Attentat à la mosquée de Québec: terrorisme ou intolérance?

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(Québec) VÉRIFICATION FAITE / L'affirmation: «Il y a eu des discussions [dans la foulée de l'attentat du 29 janvier à la mosquée de Québec] sur la terminologie. Ce n'était pas du terrorisme. Il faudrait que je regarde dans le dictionnaire, mais pour moi, ça n'en est pas. C'était le fruit de l'intolérance. Ce n'est pas un terroriste ce gars-là, c'est quelqu'un qui a des problèmes de santé mentale et qui s'est alimenté à l'intolérance ambiante et sur Internet. Ce n'est pas du terrorisme ça», s'est dit d'avis le maire de Québec, Régis Labeaume, cité mercredi dans le Journal de Québec.

Les faits

Il y a trois choses à considérer, ici: la santé mentale, la notion d'intolérance et le fait qu'Alexandre Bissonnette a agi seul. M. Labeaume ne mentionne pas explicitement ce dernier point, mais il revient souvent dans les débats sur ce qui est et ce qui n'est pas du terrorisme. On considère classiquement ce dernier, en effet, comme étant mené par des organisations politiques, comme le Hezbollah au Proche-Orient, le Front de libération du Québec, divers groupes d'extrême gauche en Europe dans les années 70, etc.

Mais ce n'est manifestement pas une condition obligatoire. Le Larousse définit le terrorisme comme un «ensemble d'actes de violence (attentats, prises d'otages, etc.) commis par une organisation ou un individu pour créer un climat d'insécurité, pour exercer un chantage sur un gouvernement, pour satisfaire une haine à l'égard d'une communauté, d'un pays, d'un système» [nos soulignements]. Notons ici que cette notion de «haine» peut clairement inclure l'«intolérance» évoquée par M. Labeaume.

Dans le Code criminel canadien, le terrorisme est «une action commise [...dans un] but de nature politique, religieuse ou idéologique en vue d'intimider [ou de contraindre] la population [...], une personne, un gouvernement ou une organisation». Bien que Bissonnette n'ait pas été accusé de terrorisme parce qu'il encourait déjà la peine maximale, ce qu'il a fait peut correspondre à cette définition.

Il semble en effet acquis que le jeune homme de Cap-Rouge nourrissait une animosité envers les immigrants, et particulièrement les musulmans, ont indiqué plusieurs sources au cours des jours suivant le massacre.

Maintenant, la question de la santé mentale est une autre paire de manches. Il existe bien des cas de tireurs de masse qui ont perpétré des tueries semblables à celle de Bissonnette sans motif apparent (hormis leur grave déséquilibre émotionnel), ou avec des motifs qui excluaient clairement le terrorisme. Valery Fabrikant, par exemple, a abattu quatre de ses collègues de l'Université Concordia en 1992 à cause de ce qu'il percevait comme une série d'injustices professionnelles à son endroit - c'était une vengeance, donc.

Mais une partie des tireurs de masse donnent un sens politique à leur geste: un combat contre le féminisme dans le cas de Marc Lépine, l'auteur du massacre de la Polytechnique; la volonté de provoquer une «guerre des races» dans le cas de Dylann Roof, qui a abattu neuf personnes dans une église noire de Caroline du Sud en 2015; une révolte contre le gouvernement et l'autorité en général dans le cas de Justin Bourque, qui a tué trois policiers à Moncton en 2014, etc.

Selon les informations disponibles jusqu'à maintenant, la tuerie... (Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé) - image 2.0

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Selon les informations disponibles jusqu'à maintenant, la tuerie du 29 janvier à la mosquée de Québec semble assez bien correspondre à toutes les définitions sérieuses qu'on a du terrorisme.

Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé

Et il y a bien sûr des cas qui tombent dans une zone grise. Henry Bain, par exemple, avait clairement des intentions politiques quand il s'est présenté armé au Métropolis pendant le discours de victoire de la cheffe péquiste Pauline Marois, en 2014 (il a tué une personne et en a blessé une autre). Mais le fait qu'il portait une robe de chambre (!) lors de l'attaque et qu'il a affirmé par la suite être un «soldat de Dieu» combattant les «séparatistes» soulève des questions sur la cause première de ses gestes - problème mental ou cause politique.

Où se situe Bissonnette dans ce continuum? Il est impossible de le dire tant que son procès n'aura pas eu lieu et, aux dernières nouvelles, l'enquête policière n'était pas encore terminée. Mais de ce qu'on en sait jusqu'à maintenant, la tuerie du 29 janvier semble assez bien correspondre à toutes les définitions sérieuses qu'on a du terrorisme.

Verdict

Prématuré. Peut-être que le procès d'Alexandre Bissonnette nous réserve des surprises sur ses motivations, mais il faudra attendre qu'il s'ouvre pour le savoir. Pour l'heure, ce qui a filtré à propos de l'attentat laisse croire à un geste de violence de nature politique ou idéologique visant à intimider une communauté particulière - et ça, a priori, c'est du terrorisme.




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