Surmonter l'horreur, un jour à la fois

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Dans le petit bureau à l'étage, le président du Centre culturel islamique de Québec, Mohamed Labidi, exhibe quelques cadeaux reçus depuis la tragédie, dont une grande toile en hommage à la communauté musulmane et des couvertures.

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<p>Fanny Lévesque</p>

(Québec) Il y a six mois, l'horreur. Par une glaciale nuit de janvier, six hommes allaient tomber sous les balles. Cinq autres allaient être blessés. Au Centre culturel islamique de Québec, le froid n'est pas resté. La chaleur a pris racine, bien avant l'été.

«Il y en a plusieurs qui n'ont pas oublié les familles et les victimes.» Dans le petit bureau à l'étage, Mohamed Labidi exhibe quelques cadeaux reçus depuis la tragédie. Une grande toile peinte à la main en hommage à la communauté musulmane, un cadre commémoratif offert en mémoire des victimes. Mais, rien n'a été installé au mur.

La grande salle de prière, où le drame... (Le Soleil, Pascal Ratthé) - image 2.0

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La grande salle de prière, où le drame s'est joué, a été entièrement repeinte, les murs réparés.

Le Soleil, Pascal Ratthé

«On n'a pas eu encore le temps», laisse tomber le président du CCIQ. Autour de lui, très peu de traces de l'irréparable. La grande salle de prière au premier, où le drame s'est joué, a été entièrement repeinte, les murs réparés. L'immense tapis qui recouvre tout le sol a l'air flambant neuf, mais ici, un coin rapiécé. Inutile de demander pourquoi.

C'est M. Labidi qui fait remarquer les rares recoins où reste la marque d'un éclat de balle. La porte de la salle de bain en a une, toute petite. Un fidèle s'est réfugié derrière pendant les longues minutes de la fusillade. Seules les grandes fenêtres, donnant sur le chemin Ste-Foy, sont toujours craquées, mais seront bientôt remplacées avec l'agrandissement. 

«On peut dire qu'il y a un retour à la normale, tranquillement.» Si les lieux étaient calmes au moment du passage du Soleil, vendredi après-midi, ils le sont rarement depuis janvier. «Il y a constamment des rencontres, des visites», explique M. Labidi. Citoyens de toutes confessions, dignitaires ou ambassadeurs se succèdent au centre culturel. 

Chaleur humaine

Des autobus mêmes, remplis d'étudiants ou de musulmans venus de partout au pays, s'arrêtent, tantôt pour en apprendre plus sur l'islam, tantôt pour apporter leur soutien. «Il y en a qui continuent d'envoyer des messages et d'offrir de l'aide», assure-t-il, montrant 50 couvertures, une pour chacune des familles éprouvées, reçues cette semaine. 

Un peu comme une courtepointe, des bouts de tissus provenant des quatre coins du globe ont été brodés à la main par un organisme de Montréal, qui les a offertes. «Ce sont des motifs de maison», explique M. Labidi. «Le message c'est que si vous vous sentez seuls, couvrez-vous. Vous allez sentir la chaleur de toute l'humanité du monde.»

Des gens de partout s'arrêtent à la Grande... (Le Soleil, Pascal Ratthé) - image 3.0

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Des gens de partout s'arrêtent à la Grande Mosquée, tantôt pour en apprendre plus sur l'islam, tantôt pour apporter leur soutien.

Le Soleil, Pascal Ratthé

Une chaleur humaine bien ressentie dans la capitale, affirme-t-il. «Les gens sont très généreux. Il ne faut pas s'accrocher aux incidents de parcours», lance-t-il. Et le président fait ici allusion aux messages d'insultes que reçoit toujours le centre culturel. Il y a une semaine encore, un colis haineux a été livré devant les portes de l'établissement. 

