Un projet résidentiel à Oka sème la grogne à Kanesatake

Certains membres de la communauté de Kanesatake s'opposent... (Photothèque Le Soleil)

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Certains membres de la communauté de Kanesatake s'opposent à un projet d'ensemble résidentiel dans un quartier d'Oka jadis habité par des Mohawks.

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Émilie Bergeron
La Presse Canadienne

Un projet d'ensemble résidentiel dans un quartier d'Oka jadis habité par des Mohawks et situé près de la fameuse pinède qui s'était retrouvée au coeur de la crise d'Oka, en 1990, suscite la grogne de certains membres de la communauté de Kanesatake, dont quelques-uns ont manifesté cette semaine.

Si le maire de la municipalité d'Oka y voit un «feu de paille» suscité par l'instigatrice du rassemblement plutôt qu'une étincelle qui pourrait déclencher une nouvelle crise de l'ampleur de celle qui a secoué la région, il y a 27 ans, le grand chef Serge Simon croit que le risque court toujours que la situation dégénère.

«Ce qui m'inquiète un peu, c'est que la crise d'Oka a débuté, il y a 27 ans, de la même façon, a dit M. Simon en entrevue téléphonique avec La Presse canadienne. Ça a commencé avec des manifestations paisibles et ensuite ça a dégénéré avec ce qu'on a vu en 1990. Ça, c'est toujours l'inquiétude, au moins pour moi, et - je suis sûr - d'une bonne partie des membres de ma communauté.»

Le projet immobilier, dans le domaine des Collines, n'a rien de nouveau, a souligné de son côté le maire de la municipalité d'Oka, Pascal Quevillon. Selon lui, l'initiative, qui se déploie sur un terrain privé acquis par un promoteur, remonte à 2003 et de 20 à 30 «terrains» doivent toujours y être construits.

«C'est un terrain privé qui appartient à un promoteur privé. C'est permis de construire à cet endroit-là. Ce n'est rien comparé à il y a 27 ans. [À ce moment-là], c'était un terrain qui appartenait à la communauté d'Oka. On parlait d'agrandir un club de golf [...], de construire des condominiums et de déplacer un cimetière autochtone. On s'entend qu'on est loin de là.»

Une discorde pour la première fois

Depuis qu'il est devenu maire, il y a trois ans, M. Quevillon soutient que cette semaine a été la première fois qu'une certaine discorde se manifestait autour de ce terrain, précisant que le promoteur, Grégoire Gollin, s'était engagé à ce que le projet ne mine pas la protection de la pinède située tout près.

C'est toutefois la coupe d'arbres à la limite de la pinède qui a déclenché une manifestation d'«une douzaine» de membres de la communauté mohawk, mercredi, à l'invitation de la militante Ellen Gabriel, a indiqué le grand chef Simon.

Selon l'information qui lui a été rapportée par des manifestants, une trentaine d'arbres auraient été coupés, a-t-il dit en entrevue. Le but : faire place à une ligne d'approvisionnement en électricité liée à l'ensemble résidentiel.

«Quelques arbres» ont été enlevés et un certain «débroussaillage» a été fait, reconnaît le maire Quevillon, précisant toutefois qu'aucun pin n'a été coupé et que le projet n'empiétera en aucun cas sur la pinède comme «Mme Gabriel l'a laissé entendre».

«Malheureusement, ça a été des décisions administratives et le conseil municipal d'Oka n'a pas été consulté avant de couper ces arbres-là pour les besoins d'Hydro-Québec», a-t-il dit, déplorant le fait que les élus municipaux n'aient pas été appelés à voter sur une telle question. Il affirme avoir été informé par courriel, la veille, que des arbres allaient être abattus mercredi matin.

Les choses auraient «certainement» dû se passer différemment, a poursuivi le maire, faisant valoir que l'administration de la municipalité sait très bien qu'une entente prévaut, depuis 2015, pour que le conseil municipal et le Conseil mohawk de Kanesatake travaillent ensemble pour protéger la pinède.

«C'est certain qu'il y aurait eu des discussions. J'aurais consulté le grand chef par rapport à ça» pour déterminer si la coupe d'arbres était nécessaire et, le cas échéant, discuter avec le conseil mohawk pour voir si le promoteur pouvait obtenir une autorisation en ce sens, a insisté M. Quevillon.

Le grand chef Simon n'était pas présent à la manifestation de mercredi et n'a pas pu confirmer l'ampleur des coupes.

Celui-ci affirme que sa communauté n'a pas été consultée par la municipalité dans le cadre du projet immobilier du domaine des Collines. Il mentionne toutefois avoir eu vent d'une «conversation, possiblement» qui a eu lieu en 2003 entre le conseil de bande de l'époque et le promoteur et au cours de laquelle ce dernier aurait assuré qu«'il ne toucherait pas à la pinède.»

Le conseil du temps avait alors convenu «verbalement» que le projet pouvait aller de l'avant tant et aussi longtemps que cette condition était respectée.

«Mais aujourd'hui, les règles d'engagement avec les Premières Nations sont que, quand un projet menace ou met à risque les droits autochtones, les droits des traités, il faut que les gouvernements responsables consultent la Première Nation. Alors la responsabilité n'était pas au promoteur, mais à la municipalité de consulter les chefs du temps, de décrire le projet et la raison pour laquelle ils donnaient un permis.»

Il a dit consulter ses avocats pour voir quels recours légaux peuvent être entrepris, ajoutant qu'une demande d'injonction est envisagée.




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