Pas islamophobe, La Meute?

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(Québec) VÉRIFICATION FAITE / L'affirmation : «On est contre toute forme de racisme», a assuré mardi le porte-parole de La Meute, Sylvain Brouillette, lors d'une entrevue à CHOI-FM. Son groupe, qui dit lutter uniquement contre l'«islam radical», a fait les manchettes cette semaine à cause de son implication (ou du moins celle de certains de ses membres) dans la campagne du Non lors du référendum de Saint-Apollinaire sur le cimetière musulman. Alors profitons-en pour vider la question : lorsque les militants de La Meute rejettent les accusations d'«islamophobie», ce qu'ils font systématiquement et vigoureusement, ont-ils raison? Ou sommes-nous ici en présence d'un autre cas de «je ne suis pas raciste, mais...»?

Les faits

Au yeux de Maxime Fiset, lui-même un ancien skinhead qui travaille maintenant au Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence, il fait peu de doute qu'il existe des groupes beaucoup plus racistes et intolérants, voire violents dans certains cas. «La Meute se situe tout juste sur la limite du spectre qu'est l'extrême droite. Ils jouent sur cette limite sans trop la dépasser», dit-il.

À cet égard, il faut dire que sur la page Facebook du groupe, M. Brouillette, sous son pseudonyme Sylvain Maikan, a qualifié mercredi de «geste lâche et stupide» l'envoi d'un colis haineux au Centre culturel islamique - c'est du moins ce qu'il a fait sur la page publique du groupe, qui compte également un «groupe secret» sur Facebook auquel nous n'avons pas accès. La Meute est aussi connue pour évincer ceux de ses membres qui tiennent des discours ouvertement racistes.

Mais d'un autre côté, ce n'est manifestement pas un hasard si La Meute attire ce genre d'individus : quand on examine son discours, on se rend vite compte que tous les thèmes chers à l'extrême droite y occupent une place de choix. En voici quelques exemples. Précisons que nous n'avons inclus qu'une seule citation par thème pour des raisons d'espace.

› La menace à la civilisation ou l'idée d'«invasion» par un «ennemi» maléfique, que l'on trouve chez tous les groupes xénophobes. M. Brouillette, disons-le, a déjà déclaré qu'il ne croit pas qu'il y ait une invasion en ce moment au Québec, mais que La Meute fait de la «prévention» - ce qui indique quand même une menace. Et il faut croire qu'elle est imminente, cette menace, puisque dans un «pamphlet» disponible sur son site, La Meute affirme : «Levons-nous face à ceux qui menacent l'Occident. Les fondamentalistes islamiques nous entraînent dans une mouvance chaotique. Ne laissez pas ces agresseurs faire du Québec une terre d'islam. Réveillons-nous avant de faire face à nos morts, à une guerre civile, au chaos.»

«Ces gens-là [les «immigrants qui viennent de pays contrôlés par l'islam radical»], c'est prouvé, ils vont essayer de reproduire ces conditions-là ici», avait déclaré M. Brouillette lors d'une entrevue avec TVA, en mars.

› Le groupe ennemi travaille en secret contre le peuple. «Les théories du complot sont vraiment omniprésentes chez les groupes d'extrême droite», confirme M. Fiset. Lors de son entrevue à CHOI, M. Brouillette a déclaré, à propos des islamistes radicaux vivant au Québec : «Il ne faut pas s'attendre à ce qu'ils soient visibles, ce ne serait pas dans leur intérêt. [...] Eux, leur intérêt, c'est de convaincre tout le monde qu'ils ne sont pas là. C'est ce qu'ils ont fait en Europe, jusqu'à ce qu'ils soient assez nombreux pour prendre le contrôle du système politique et d'être assez pesants pour faire changer les lois en leur faveur.»

› La hiérarchie naturelle. «C'est la croyance unificatrice de l'extrême droite. Ça peut être articulé de façon très raciale ou plutôt culturelle, mais en bout de ligne, il y a la croyance qu'un groupe ou une culture est supérieure aux autres, plus évoluée, ou moins barbare», explique M. Fiset. Dans le «pamphlet» de La Meute, on lit notamment : «Leur intention est de mettre en place un système misogyne, homophobe, pédophile, barbare et archaïque, sous la tutelle d'un tribunal coranique.»

› Le populisme. «Dans tous ces mouvements-là, on fait un clivage entre le "vrai peuple" et les élites», explique M. Fiset. Sur la page Facebook publique de son groupe, M. Brouillette a publié mercredi un billet pour marquer les 10 000 membres «publics» de La Meute (qui en compterait plus de 43 000 dans son groupe secret). Dans ce billet, on lit : «L'élite politique devra s'y faire, eux passent, mais nous, nous restons, nous ne reculerons pas, car La Meute, c'est le peuple. Les politiciens se succèdent, mais le peuple reste.» On retrouve cette phrase à la fin de nombreux textes du groupe : «Nous sommes le peuple.»

› La majorité est opprimée par un système de privilèges. Les groupes d'extrême droite, dit M. Fiset, prônent «une sorte de dictature de la majorité. Alors des documents comme la Charte des droits et libertés qui protègent les minorités, eux veulent renverser ça et protéger la majorité contre les minorités.»

Lors de son entrevue à CHOI, M. Brouillette a déclaré que «l'islam radical, c'est un groupe politique qui se sert de la religion pour avoir des privilèges que d'autres groupes ne pourraient pas avoir. Donc ils se servent de la religion comme façade pour exploiter les droits de la personne, exploiter notre démocratie et exploiter notre système juridique.»

Mentionnons enfin que les deux seules actions politiques entreprises par La Meute hors des réseaux sociaux furent une manifestation contre une motion fédérale qui dénonçait l'islamophobie et une implication (un peu floue) dans la campagne contre le cimetière musulman de Saint-Apollinaire. Comme la volonté de se faire enterrer dans un cimetière confessionnel est un indicateur d'intégrisme extrêmement douteux - par exemple, personne ne considère les catholiques qui se font enterrer dans des cimetières catholiques comme des extrémistes -, il est très difficile de voir en quoi ces actions ciblaient l'«islam radical» en particulier. 

Verdict

Faux. Si La Meute a raison de faire valoir qu'elle n'approuve pas la violence et condamne (du moins publiquement) le racisme explicite, le fait demeure que son discours reprend systématiquement tous les thèmes classiques de la xénophobie. Elle peut donc se dire «moins pire» que d'autres groupes d'extrême droite, mais il y a manifestement une raison, et une bonne, pour laquelle elle ne parvient pas à se défaire de l'étiquette d'islamophobie.




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