«On ne reçoit pas juste les fleurs», se contente de résumer M. Labidi, qui salue au passage le travail des autorités qui «prennent avec tout le sérieux que ça mérite» les incidents rapportés par le centre. «C'est soulageant. Vu l'ampleur de la tragédie, que des personnes continuent d'essayer d'intimider la communauté, il faut avoir...».

Mohamed Labidi cherche les mots. «C'est inquiétant de voir ces gens qui persistent [...] On ne trouve pas la réponse. On ne sait pas pourquoi ils persistent. Qu'est-ce qu'ils veulent. C'est quoi leur but? Où veulent-ils en arriver?» s'interroge-t-il. «Il y a toujours des exceptions à la règle, on les prend comme ça». 

Davantage de vigilance

Des «exceptions» qui «ravivent» évidemment la communauté musulmane dans la peur. Le Centre culturel islamique de Québec a d'ailleurs accru la sécurité à l'intérieur de ses murs et autour de ses installations depuis les événements. La réfection de ses locaux, prévue à l'automne, doit les rendre encore plus sécuritaires.

Le Centre culturel islamique de Québec a accru... (Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé) - image 4.0

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Le Centre culturel islamique de Québec a accru la sécurité à l'intérieur de ses murs et autour de ses installations depuis les événements.

Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé

«On reprend la vie au quotidien, avec un peu plus de vigilance et de prudence», persiste à dire Mohamed Labidi. Pour le tourbillon d'attention dans lequel il est plongé depuis les derniers mois, le président «laisse au destin» le soin de choisir le mieux. «[Les beaux gestes], on ne peut pas dire qu'on en a assez», confie-t-il. 

«Chaque fois qu'il y un rendez-vous, une visite, j'essaie de me présenter parce que c'est la moindre des choses.» Au moment de l'entretien, derrière la porte givrée, des femmes avec leur marmaille priaient. Même si on ne pouvait que les entendre, le rire des enfants rendait les lieux plus légers. Des lieux qui retrouveront un jour leur sérénité.

***

«Ne pas oublier les rescapés»

Si Mohamed Labidi revient sur l'attentat du 29 janvier avec un calme désarmant, sa gorge se noue quand vient le temps de parler de ceux qui restent. 

Six hommes sont tombés sous les balles du tireur présumé Alexandre Bissonnette. Cinq autres ont été blessés. Un «miraculé» est d'ailleurs toujours hospitalisé dans un hôpital de Québec, où il reçoit des soins. L'horreur a fait 17 orphelins. Mais ce dont, on parle moins selon M. Labidi, c'est que drame a aussi fait «des rescapés lourdement traumatisés». 

L'émotion envahit le président du Centre culturel islamique de Québec quand il pense à la douleur que ressentent ceux qui étaient aux premières loges du terrifiant spectacle. «Ce sont des gens qui n'ont pas été touchés par des cartouches, mais qui ont été touchés dans leur dignité, dans leur psychologie», relate-t-il.

Plusieurs comités et groupes, dont faisaient partie ces survivants parfois, ont rapidement été formés après le drame pour venir en aide aux familles endeuillées. «C'est gens-là se sont oubliés eux-mêmes», dit-il, estimant leur nombre à une quarantaine. «Ils n'ont pas reçu l'aide ou le soin, l'attention qu'il fallait», soutient le président.

Indemnisations 

Il souhaite qu'ils soient aussi indemnisés, rappelant que les dons et l'aide offerts sont allés aux orphelins et aux familles des défunts. «Si c'est possible de ne pas oublier les rescapés. Si c'est possible de trouver moyen de les indemniser, ça sera vraiment un geste formidable», lance-t-il. «Ce qu'on a vécu est très, très déchirant.» 

«Je salue notre communauté qui a agi avec maturité, dignité. Il n'y a pas eu de colère, de cris de vengeance. Les gens, ils ont agi de façon très civilisée, avec endurance et sérénité. Ils ont été là pour ceux qui étaient éprouvés», conclut M. Labidi, avant d'être à nouveau pris par les sanglots.




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