Cimetière: une musulmane déçue par la tournure du débat

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Ingénieure de carrière et ex-porte-parole du Centre Culturel Islamique de Québec, Souheila Djaffer, qui réside à Québec depuis une vingtaine d'années, lance un appel au dialogue.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) «Le projet de cimetière musulman est louable, mais il ne faut pas taxer les gens de Saint-Apollinaire de racisme à cause de l'opposition au projet. Puis arrêtons de penser que les gens qui veulent un cimetière musulman sont des intégristes. C'est faux.»

Déçue de constater que le projet de cimetière musulman est devenu une confrontation où tout est peint en noir ou blanc, Souheila Djaffer souhaite que cessent les généralisations et la désinformation entre opposants et promoteurs du projet. 

Ingénieure de carrière, ex-porte-parole du Centre Culturel Islamique de Québec (CCIQ), celle qui réside à Québec depuis une vingtaine d'années lance un appel au dialogue. «Il y a de bonnes intentions de la part de tous les partis impliqués, mais le moment a été plutôt mal choisi. Tout ce qui est musulman est vendeur, et les gens embarquent tout le temps dans des débats de "eux"et "nous".»

Depuis quelques semaines, la mère de famille tente de créer des ponts entre les opposants de Saint-Apollinaire et le CCIQ, dont elle a quitté l'administration. «Les deux parties n'ont pas pris le temps de s'asseoir au départ», déplore-t-elle. «On n'a pas besoin d'un gagnant ou d'un perdant», lance la femme d'origine algérienne, mentionnant que personne n'a 100 % raison ou 100 % tort dans le débat. 

Le besoin d'un cimetière musulman dans la région de Québec est toutefois bien réel, assure-t-elle, à la veille du référendum municipal sur le changement de zonage à Saint-Apollinaire. «Les gens qui veulent ce cimetière n'ont rien d'intégriste. Ce n'est pas juste le CCIQ. C'est toute une communauté, ce sont des musulmans pratiquants et non pratiquants.»

À ceux qui dénoncent l'aspect confessionnel d'un cimetière musulman, Souheila Djaffer rappelle que c'est aussi le cas avec les cimetières catholiques et juifs, à Québec. Des cimetières qui, depuis des décennies, ferment leurs portes aux musulmans de la région. «Moi, je marche tous les jours sur l'avenue René-Lévesque. Je vois le cimetière juif à droite, le cimetière catholique à gauche. Pourquoi quand ce sont les musulmans, on commence à en faire une polémique plutôt que de trouver des points d'entente» questionne la mère de famille.

«Les gens de Saint-Apollinaire ont droit à la consultation publique dans notre état démocratique, mais il faut quand même qu'ils soient objectifs. Certains reprochent aux musulmans ne pas vouloir s'intégrer, mais en réalité ce qu'ils imposent aux musulmans, le multiconfessionnalisme, ils n'ont pas réussi à l'imposer au cimetière catholique déjà existant chez eux.»

Le CCIQ doit s'ouvrir

Le CCIQ a aussi sa part de responsabilité dans le dérapage du débat public concernant le projet de cimetière musulman, pointe toutefois son ex-porte-parole. C'est notamment le manque d'ouverture du Centre sur le reste de la communauté musulmane de la région qui a amené Souheila Djaffer à quitter son poste dans l'administration. 

L'idée du cimetière musulman a été lancée à une époque où le CCIQ était la seule organisation musulmane de Québec et

Chaudière-Appalaches, explique-t-elle, c'est pourquoi le Centre porte encore le projet seul, aujourd'hui. Or, dans un contexte où plusieurs mosquées ont vu le jour dans la région dans les dernières années, le CCIQ aurait intérêt à inclure toute la communauté musulmane en amont dans le projet de cimetière. Le projet serait ainsi plus porteur, martèle-t-elle. 

Présente à l'inauguration du carré musulman de Lépine Cloutier Athos dans un cimetière de Saint-Augustin, la semaine dernière, Mme Djaffer a été déçue que le CCIQ n'y envoie pas de représentant, alors que des associations musulmanes de Québec et Montréal étaient sur place. Certes, le projet ne répond pas aux besoins des membres du CCIQ, et les valeurs musulmanes sont difficilement conciliables avec la notion commerciale d'un cimetière, mais il s'agit néanmoins d'une avancée, croit-elle. 

Finalement, Souheila Djaffer n'a pas apprécié que le CCIQ ajoute de l'huile sur le feu en menaçant d'amener la cause devant les tribunaux avant même le vote de dimanche, à Saint-Apollinaire. 

De toute façon, elle ne veut pas de cimetière imposé de force. «Je n'irai jamais me recueillir sur une tombe sachant que des gens autour ne respectent pas ma différence religieuse.»

En cas de refus, à Saint-Apollinaire, la résidente de Sillery croit que les musulmans de la région devront accepter la décision et chercher ailleurs. «Il faut comprendre et admettre que les consultations publiques, ça existe depuis longtemps. Un refus du projet serait décevant, mais il ne faut pas qu'on baisse les bras. D'autres gens vont nous accueillir quelque part.»




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