaient tous là quand la grenade a explosé, tuant six des leurs. Quand ils le peuvent, ils se réunissent pour panser leurs plaies.

«C'est toujours des événements qui te reviennent dans la tête, mais avec les années, tranquillement... Le fait de venir ici chaque année, de se retrouver ensemble, ça nous permet de guérir les plaies qui ont été ouvertes. À l'époque, il y a peu de gens qui prenaient en charge le côté psychologique», raconte M. Fallu.

Guy Fallu, Denis Carbonneau et Jacques Bérubé... (Le Soleil, Pascal Ratthé) - image 4.0

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Guy Fallu, Denis Carbonneau et Jacques Bérubé

Le Soleil, Pascal Ratthé

Tous n'ont pas été marqués de la même façon après les événements. Jacques Bérubé conserve encore un éclat de la grenade dans un doigt et souffre d'acouphènes. Denis Carbonneau lui, s'estime chanceux. «Ç'a bien été pour moi jusqu'à présent. Si j'ai eu des séquelles, elles ne se sont pas manifestées encore», dit-il. 

Mais, comme ses confrères, M. Carbonneau est heureux de maintenant pouvoir compter sur un programme d'indemnisation et de soutien. M. Bérubé ne cache pas pour sa part avoir déjà recours à l'aide. «On s'en sert. Surtout du côté psychologique, un peu physique aussi. Ça va bien présentement. Ça va de mieux en mieux», confie-t-il. 

Les trois hommes parviennent à leur rythme «à apprendre avec» le drame qu'ils ont vécu de près. Se réunir lors des commémorations leur fait du bien. «Pour moi, c'était un de mes plus beaux étés, on venait s'amuser ici. Là, on vient se remémorer nos souvenirs, parler ensemble. On dirait que ça atténue nos plaies», résume M. Bérubé.




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