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Attentat à la mosquée: traumatisé, mais pas indemnisé

Malgré un diagnostic de syndrome post-traumatique et de... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Malgré un diagnostic de syndrome post-traumatique et de dépression majeure, l'IVAC refuse de dédommager Karim Mabrouk, qui a été témoin de la fusillade à la mosquée de Sainte-Foy. Il est défendu par l'avocat Marc Bellemare.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Karim Mabrouk était à la mosquée de Sainte-Foy le 29 janvier, soir de l'attentat qui a fait six morts et cinq blessés. Il a vu les corps ensanglantés d'amis gisant par terre. Il a ressenti la peur d'être abattu par le tireur. Malgré un diagnostic de syndrome de stress post-traumatique et de dépression majeure, l'Indemnisation des victimes d'actes criminels (IVAC) refuse de le dédommager.

«Je vois un homme, grand. Comme s'il dormait allongé dans la mosquée. Et puis, je me rends compte que c'est Azzedine.» C'est un rêve récurrent que M. Mabrouk fait depuis bientôt cinq mois. Azzedine, c'est Azzedine Soufiane, l'épicier tué d'une balle dans la tête par Alexandre Bissonnette. M. Mabrouk lui avait serré la main avant de descendre au sous-sol où il était pendant la tuerie. Lorsqu'il est remonté après s'être caché plusieurs minutes, il a été témoin de la scène d'horreur. 

Ces cauchemars ne sont qu'une des conséquences de la fusillade sur sa santé mentale. Après avoir consulté une première fois le 4 février pour un épisode de stress aigu, le Tunisien d'origine s'est présenté une seconde fois au CLSC le 16 mars dans un contexte de «détresse psychologique importante». Verdict : un syndrome de stress post-traumatique et une dépression majeure.

Le diagnostic est reconfirmé le 5 avril lors d'une évaluation psychologique faite à la demande de l'IVAC. «On retrouve essentiellement la présence de symptômes d'anxiété-angoisse, des problèmes de sommeil, un sentiment de peur et d'insécurité, de l'irritabilité, un sentiment d'être coupé de ses émotions, de l'hypervigilance, une baisse de l'estime de soi, des problèmes de concentration et des trous de mémoire», note le professionnel. 

Dans un document daté du 2 juin, son médecin traitant réaffirme ces symptômes, ajoutant qu'elle lui avait déconseillé de rechercher un emploi. Les quelques progrès observés grâce à la médication et au suivi psychologique permettent de penser qu'il pourrait recommencer des recherches. Mais tout processus d'embauche demeure difficile tant qu'il ne revient pas à son «fonctionnement de base», précise-t-elle.

Et c'est bien là le noeud du problème. M. Mabrouk était sans emploi avant l'attentat. L'IVAC juge qu'il n'est pas atteint d'une incapacité totale temporaire qui l'empêcherait de faire une recherche et d'occuper un emploi puisqu'il «vaque à la majorité des activités quotidiennes». 

«Quant à la preuve soumise, celle-ci démontre une incapacité relative à l'emploi. Or, le bureau de la révision administrative ne peut considérer cette incapacité puisque le requérant n'occupait pas d'emploi au moment de l'acte criminel», écrit l'organisme dans une décision rendue la semaine dernière. Elle se limite donc à payer les médicaments et le psychologue.

«J'ai passé une entrevue en avril. Pendant le test écrit, aucune réponse ne me venait en tête. C'est pourtant des choses que je connais», explique l'homme de 42 ans. Avant d'arriver au Québec en 2014, il enseignait les mathématiques et l'informatique. Il possède aussi une maîtrise en gestion et administration des entreprises. L'an passé, il a suivi un cours de 300 heures pour améliorer son anglais et améliorer ses chances d'embauche. La fusillade a tout bousillé.

Le père de trois enfants de sept ans, deux ans et trois mois a l'impression d'être abandonné par le système. Le seul revenu de sa femme ne peut satisfaire aux besoins familiaux. «J'ai travaillé fort pour nous procurer un confort relatif. J'espère guérir pour travailler le plus tôt possible et faire un bon salaire. Mais actuellement, faire une recherche d'emploi, c'est quelque chose qui me fait peur», conclut-il.

Un refus incompréhensible, selon Bellemare

L'avocat Marc Bellemare défend Karim Mabrouk contre l'IVAC. Pour lui, le refus de l'organisme est incompréhensible. 

«Les ministres et les curés ont paradé, c'est le temps d'agir», lance le réputé juriste. Il ne peut s'expliquer la décision de l'IVAC qui oblige maintenant à porter la cause devant le Tribunal administratif du Québec (TAQ). Le hic, c'est que le délai d'attente moyen est de deux ans pour ce genre d'affaire. 

«C'est un dossier réglé en 10 minutes si on se présente. Mais c'est maintenant qu'on a besoin de cet argent. Il n'y a pas moyen d'obtenir un règlement rapidement et on ne peut attendre», plaide-t-il. Rien pour aider la guérison, la pression économique accentue l'anxiété de M. Mabrouk. «Il y a un trou de 1500 $ par mois dans le budget mensuel», précise Me Bellemare.

À l'encontre des médecins

Choqué, l'avocat s'explique mal pourquoi l'IVAC va à l'encontre des recommandations des médecins. Lors de la consultation du 16 mars, le professionnel que M. Mabrouk a consulté écrivait qu'il était inapte au travail. Dans son avis du 2 juin, son médecin traitant émettait des réticences quant à une recherche d'emploi.

«On va obliger M. Mabrouk à reprendre le travail alors qu'il n'est pas prêt. Ça va engendrer d'autres problèmes. Il faut du temps pour récupérer l'énergie. On dirait qu'il y a comme une incompréhension de ce que c'est un attentat», ajoute M. Bellemare.

Pour survivre, la victime a emprunté de l'argent auprès d'amis. C'est un souci de plus. Selon les paramètres de l'IVAC, M. Mabrouk aurait droit à une indemnité équivalente au salaire minimum comme il était sans emploi au moment de l'attentat. Un montant modeste, mais qui ferait la différence.




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